La présence annoncée de filles et de femmes parmi les personnes appelées à servir lors des messes célébrées par Léon XIV en France est déjà présentée comme une victoire symbolique. Selon Le Parisien, la Conférence des évêques de France a répondu favorablement à Magdala, association catholique féministe autrefois connue sous le nom de Comité de la Jupe. La lettre ouverte adressée le 30 juillet au cardinal Jean-Marc Aveline, président de la CEF, montre que cette campagne dépasse l’organisation pratique des célébrations. Magdala demande que des filles servent lors des messes prévues place de la Concorde, à Lourdes et dans la cathédrale de Metz, « aux côtés des garçons et sans discrimination ». La formulation pose d’emblée son postulat : une composition exclusivement masculine serait nécessairement discriminatoire.
Or le droit de l’Église ne présente pas les choses ainsi. L’instruction Redemptionis sacramentum indique que « les filles ou les femmes peuvent être admises à ce service de l’autel », mais précise que cette admission intervient « au jugement de l’évêque diocésain ». Il s’agit donc d’une faculté, pas d’un droit individuel ni d’une obligation générale applicable à toutes les célébrations. Magdala affirme pourtant demander la « simple et cohérente application de ce que le droit de l’Église permet déjà ». Toute la nuance tient dans ce verbe : le droit permet, mais il n’impose pas. L’association transforme ainsi une possibilité canonique laissée au discernement de l’autorité ecclésiastique en une norme morale dont tout écart serait assimilé à une discrimination.
La lettre s’en prend ensuite à la distinction pratiquée dans certaines paroisses entre servants d’autel et servantes d’assemblée. Elle rapporte notamment avoir vu « l’offrande d’une servante d’assemblée passée à un servant d’autel garçon afin qu’il monte les marches ». Selon Magdala, « ce geste est d’une rare violence symbolique ». L’expression paraît disproportionnée. Accueillir les fidèles, participer à la procession des offrandes ou distribuer les feuilles de chant ne sont pas des tâches dégradantes. Dans la conception chrétienne, la valeur d’un service ne dépend ni de sa visibilité ni de sa proximité physique avec l’autel. Qualifier ce passage de relais de « violence » revient à lui attribuer une signification idéologique que rien ne permet d’établir.
La lettre entretient également une confusion entre le service de l’autel et le ministère institué d’acolyte. Magdala invoque la modification du canon 230 décidée en 2021, qui a ouvert aux femmes les ministères institués de lecteur et d’acolyte. Mais tous les servants d’autel, garçons comme filles, ne sont pas pour autant des acolytes institués. Utiliser cette réforme pour prétendre que les paroisses devraient désormais organiser indifféremment le service de l’autel revient à mélanger des réalités canoniques distinctes.
Autre affirmation fragile : « plus de la moitié des paroisses » excluraient encore les filles de la proximité de l’autel. Cette conclusion repose sur une carte collaborative établie par l’association elle-même et recensant moins de 500 paroisses. Elle ne constitue pas une enquête exhaustive sur les milliers de paroisses françaises. L’absence habituelle de filles parmi les servants ne prouve d’ailleurs pas nécessairement l’existence d’une interdiction formelle.
« Pourquoi une telle discrimination entre enfants baptisés ? », demande encore Magdala. Mais l’égalité baptismale n’implique pas que toutes les fonctions soient exercées indistinctement par chacun. Dans l’Église, l’égale dignité des fidèles coexiste avec une diversité de vocations, de charismes et de services. Présenter toute distinction comme une inégalité revient à appliquer mécaniquement à la liturgie les catégories des rapports de pouvoir contemporains.
Précisons que Magdala se définit officiellement comme une association « catholique féministe » portant une voix « alternative et inclusive » contre ce qu’elle appelle « l’instrumentalisation patriarcale de la religion ». Héritière du Comité de la Jupe, fondé en 2008 par Anne Soupa et Christine Pedotti, elle revendique environ 300 adhérents. Elle est notamment animée par Adeline Fermanian, chercheuse en mathématiques, et Sylvaine Landrivon, docteure en théologie, présentées publiquement comme coprésidentes. Cette dernière a également cofondé Toutes Apôtres !, mouvement engagé sur la place des femmes dans l’Église.
La conclusion de la lettre révèle l’objectif poursuivi : faire des célébrations pontificales « l’occasion parfaite pour envoyer un signal fort à toutes et tous ». La question n’est donc plus seulement de savoir si des filles peuvent légitimement servir la messe – l’Église l’autorise -, mais d’utiliser leur présence auprès de Léon XIV comme le signe d’un rapport de force gagné et l’annonce d’autres transformations concernant les ministères et la gouvernance. Les jeunes servantes risquent ainsi d’être instrumentalisées pour incarner un programme qui les dépasse. Que des filles servent la messe est parfaitement conforme aux règles de l’Église lorsque l’autorité compétente l’autorise. Mais transformer leur présence auprès du pape en étendard féministe relève d’une autre démarche. La liturgie n’est pas un instrument de communication idéologique : l’autel n’est pas une tribune militante et la messe reste d’abord tournée vers Dieu.
intégralité de la lettre de Magdala adressée à la CEF


