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ÉVÉNEMENT – La chapelle de l’université de la Sorbonne à Paris a rouvert ses portes : des messes bientôt célébrées ?

Façade de la  chapelle Sainte-Ursule de la Sorbonne - Depositphotos
Façade de la chapelle Sainte-Ursule de la Sorbonne - Depositphotos
Fermée au public depuis la tempête de 1999, la chapelle Sainte-Ursule a rouvert ses portes jeudi 10 septembre à l’occasion de l’achèvement d’une première phase de restauration, en présence notamment du maire de Paris Emmanuel Grégoire. Retrouvera-t-elle désormais la messe ? Pas si simple...

Au cœur du Quartier latin, l’un des plus remarquables édifices religieux du XVIIe siècle parisien retrouve progressivement la lumière. Jeudi 10 septembre, la Ville de Paris, la Chancellerie des universités de Paris et le World Monuments Fund (WMF) ont célébré l’achèvement de la première phase de restauration de la chapelle Sainte-Ursule de la Sorbonne. La cérémonie s’est déroulée en présence d’Emmanuel Grégoire, maire de Paris, de Julie Benetti, rectrice de l’académie de Paris et chancelière des universités, et de Mathilde Augé, directrice exécutive du World Monuments Fund France.

intérieur de la chapelle Sainte-Ursule de la Sorbonne – https://www.wmf.org/

Cette campagne a notamment permis de restaurer des peintures murales du transept et quatre médaillons associés à Philippe de Champaigne (1602-1674), l’un des grands peintres français du XVIIe siècle. Des œuvres de Louis Charles Timbal (1821-1880) ont également été restaurées. Les interventions ont été menées par l’équipe d’Alix Laveau. D’autres campagnes avaient précédé celle-ci : restauration des deux tombeaux au printemps 2024, puis des grandes portes donnant sur la place de la Sorbonne à l’été 2025. Le chantier est loin d’être achevé : la coupole, les chapelles latérales, la tribune de l’orgue, mais aussi l’accessibilité et la sécurité doivent encore faire l’objet d’interventions.

Le maire de Paris a salué une « étape décisive », estimant qu’au cœur du Quartier latin « revit un pan entier de l’histoire de notre ville ». Plus significativement encore, le maire a parlé d’un « lieu de culte, lieu de culture », appelé à devenir d’ici 2030 « un cœur à nouveau battant du Quartier latin ».

Mais précisément : quel culte ? Et des messes pourraient-elles de nouveau y être célébrées ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que la chapelle est profondément catholique par son histoire et sa destination. La Sorbonne doit son nom à Robert de Sorbon, chapelain de saint Louis, qui fonda au XIIIe siècle un collège étroitement lié à l’enseignement de la théologie. Devenu proviseur de la Sorbonne en 1622, le cardinal de Richelieu entreprit la reconstruction de l’ensemble et confia à Jacques Lemercier la réalisation de la chapelle actuelle, dont la première pierre fut posée en 1635. Richelieu, mort en 1642, y repose toujours dans le célèbre monument funéraire réalisé par François Girardon.

La Révolution rompit cette continuité. La chapelle fut profanée et les sépultures violées. En juin 1822, elle fut toutefois officiellement restituée au culte catholique. Des célébrations s’y déroulèrent de nouveau au XIXe siècle puis au XXe siècle, notamment une messe hebdomadaire durant l’entre-deux-guerres et une messe anniversaire à la mémoire de Richelieu. La situation juridique actuelle est cependant particulière. La chapelle de la Sorbonne n’est pas un édifice affecté légalement au culte catholique au titre du régime issu de la loi de 1905. La raison tient à l’histoire administrative de la Sorbonne : sous le régime concordataire, l’ensemble des bâtiments était affecté au service de l’enseignement universitaire.

https://www.wmf.org/

Un jugement du tribunal administratif de Paris du 26 février 1957 a ainsi considéré que la chapelle ne pouvait bénéficier de l’affectation cultuelle attachée aux édifices qui étaient consacrés à l’exercice public du culte au moment de la séparation des Églises et de l’État.

La nuance est essentielle : cela ne signifie pas que la chapelle n’a jamais été consacrée au culte ni que la messe y serait, par principe, définitivement impossible. Elle a bien été un lieu de culte catholique pendant des siècles et des célébrations ont encore eu lieu après 1957. La messe anniversaire de Richelieu ne fut officiellement supprimée qu’en 1969, et des célébrations sont encore attestées dans les dernières décennies du XXe siècle.

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Le problème est donc moins théologique que juridique et administratif : une reprise du culte supposerait aujourd’hui de déterminer dans quelles conditions et avec quelles autorisations des célébrations pourraient être organisées.

À la fin du XXe siècle, la chapelle était principalement utilisée comme espace d’exposition. Son état de conservation, aggravé par la tempête de décembre 1999, conduisit ensuite à sa fermeture habituelle au public. Aujourd’hui, les institutions engagées dans sa restauration mettent principalement en avant son avenir patrimonial, artistique, culturel, scientifique et pédagogique. Aucune reprise régulière de la messe n’a, à ce jour, été annoncée.

La restauration d’un tel chef-d’œuvre constitue en elle-même une excellente nouvelle. Mais la chapelle Sainte-Ursule n’a pas été conçue comme une simple salle patrimoniale. Son chœur, ses chapelles, son architecture et son iconographie témoignent de la finalité pour laquelle elle fut édifiée. Après avoir retrouvé ses peintures, son tombeau et progressivement ses visiteurs, la chapelle de la Sorbonne retrouvera-t-elle également, même ponctuellement, la célébration de la messe ? La question mérite désormais d’être posée.

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