Près de 4 000 mètres carrés de mosaïques doivent être dévoilés ce samedi 12 septembre au sanctuaire national de Notre-Dame d’Aparecida, dans l’État de São Paulo. La nouvelle décoration de la façade ouest de l’immense basilique a mobilisé 39 mosaïstes liés au Centro Aletti de Rome et vient compléter un vaste programme artistique consacré aux façades du sanctuaire. L’histoire de ce chantier est aujourd’hui inséparable de l’affaire Marko Rupnik. Lorsque le projet fut annoncé en 2019, le sanctuaire l’associait explicitement à l’artiste slovène. Le Centro Aletti, qui réalise aujourd’hui les mosaïques, a lui-même été fondé par Rupnik.
Depuis, la situation de l’ancien jésuite a profondément changé. À partir de 2022 ont été rendues publiques les accusations de plusieurs femmes, notamment d’anciennes religieuses, faisant état d’abus sexuels, spirituels et psychologiques. Rupnik a été renvoyé de la Compagnie de Jésus en 2023 pour désobéissance aux mesures qui lui avaient été imposées. Une procédure canonique est toujours en cours devant le Dicastère pour la Doctrine de la foi. Aucune décision définitive n’a donc été rendue à ce jour sur les accusations examinées dans ce cadre.
Le chantier brésilien, lui, n’a pas été interrompu. Depuis l’éclatement public de l’affaire en 2022, trois ensembles monumentaux ont encore été installés sur les façades d’Aparecida. En 2023, le sanctuaire, administré par les Rédemptoristes, avait pourtant indiqué suivre « attentivement » l’affaire et attendre les orientations de l’Église avant de prendre ses décisions. La présentation du projet a également évolué. Alors que Rupnik était directement associé au chantier lors de son annonce en 2019, le sanctuaire met aujourd’hui en avant les 39 mosaïstes liés au Centro Aletti.
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Cette poursuite du projet provoque des critiques au Brésil. Valdea Caratchuk, engagée auprès des victimes d’abus ecclésiaux, estime qu’avant d’installer les œuvres d’une personne accusée d’abus, l’Église devrait écouter les victimes. Celles-ci, précise-t-elle, ne réclament pas nécessairement la destruction des œuvres, mais souhaitent que leur histoire soit racontée dans son intégralité, controverse comprise.
À Lourdes, le choix a été différent. En mars 2025, le sanctuaire avait commencé à masquer les mosaïques de Rupnik présentes sur les portes de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire. Le 21 août dernier, Monseigneur Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a annoncé que l’ensemble des mosaïques de la façade serait occulté avant la venue de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre. Surtout, cette occultation ne sera pas limitée à la présence du Pape : les œuvres resteront masquées après son départ, tandis que le sanctuaire poursuivra sa réflexion sur leur avenir.
Léon XIV a lui-même pris ses distances avec l’utilisation des œuvres de Rupnik. Selon Mgr Micas, le Pape a demandé qu’elles cessent d’être employées sur les supports de communication du Vatican. Elles ont depuis été retirées des espaces concernés.nLe contraste est étonnant . Au moment même où Lourdes choisit de soustraire les mosaïques de Rupnik au regard des pèlerins, Aparecida achève un programme artistique conçu autour de l’artiste et de son atelier avant que l’affaire n’éclate.
Derrière ces décisions opposées demeure une question difficile pour l’Église : que faire d’une œuvre religieuse lorsque celui qui l’a conçue est visé par des accusations aussi graves ? La masquer, la retirer, la contextualiser ou distinguer l’œuvre de son auteur ? Lourdes et Aparecida apportent, pour l’heure, deux réponses profondément différentes.


