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Nigeria : plus de 3 000 chrétiens massacrés en huit mois, un évêque dénonce un véritable génocide

Monseigneur Wilfred Chikpa Anagbe, évêque de Makurdi - capture facbook
Monseigneur Wilfred Chikpa Anagbe, évêque de Makurdi - capture facbook
Monseigneur Wilfred Chikpa Anagbe, évêque de Makurdi y voit une « stratégie calculée d’islamisation ». Le massacre de Yelewata demeure l’un des exemples les plus effroyables de cette violence

Les chiffres donnent la mesure d’une tragédie qui se poursuit loin de l’attention accordée à d’autres conflits. Entre janvier et août 2026, 3 083 chrétiens auraient été tués et 3 193 enlevés au Nigeria dans des violences attribuées notamment à des groupes jihadistes, selon le dernier rapport de l’International Society for Civil Liberties and the Rule of Law (Intersociety), rendu public au début du mois de septembre.

Le bilan ne s’arrête pas aux victimes humaines. Selon l’organisation, 400 églises ont été attaquées durant ces huit premiers mois de l’année et 25 prêtres ou pasteurs ont été tués ou enlevés. Les mois de juillet et août auraient été particulièrement meurtriers, avec 437 chrétiens tués et 393 autres enlevés. Ces données, qui proviennent d’Intersociety et doivent donc être présentées comme telles, décrivent néanmoins une violence dont la permanence ne fait plus guère de doute.

La situation est particulièrement dramatique dans la Middle Belt, cette vaste zone centrale où se rencontrent le Nord majoritairement musulman et le Sud largement chrétien. Dans plusieurs États, les attaques ne se limitent plus aux assassinats : villages incendiés, terres abandonnées, populations déplacées, églises détruites et prêtres contraints de quitter leurs paroisses composent désormais un paysage de persécution durable.

Le diocèse de Wukari, dans l’État de Taraba, en donne une illustration saisissante. Entre septembre 2025 et août 2026, environ 239 édifices religieux auraient été attaqués ou détruits, tandis que près de 100 000 fidèles auraient été chassés de leurs communautés. Plus de 200 communautés chrétiennes auraient été dispersées. Seize prêtres catholiques auraient dû prendre la fuite et huit presbytères auraient été détruits.

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Face à cette réalité, Monseigneur Wilfred Chikpa Anagbe, évêque de Makurdi, emploie désormais sans détour le terme de génocide : « L’élimination totale de la population chrétienne est en cours. C’est un génocide aux mains des jihadistes », affirme-t-il. Le mot est lourd et sa qualification juridique suppose des critères précis, notamment l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Mais Mgr Anagbe ne fonde pas son accusation sur le seul nombre des morts. Dans son diocèse du Benue, dont la population est très majoritairement chrétienne, il décrit une mécanique associant massacres de civils, destruction des églises, incendie des récoltes et expulsion des habitants de leurs terres.

L’évêque y voit une « stratégie calculée d’islamisation ». Le massacre de Yelewata demeure l’un des exemples les plus effroyables de cette violence : environ 200 personnes y auraient été tuées, certaines brûlées vives, parmi lesquelles de très jeunes enfants.

Les autorités nigérianes récusent toutefois l’idée selon laquelle les chrétiens seraient les seules victimes de la violence jihadiste. Elles rappellent que les terroristes frappent également les musulmans qui refusent leur idéologie. Le rapport d’Intersociety reconnaît lui-même l’importance des victimes musulmanes : l’organisation estime que 61 400 musulmans modérés ont été tués entre 2009 et mars 2026, contre 128 750 chrétiens selon ses propres calculs.

Cette réalité interdit les simplifications, mais elle n’efface pas la dimension religieuse de nombreuses attaques. En juin dernier, des experts des Nations unies s’alarmaient encore des violences visant les chrétiens et d’autres minorités religieuses au Nigeria, particulièrement les femmes et les jeunes filles exposées aux enlèvements, violences sexuelles et conversions forcées. Depuis le début de l’insurrection de Boko Haram en 2009, Intersociety estime à 19 800 le nombre d’églises attaquées et avance désormais un bilan de plus de 130 000 chrétiens tués. Ces estimations restent celles de l’organisation et ne constituent pas un décompte internationalement établi.

Reste une évidence : derrière la discussion nécessaire sur les chiffres et sur le terme de « génocide », des communautés chrétiennes entières disparaissent de territoires où elles vivaient parfois depuis des générations. Lorsque tuer les fidèles, brûler leurs églises et les chasser de leurs terres devient une réalité récurrente, la question n’est plus seulement celle de l’insécurité au Nigeria. Elle est aussi celle de la survie du christianisme dans certaines régions du pays.

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