À une époque où la télévision commençait seulement à entrer dans les foyers américains, un évêque catholique en soutane venait parler de Dieu, de la conscience, du péché, de la liberté ou du communisme devant des millions de téléspectateurs. Souvent devant un simple tableau noir, Fulton Sheen devint l’une des personnalités religieuses les plus célèbres des États-Unis. Près d’un demi-siècle après sa mort, survenue le 9 décembre 1979 à New York, l’Église s’apprête à le proposer comme modèle. Fulton Sheen doit être béatifié le 24 septembre 2026 à Saint-Louis, dans le Missouri, lors d’une célébration présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle. À quelques semaines de l’événement, l’Agence Fides évoque un entretien avec Monseigneur Roger Landry, directeur national des Œuvres pontificales missionnaires aux États-Unis, consacré à l’actualité de cet évêque qui avait compris très tôt la puissance des nouveaux moyens de communication.
Né en 1895 dans l’Illinois et ordonné prêtre en 1919, Fulton Sheen étudie notamment à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. Professeur de philosophie et de théologie, il possède surtout un talent remarquable pour rendre accessibles au grand public les questions de foi. Dès 1930, il entre dans les foyers américains grâce à la radio avec The Catholic Hour. Son audience devient considérable. Mais c’est la télévision qui transforme véritablement Sheen en phénomène médiatique. À partir de 1952, son émission Life Is Worth Living rencontre un immense succès. Dans une Amérique où le catholicisme demeure minoritaire et parfois regardé avec méfiance, un évêque catholique réussit à s’adresser à un public dépassant largement les frontières de l’Église.
Des millions de personnes suivent ses interventions. Sans dispositif spectaculaire, il parle de foi, de famille, de psychologie, de société ou des grandes idéologies du XXe siècle. Son talent est reconnu jusque par le monde de la télévision : en 1952, il reçoit un Emmy Award.
Réduire Fulton Sheen à un brillant communicateur serait cependant manquer l’essentiel. Monseigneur Roger Landry insiste sur la source spirituelle de son apostolat. Pendant ses 61 années de sacerdoce, Sheen s’efforce de consacrer chaque jour une heure de prière devant le Saint-Sacrement. Cette « Holy Hour » constitue pour lui le cœur de son ministère. Cette fidélité prend aujourd’hui une résonance particulière. L’Église évangélise désormais sur YouTube, Instagram, TikTok ou à travers les podcasts et s’interroge sur les possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Pour Mgr Landry, Sheen rappelle aux nouveaux « missionnaires numériques » qu’aucune technique ne remplace la vie intérieure. Il ne rejetait pas les médias modernes. Au contraire, il considérait qu’ils pouvaient devenir des instruments missionnaires.
Monseigneur Sheen avait compris qu’il ne suffisait plus d’attendre que les hommes franchissent la porte d’une église. Si des millions d’Américains se trouvaient devant leur poste de radio puis leur télévision, c’était aussi là que l’Église devait les rejoindre. Son apostolat dépassait largement les studios. Nommé évêque auxiliaire de New York en 1951, puis évêque de Rochester en 1966, Fulton Sheen joua également un rôle important dans l’action missionnaire de l’Église, notamment comme directeur national de la Société pour la propagation de la foi aux États-Unis. Son talent de prédicateur contribua également à plusieurs conversions au catholicisme.
Déclaré vénérable par Benoît XVI en 2012, Fulton Sheen devait initialement être béatifié en décembre 2019 à Peoria, son diocèse d’origine. Quelques jours avant la cérémonie, celle-ci avait toutefois été reportée afin de permettre un examen supplémentaire de son parcours et de sa gouvernance épiscopale. Sept ans plus tard, la béatification peut finalement avoir lieu. Le 24 septembre, l’Église ne proposera donc pas comme modèle Fulton Sheen parce qu’il fut une vedette de la télévision américaine. Elle reconnaîtra un homme qui avait compris, plusieurs décennies avant Internet, que les nouveaux médias constituaient un immense territoire de mission.
Son héritage tient peut-être précisément dans cette alliance : utiliser sans crainte les moyens les plus modernes pour annoncer l’Évangile, tout en puisant chaque jour à la source de l’adoration eucharistique. À l’heure des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, l’intuition de Fulton Sheen paraît ainsi étonnamment contemporaine.


