Les États-Unis ont longtemps été l’un des principaux pays d’accueil pour les personnes contraintes de fuir la guerre, les violences ou les persécutions religieuses. Ce rôle n’a jamais exclu le débat sur les frontières, les conditions d’entrée et les capacités d’intégration. Mais les données récemment publiées par deux organisations chrétiennes américaines, World Relief et Open Doors USA, soulèvent une question particulière : les chrétiens persécutés ont-ils, de fait, cessé de trouver accueil en Amérique ?
Dans leur quatrième rapport commun, intitulé State of the Golden Door, les deux organisations estiment que l’exercice budgétaire 2026 pourrait être le premier, depuis la création du programme américain de réinstallation des réfugiés, sans admission d’un réfugié venant des 50 pays les plus préoccupants au regard de la persécution des chrétiens. Le rapport va plus loin : il considère comme raisonnable de conclure qu’aucune personne persécutée en raison de sa foi, chrétienne ou relevant d’une autre minorité religieuse , n’a été admise dans ce cadre au cours de l’année écoulée.
Il ne s’agit pas d’une mesure officiellement dirigée contre les chrétiens. L’administration du président Trump n’a pas créé de catégorie d’exclusion fondée sur la religion. Le phénomène paraît plutôt résulter d’un changement beaucoup plus vaste : une réduction drastique du programme américain d’accueil des réfugiés et une nouvelle définition de ses priorités.
Pour l’exercice 2026, le plafond a été fixé à 7 500 admissions, contre 125 000 sous l’administration Biden. Le Migration Policy Institute, qui s’appuie sur les données du département d’État, relève qu’il s’agit du niveau le plus bas de toute l’histoire du programme américain de réinstallation, créé en 1980. Ce plafond ne signifie pas que 7 500 personnes ont effectivement été accueillies ; il fixe le maximum théorique des admissions autorisées.
La décision présidentielle prévoit que ces places soient principalement attribuées aux Afrikaners d’Afrique du Sud, ainsi qu’à d’autres personnes victimes de discriminations jugées illégales ou injustes dans leur pays. Ce choix est contesté par de nombreuses associations de défense des réfugiés, mais il correspond à une priorité explicitement assumée par Washington. Les autorités américaines justifient plus largement leur politique par la nécessité de sécuriser la frontière, de revoir le système migratoire et de veiller à la capacité d’intégration des réfugiés dans les communautés d’accueil.
Ces considérations ne sont pas, en elles-mêmes, illégitimes. Un État a le droit, et même le devoir ,de maîtriser ses frontières, de contrôler les entrées sur son territoire et de s’assurer que les procédures d’asile ne soient pas détournées. Réduire le débat à une opposition entre générosité et fermeture serait donc caricatural. Mais cette légitime préoccupation ne résout pas la difficulté posée par le cas des minorités religieuses réellement persécutées. Un chrétien iranien menacé de prison pour sa conversion, un fidèle d’une Église clandestine chinoise, une famille chrétienne irakienne ou syrienne chassée de sa terre, un Nigérian confronté aux violences jihadistes ne relève pas simplement de l’immigration économique ou d’un flux indifférencié. Il s’agit de personnes dont la vie, la liberté ou la possibilité même de pratiquer leur foi sont directement en jeu.
Le rapport de World Relief et Open Doors USA ajoute que le taux d’acceptation, par les tribunaux de l’immigration, des demandes d’asile venues des 50 pays concernés est tombé à 10 % en 2026, contre 26 % en 2025 et 58 % en 2023. Pour les ressortissants indiens, il serait passé d’au moins 62 % entre 2020 et 2024 à 6 % cette année. Ces chiffres ne prouvent pas, à eux seuls, que des demandes fondées auraient été injustement rejetées : chaque dossier possède ses faits, ses preuves et son cadre juridique. Ils signalent néanmoins une évolution spectaculaire. La question posée à Washington est donc moins celle d’une ouverture indistincte des frontières que celle d’une hiérarchie des urgences. Une grande nation peut-elle défendre la liberté religieuse sur la scène internationale tout en laissant presque fermée la voie d’accueil à ceux qui fuient précisément la persécution religieuse ?
Selon l’Index mondial de persécution 2026 de Portes Ouvertes, 388 millions de chrétiens sont exposés à de fortes persécutions ou discriminations dans le monde. Face à cette réalité, la prudence migratoire ne devrait pas empêcher une politique ciblée, sérieuse et contrôlée d’accueil des personnes les plus menacées. C’est sur ce point précis, plus que sur les polémiques partisanes, que le débat américain mérite d’être cond


