Le propos prend un relief particulier au regard de ceux auxquels il s’adresse. La Conférence épiscopale latine dans les régions arabes (CELRA) rassemble des pasteurs exerçant leur ministère dans un vaste espace où les catholiques latins constituent souvent de petites communautés et où les relations entre religions s’inscrivent dans des contextes politiques, sociaux et historiques très différents. Léon XIV invite d’abord les évêques à renforcer la communion entre chrétiens. « Préservez et renforcez la communion entre les Églises et les différents rites. La diversité des traditions chrétiennes est une richesse qui doit être vécue dans l’unité », leur demande-t-il.
C’est dans le prolongement de cette communion qu’il aborde le dialogue interreligieux : « Que de cette communion naisse un dialogue sincère avec les autres communautés chrétiennes, avec les musulmans et avec les différentes traditions religieuses. Dialoguer ne signifie pas renoncer à sa propre identité, mais la vivre sans peur de la rencontre. Là où la guerre a semé la méfiance, chaque geste d’estime, de collaboration et de respect peut devenir un pas vers la réconciliation et la paix. » La formulation permet de comprendre la conception du dialogue présentée dans ce discours. Pour Léon XIV, celui-ci n’implique pas l’abandon des convictions propres à chaque tradition. Il associe au contraire la rencontre avec les autres religions à une identité chrétienne clairement assumée, tout en insistant sur l’estime, la collaboration et le respect.
Cette identité est elle-même définie quelques instants plus tard à partir de la mission de l’Église : « Votre mission ne consiste pas simplement à conserver une présence chrétienne, mais à rendre présent le Christ : l’annoncer dans la Parole, le célébrer dans les Sacrements, le rencontrer dans la prière et le reconnaître dans les pauvres, dans ceux qui souffrent et dans chaque personne placée sous votre responsabilité. »
La distinction entre la conservation d’une « présence chrétienne » et la volonté de « rendre présent le Christ » constitue l’un des autres points importants de l’intervention. Le Pape rappelle ainsi aux évêques que la présence historique des communautés chrétiennes dans ces régions demeure liée à leur mission religieuse : annonce de l’Évangile, prière, célébration des Sacrements et formation chrétienne. Cette exhortation intervient devant des Églises qui ont directement connu les conséquences de la violence des dernières décennies. Léon XIV évoque sœur Leonella Sgorbati, Missionnaire de la Consolata, les Missionnaires de la Charité tuées au Yémen alors qu’elles servaient les plus vulnérables, ainsi que « les nombreux prêtres, religieux, religieuses et fidèles qui ont donné leur vie en Irak, en Syrie et dans d’autres terres marquées par la violence ». « Leurs noms ne sont peut-être pas connus du monde, mais ils sont bien connus de Dieu », déclare-t-il, ajoutant que leur fidélité demeure pour les communautés chrétiennes « un appel à ne céder ni à la peur ni à la résignation ».
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L’évocation de ces martyrs permet également de replacer son appel au dialogue dans son contexte. Léon XIV s’adresse à des évêques dont certaines communautés ont été confrontées aux guerres, aux persécutions et à une forte diminution de leur présence. Il leur adresse alors une autre exhortation particulièrement significative : « N’ayez pas peur de votre petitesse. La fécondité de l’Église ne se mesure pas aux nombres, aux structures ou aux ressources, mais à la fidélité à l’Évangile. »
Le Pape précise immédiatement sa pensée : « Une petite communauté, si elle est enracinée dans le Christ, peut être une présence précieuse : non parce qu’elle recherche le pouvoir, mais parce qu’elle sert ; non parce qu’elle s’impose, mais parce qu’elle témoigne ; non parce qu’elle répond à la violence par une autre violence, mais parce qu’elle oppose à la force la charité. » Léon XIV invite ainsi à ne pas apprécier la situation de ces Églises uniquement à partir de leur importance numérique ou des moyens dont elles disposent. Le critère qu’il met en avant est celui de la fidélité à l’Évangile et de la continuité du témoignage chrétien.
Cette idée revient vers la fin du discours : « Ne recherchez pas avant tout le succès ou la reconnaissance : recherchez la fidélité. Soyez une voix de vérité, de justice et de paix ; des hommes de prière, des pasteurs proches de votre peuple, des artisans de réconciliation et des témoins de la miséricorde. » L’ensemble du discours articule ainsi plusieurs préoccupations : préserver la présence et la vie des communautés chrétiennes, maintenir leur identité religieuse, poursuivre le dialogue avec les musulmans et les autres traditions, et favoriser la réconciliation dans des sociétés souvent éprouvées par les conflits.
Nous publions ci-dessous l’intégralité, traduite en français, du discours prononcé par Léon XIV devant les membres de la Conférence épiscopale latine dans les régions arabes (CELRA), le 3 septembre 2026. Texte original en italien publié par le Saint-Siège.
« Éminentissime Béatitude,
Vénérés Frères dans l’épiscopat,
Très chers participants,
C’est avec une grande joie que je vous accueille, vous, pasteurs qui formez ensemble la Conférence des évêques latins dans les régions arabes. À travers vous, je souhaite adresser mes salutations aux prêtres, aux personnes consacrées et à tous les fidèles de vos communautés. Avec les paroles de l’apôtre Paul, je souhaite à tous : « À vous la grâce et la paix de la part de Dieu » (Rm 1, 7).
Votre Conférence rassemble des Églises présentes dans une réalité vaste et complexe, qui œuvrent dans des contextes souvent marqués par des tensions politiques, sociales et religieuses.
Vos Églises ont connu le témoignage du martyre : pensons à sœur Leonella Sgorbati, Missionnaire de la Consolata, aux Missionnaires de la Charité tuées au Yémen alors qu’elles servaient les plus vulnérables, ainsi qu’aux nombreux prêtres, religieux, religieuses et fidèles qui ont donné leur vie en Irak, en Syrie et dans d’autres terres marquées par la violence. Leurs noms ne sont peut-être pas connus du monde, mais ils sont bien connus de Dieu. Leur fidélité à l’Évangile demeure une lumière pour vos communautés et un appel à ne céder ni à la peur ni à la résignation.
Lorsque les communautés deviennent plus fragiles et que de nombreuses familles sont contraintes d’émigrer, votre ministère devient encore plus nécessaire. Soyez toujours des pasteurs proches de votre peuple, capables de partager ses blessures, d’écouter, de soutenir et de consoler, afin qu’à travers votre présence puisse devenir visible la proximité de Dieu.
N’ayez pas peur de votre petitesse. La fécondité de l’Église ne se mesure pas aux nombres, aux structures ou aux ressources, mais à la fidélité à l’Évangile. Une petite communauté, si elle est enracinée dans le Christ, peut constituer une présence précieuse : non parce qu’elle recherche le pouvoir, mais parce qu’elle sert ; non parce qu’elle s’impose, mais parce qu’elle témoigne ; non parce qu’elle répond à la violence par une autre violence, mais parce qu’elle oppose à la force la charité.
Au cœur de sociétés marquées par les conflits et les divisions, que vos communautés montrent qu’il est possible de vivre, de servir et d’espérer ensemble. À travers les paroisses, les écoles, les hôpitaux et les œuvres de charité, rendez l’Évangile concret, en accueillant, en écoutant et en soutenant ceux qui sont dans le besoin. Soutenez, en particulier, les congrégations religieuses qui continuent généreusement à se tenir aux côtés des pauvres et des plus fragiles.
Au milieu des situations d’urgence, ne perdez pas de vue l’essentiel de la mission de l’Église : l’annonce de l’Évangile, la prière, les Sacrements et la formation chrétienne. Une Église capable de servir doit être avant tout une Église qui prie, écoute la Parole et vit des Sacrements.
Prenez particulièrement soin des familles et des jeunes. Que les familles, bien qu’accablées par les difficultés et les incertitudes, puissent, avec le soutien de la communauté, demeurer le premier lieu où la foi est reçue et transmise. Que les jeunes, souvent partagés entre de grandes aspirations et un avenir incertain, trouvent dans l’Église une maison qui les accueille, les écoute et les aide à reconnaître la valeur de leur vie. Que la catéchèse accompagne les enfants, les jeunes et les adultes vers une rencontre vivante avec le Christ, afin que la foi soit connue, vécue et transmise de génération en génération.
Prenez également soin des migrants, nombreux, particulièrement dans les pays du Golfe. Beaucoup vivent loin de leurs proches et font l’expérience de la solitude et de la précarité. Que vos communautés soient des maisons dans lesquelles personne ne se sente étranger. Défendez la dignité de chaque personne et reconnaissez en chaque migrant un frère et une sœur : ainsi, la charité devient témoignage de l’Évangile et école de fraternité.
Préservez et renforcez la communion entre les Églises et les différents rites. La diversité des traditions chrétiennes est une richesse qui doit être vécue dans l’unité. Que de cette communion naisse un dialogue sincère avec les autres communautés chrétiennes, avec les musulmans et avec les différentes traditions religieuses. Dialoguer ne signifie pas renoncer à sa propre identité, mais la vivre sans peur de la rencontre. Là où la guerre a semé la méfiance, chaque geste d’estime, de collaboration et de respect peut devenir un pas vers la réconciliation et la paix.
Votre mission ne consiste pas simplement à conserver une présence chrétienne, mais à rendre présent le Christ : l’annoncer dans la Parole, le célébrer dans les Sacrements, le rencontrer dans la prière et le reconnaître dans les pauvres, dans ceux qui souffrent et dans chaque personne placée sous votre responsabilité.
Vous n’êtes pas appelés à résoudre tous les problèmes de vos terres, mais à être fidèles à l’Évangile et au peuple qui vous est confié. Ne recherchez pas avant tout le succès ou la reconnaissance : recherchez la fidélité. Soyez une voix de vérité, de justice et de paix ; des hommes de prière, des pasteurs proches de votre peuple, des artisans de réconciliation et des témoins de la miséricorde.
N’ayez pas peur de semer sans en voir immédiatement les fruits. Les semailles vous appartiennent ; la croissance appartient à Dieu. Aucun geste accompli au nom du Christ n’est inutile : une prière, une parole de consolation, une famille accompagnée, un enfant éduqué dans la foi, un pauvre accueilli sont les semences d’un avenir nouveau.
Chers Frères, poursuivez votre chemin avec confiance. Vous n’êtes pas seuls. L’Église universelle regarde vos communautés avec affection et reconnaît dans leur persévérance, dans leur foi vécue au cœur de l’épreuve et dans leur courage à servir un témoignage précieux pour toute l’Église.
Je vous confie, vous, vos Églises et tous les peuples de vos terres, à la protection de la Vierge Marie, Mère de l’Église et Reine de la paix. Qu’elle accompagne les familles, les jeunes, les migrants, les malades et les pauvres ; qu’elle soutienne ceux qui souffrent et éclaire ceux qui exercent des responsabilités politiques et sociales, afin qu’ils sachent rechercher le bien commun et ouvrir des chemins de réconciliation.
Sur vous et sur tous les fidèles qui vous sont confiés, j’invoque de tout cœur l’abondance des bénédictions du Seigneur. Qu’il vous garde dans la foi, vous rende persévérants dans l’espérance et généreux dans la charité, et qu’il accorde à vos communautés et à tous les peuples de vos terres le don précieux de la paix.
Texte original : italien – Saint-Siège, 3 septembre 2026.«
Source Vatican


