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À Metz, la « chape de Charlemagne » sort de l’ombre pour la venue de Léon XIV

photos Ministère de la Culture/Facebook
photos Ministère de la Culture/Facebook
Le 28 septembre, l’un des plus précieux textiles médiévaux de la cathédrale Saint-Étienne retrouve la lumière : la célèbre « chape de Charlemagne »

À Metz, les préparatifs de la venue de Léon XIV ne concernent pas seulement l’accueil des fidèles et l’organisation de la journée du 28 septembre. Dans la cathédrale Saint-Étienne, où le pape célébrera la messe, c’est aussi tout un patrimoine chrétien et impérial qui est remis en valeur. Parmi les pièces les plus spectaculaires figure la « chape de Charlemagne », conservée habituellement à l’abri de la lumière en raison de son extrême fragilité. Elle a été installée dans le cadre du réaménagement de la crypte sud et de la mise en valeur du trésor de la cathédrale.

Le nom de Charlemagne suffit à donner à l’objet une dimension presque légendaire. Pourtant, le grand empereur carolingien, mort en 814, n’a vraisemblablement jamais porté ce manteau. Le ministère de la Culture date l’œuvre du premier quart du XIIIe siècle, tandis que les recherches menées sur le textile conduisent à l’attribuer aux ateliers de la cour de Palerme, en Sicile. Plusieurs spécialistes estiment qu’il pourrait s’agir d’un manteau lié à Frédéric II de Hohenstaufen, roi de Sicile puis empereur du Saint-Empire.

Une tradition historique plus précise associe même la pièce au couronnement impérial de Frédéric II. Le souverain aurait ensuite offert le manteau à Conrad de Scharfenberg, évêque de Metz et l’un de ses proches, qui exerça notamment la fonction de chancelier. Cette origine expliquerait l’arrivée à Metz de cette extraordinaire étoffe de soie rouge, décorée de fils métalliques, d’aigles et de griffons.

L’histoire de la pièce ne s’arrête pas là. Ce qui fut vraisemblablement un vêtement de cour impérial est devenu au fil des siècles une chape liturgique. Un chaperon représentant la Crucifixion ainsi que des ornements figurant notamment des anges portant les instruments de la Passion furent ajoutés ultérieurement. Le manteau du souverain entrait ainsi dans le trésor de l’Église et changeait de fonction : de signe de puissance terrestre, il devenait vêtement destiné au culte.

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Reste son appellation de « chape de Charlemagne ». Si l’attribution historique est erronée, elle n’est pas totalement étrangère à l’identité de Metz. La cité occupe une place majeure dans la mémoire carolingienne. Saint Arnoul, évêque de Metz au VIIe siècle, est un ancêtre de la dynastie carolingienne, et la cathédrale conserve encore son anneau parmi les pièces de son trésor. Cette mémoire explique la présence particulièrement forte de Charlemagne dans l’imaginaire religieux et historique messin.

La sortie de cette chape à l’approche de la visite pontificale prend ainsi une résonance particulière. Léon XIV doit achever à Metz, le lundi 28 septembre, son voyage apostolique en France. Après une rencontre interreligieuse, il participera à une rencontre intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », avant de traverser la ville en papamobile et de célébrer la messe dans la cathédrale Saint-Étienne.Le choix de Metz n’est donc pas seulement celui d’une étape provinciale. La ville porte dans ses pierres la mémoire d’une Europe chrétienne dont les frontières, les dynasties et les pouvoirs ont profondément changé, mais dont subsistent des témoignages exceptionnels. Cette chape en est précisément un : un objet né dans le monde impérial médiéval, transformé par l’usage liturgique et conservé pendant des siècles par une cathédrale.

Lorsque Léon XIV entrera dans la « Lanterne du Bon Dieu » le 28 septembre, cette pièce vieille de plus de huit siècles rappellera ainsi, silencieusement, combien l’histoire de Metz, celle de l’Église et celle de l’Europe se sont longtemps écrites ensemble.

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