« Il n’y a là ni violence, ni mépris, mais souci de vérité et de cohérence. » Dans une lettre publiée le 8 septembre, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie, Mgr Jacques Habert revient sur la situation de Dozulé et sur les décisions récemment prises autour du site de la Haute-Butte. L’évêque de Bayeux-Lisieux répond à de nombreux commentaires diffusés sur les réseaux sociaux après la clôture du terrain et le retrait du bassin dit de purification. Ces mesures interviennent dans un cadre doctrinal déjà clairement défini : le 5 décembre 2025, Mgr Habert avait publié un décret déclarant définitivement non surnaturels les « événements dits de la Haute-Butte de Dozulé ».
Cette conclusion s’inscrivait dans une longue histoire. Dans les années 1970, Madeleine Aumont avait affirmé avoir reçu à Dozulé des messages attribués au Christ. Ces messages invitaient notamment à l’érection d’une immense « Croix Glorieuse », haute de 738 mètres, et annonçaient le retour prochain du Christ. Dès 1985, Mgr Jean Badré, alors évêque de Bayeux-Lisieux, avait estimé ne pas pouvoir reconnaître l’authenticité des apparitions alléguées.
En 2025, après un nouvel examen, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi avait demandé à Mgr Habert de conclure définitivement le dossier. Dans sa lettre L’unique Croix du salut, approuvée par le pape Léon XIV, Rome avait autorisé une declaratio de non supernaturalitate : les phénomènes en question ne sont donc pas reconnus comme ayant une origine divine. Cette décision n’avait pas seulement une portée administrative. Le Dicastère avait notamment relevé plusieurs ambiguïtés théologiques dans les messages attribués à Dozulé : le risque de placer une croix monumentale sur un plan comparable à la Croix du Christ, ou encore de laisser croire qu’un pèlerinage en ce lieu, voire la contemplation d’un signe matériel, pourrait procurer en lui-même le pardon des péchés et le salut.
C’est précisément ce point que la lettre de Mgr Habert remet au premier plan. Il ne nie pas la sincérité de nombreux pèlerins attachés à Dozulé. « Je ne doute pas de leur sincérité, j’imagine leur trouble », écrivait-il déjà dans son décret de décembre 2025. Dans sa nouvelle intervention, il leur renouvelle son estime et sa prière.
Mais l’évêque considère que la poursuite d’un pèlerinage organisé autour d’un phénomène désormais déclaré non surnaturel crée une confusion incompatible avec la décision de l’Église. « Sous l’influence néfaste d’associations diverses, des pèlerins continuent de se rendre sur ce lieu et donc d’encourager le pèlerinage », écrit-il. « Ne rien faire serait un signe de renoncement. »
La fermeture du terrain et le retrait du bassin doivent donc être compris comme la conséquence concrète de cette clarification. Il ne s’agit pas, selon Mgr Habert, de nier le désir de prière ou de conversion qui peut animer les fidèles, mais d’empêcher que ne se développe une pratique autonome, détachée de la vie sacramentelle et de l’autorité pastorale de l’Église.L’évêque rappelle à cette occasion la mission propre de tout pasteur. Citant la constitution conciliaire Lumen gentium, il souligne que les évêques succèdent aux apôtres et ont la responsabilité de veiller à ce que les fidèles ne s’engagent pas sur « des chemins qui ne conduisent pas au Christ dans la fidélité à son Église ».
La formule est importante. La foi catholique ne condamne pas les dévotions populaires ni les pèlerinages ; elle les accueille lorsqu’ils conduisent à une rencontre plus vraie avec le Christ, à la conversion et à la charité. Mais elle ne peut reconnaître comme obligatoire ou salvifique une révélation privée, encore moins lorsqu’elle prétend ajouter un signe nécessaire au mystère déjà accompli une fois pour toutes dans la mort et la résurrection du Seigneur.Mgr Habert évoque enfin les attaques personnelles dont il fait l’objet, certains allant jusqu’à lui prédire « la damnation et les peines éternelles ». Il qualifie ces propos de « gravement irresponsables » et appelle chacun à s’interroger sur les intentions de son cœur, à la lumière de saint Paul.
La mise au point ne refermera sans doute pas immédiatement les blessures ni les incompréhensions. Elle rappelle toutefois que, pour l’Église, le discernement sur les prétendues apparitions de Dozulé est achevé. L’enjeu n’est pas de juger les personnes, mais de préserver une vérité centrale de la foi : le Christ ressuscité est l’unique Sauveur, et sa Croix n’a besoin d’aucun autre signe pour donner au monde la grâce du salut.
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