Bruno Retailleau entend placer la question des racines françaises au cœur de la campagne présidentielle de 2027. Invité de BFMTV dimanche 6 septembre, le candidat des Républicains a confirmé sa volonté de faire reconnaître la tradition judéo-chrétienne de la France au plus haut niveau de la hiérarchie des normes.
🔴Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau veut en finir avec la « culpabilité » autour des racines chrétiennes de la France
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) September 7, 2026
➡️ Le candidat des Républicains propose de reconnaître dans le bloc constitutionnel la tradition judéo-chrétienne de la France
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Interrogé directement sur son projet par le journaliste Guillaume Daret – « Vous président, la tradition judéo-chrétienne de la France sera inscrite dans la Constitution ? » -, Bruno Retailleau a répondu sans hésitation : « Absolument. » Une réponse accompagnée d’une critique explicite du rapport entretenu par une partie de la classe politique avec l’histoire nationale. « Je pense qu’on souffre aujourd’hui d’une forme de mea culpa constant, cette espèce de culpabilité éternelle, et je veux dire aux Français qu’il faut être fier de nos racines, fier de ce que l’on est. Ça n’exclut personne », a déclaré le candidat. Remise en avant ce lundi matin par BFMTV, la proposition avait jusqu’alors été relativement peu commentée malgré sa portée politique et symbolique.
Dans le détail, Bruno Retailleau ne propose pas nécessairement de modifier directement l’article premier de la Constitution, selon lequel « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Il souhaite élaborer une « charte de l’ordre républicain », qui serait adossée à la Constitution et dans laquelle figurerait la reconnaissance de la France comme pays de tradition judéo-chrétienne. Les modalités juridiques exactes de cette intégration restent néanmoins à préciser.
La proposition devrait naturellement provoquer un débat sur la laïcité. Pour ses opposants, inscrire une telle référence dans le bloc constitutionnel risquerait d’affaiblir la neutralité religieuse de l’État ou de donner le sentiment que certains Français seraient plus légitimes que d’autres en raison de leur appartenance confessionnelle. Bruno Retailleau défend exactement la thèse inverse : reconnaître un héritage historique et culturel ne signifie ni imposer une croyance ni exclure les personnes qui ne la partagent pas.La distinction est essentielle. Affirmer que la France possède des racines chrétiennes ne revient pas à contester la liberté de conscience ou la séparation des Églises et de l’État. Il s’agit d’un constat historique difficilement réfutable. Le calendrier, les fêtes, les paysages, l’architecture, le patrimoine artistique, le droit, la conception de la personne humaine et une partie du vocabulaire national demeurent profondément marqués par des siècles de christianisme.
Des cathédrales aux plus modestes églises rurales, des jours fériés chrétiens au rôle joué par les congrégations dans l’éducation et le soin des malades, l’histoire française ne peut être racontée en faisant abstraction du catholicisme. Même la construction progressive de la laïcité s’est accomplie dans un dialogue, parfois conflictuel, avec une société façonnée par le christianisme.
L’emploi de l’expression « judéo-chrétienne » pourra toutefois faire débat. Certains historiens et catholiques préféreront parler plus directement des « racines chrétiennes » de la France, sans nier pour autant l’origine juive du christianisme ni l’importance de la présence juive dans l’histoire nationale. Le terme choisi par Bruno Retailleau semble surtout destiné à inscrire sa proposition dans la défense d’un socle de civilisation commun face au communautarisme et à l’effacement culturel. La démarche du candidat LR rappelle également le débat qui avait traversé l’Europe au début des années 2000. Lors de la rédaction du projet de Constitution européenne, saint Jean-Paul II avait demandé que les racines chrétiennes de l’Europe soient explicitement mentionnées. Cette référence avait finalement été écartée au profit d’une formulation beaucoup plus générale sur les « héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe ».
Reste la difficulté politique. Toute révision constitutionnelle suppose l’adoption du même texte par l’Assemblée nationale et le Sénat, avant son approbation par référendum ou, selon la procédure retenue, par une majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès. Une majorité parlementaire favorable à cette reconnaissance paraît aujourd’hui loin d’être acquise.
La proposition de Bruno Retailleau a donc, à ce stade, une portée d’abord politique. Mais elle introduit dans la campagne une question longtemps évitée : la République doit-elle protéger la liberté de chacun en assumant son histoire, ou croit-elle devoir effacer toute référence au christianisme pour rester laïque ? En dénonçant la « culpabilité éternelle » qui entourerait les racines françaises, le candidat LR entend clairement imposer ce débat à ses concurrents.


