Depuis 2000 ans

« Il n’y a pas de concours, il n’y a pas de classement » : Qui est appelé à devenir prêtre ?

Depositphotos_
Depositphotos_
À l’heure où certains discours tendent à étendre à toute l’Église la responsabilité des actes criminels commis par une minorité de ses membres, les jeunes hommes reçus ce jeudi au Vatican rappellent une autre réalité

Ce jeudi 3 septembre, le pape Léon XIV a reçu les séminaristes du Séminaire pontifical régional des Pouilles « Pie XI » de Molfetta et ceux du Séminaire épiscopal d’Aversa, en Campanie. Les premiers célèbrent cette année le centenaire de leur nouveau siège, voulu par Pie XI, tandis que les seconds commémorent les 300 ans de l’ouverture de leur siège actuel.

Devant les séminaristes, leurs évêques, leurs formateurs, des prêtres et des membres de leurs familles, le Pape a choisi de revenir à ce qui précède toute formation sacerdotale : la vocation. Léon XIV s’appuie sur l’Évangile selon saint Marc, lorsque Jésus monte sur la montagne et « appelle à lui ceux qu’il voulait ». Il en institue Douze « pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer ». Le Pape s’arrête sur la liberté contenue dans cet appel : « Il n’y a pas de concours, il n’y a pas de classement, et il n’est pas écrit qu’il choisit les meilleurs : il choisit ceux qu’il voulait. »La formule permet à Léon XIV de distinguer la vocation d’une logique de réussite ou de mérite. « Personne parmi vous et personne parmi nous n’est ici parce qu’il l’a mérité, mais seulement par une libre élection de Dieu le Père », poursuit-il.

Il ne minimise pas pour autant les exigences de la préparation au sacerdoce. L’étude, la discipline et les différentes étapes de la formation sont explicitement mentionnées. Mais elles doivent, selon lui, rester fondées sur « la relation avec Dieu ».

Le cœur du séminaire se trouve ainsi résumé par une autre expression : « apprendre à être avec le Maître, le Seigneur Jésus ». Cette priorité explique également la défense très nette que Léon XIV fait du temps consacré à la formation. Dans une société caractérisée par la rapidité, la durée de plusieurs années passée au séminaire pourrait, reconnaît-il, être regardée comme anachronique.

« Dans un monde qui se presse et qui regarde avec suspicion tout arrêt prolongé, on pourrait penser qu’il s’agit d’un luxe ou d’une institution dépassée, mais il n’en est rien », affirme-t-il. Et le Pape précise : « Précisément parce que notre époque est rapide et bruyante, il faut un lieu et une période de la vie où l’on apprenne à demeurer, à discerner, à se laisser former sans raccourcis. Le séminaire n’est pas un report de la mission, mais sa condition. Qu’on ne le sous-estime pas. »

Le passage éclaire la fonction que Léon XIV attribue au séminaire. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des connaissances théologiques ou de se préparer matériellement à l’exercice d’un ministère. Le temps de formation doit permettre de discerner la vocation, de développer une vie spirituelle et d’apprendre la vie fraternelle. Car l’appel, souligne encore le Pape, ne se vit pas seul. Jésus n’appelle pas un homme isolé sur la montagne, mais douze hommes aux personnalités différentes. « La Chiesa si vive insieme », rappelle-t-il : l’Église se vit ensemble et « n’est la propriété d’aucun d’entre nous ».

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/leon-xiv-dialoguer-ne-signifie-pas-renoncer-a-sa-propre-identite/

Cette dimension conduit Léon XIV à rappeler qu’« aucun séminariste ne peut concevoir un chemin privé avec le Seigneur ». Il doit faire l’expérience de la médiation de l’Église et de la vie communautaire. Le Pape reprend alors une formule particulièrement significative : le séminaire, avant même d’être un lieu d’acquisition des connaissances, « devrait être une école des affections ». Il demande aux formateurs de favoriser des relations « authentiques, personnelles et communautaires, faites de vérité et de charité », tout en rappelant la responsabilité particulière qui leur incombe : « On ne s’improvise pas formateur. »

Mais la formation n’est pas une fin en soi. Après la montagne vient la descente. « La montagne n’est pas un refuge », prévient Léon XIV. Les futurs prêtres devront rejoindre les réalités ordinaires de leurs communautés : les familles en difficulté, les jeunes qui quittent leur région pour chercher du travail, les personnes âgées seules, les personnes marginalisées ou celles qui ont perdu le sens de leur existence.

Avant de les quitter, le Pape remercie personnellement les séminaristes pour leur engagement : « Merci, au nom de l’Église, pour le “oui” que vous avez prononcé et que chaque jour vous prononcez à nouveau : ce n’est ni facile ni évident dans le monde d’aujourd’hui, et l’Église le sait bien. »Ces paroles prennent un relief particulier dans une période où la figure du prêtre demeure profondément marquée, dans l’espace public, par les crimes commis par certains membres du clergé. Ces crimes et les souffrances de leurs victimes appellent vérité, justice et réparation. Mais ils ne peuvent conduire à confondre les auteurs de ces actes avec l’ensemble des prêtres et des séminaristes.

À l’heure où certains discours tendent à étendre à toute l’Église la responsabilité des actes criminels commis par une minorité de ses membres, les jeunes hommes reçus ce jeudi au Vatican rappellent une autre réalité : celle de séminaristes qui acceptent plusieurs années de formation, de discernement et d’exigence avant de consacrer leur vie au service de l’Église et des fidèles. C’est à eux que Léon XIV a choisi de dire simplement : « Merci ».

Recevez chaque jour notre newsletter !