Les victimes d’abus sexuels commis dans l’Église ont droit à la vérité, à la justice et à la réparation. Les crimes sont là, les silences aussi, parfois les fautes institutionnelles. Rien ne saurait les relativiser. Mais reconnaître cette réalité n’interdit pas d’examiner avec la même exigence ce qui s’est progressivement construit autour de cette tragédie.
Dimanche soir, M6 diffusait dans Enquête Exclusive un documentaire au titre particulièrement large : #MeToo scolaire – Après Bétharram, ils brisent le silence. Le choix éditorial est parfaitement légitime. Sa répétition finit néanmoins par poser question. Car quid de l’école publique, des centres de loisirs, des associations laïques accueillant des mineurs ? Et surtout du scandale du périscolaire parisien ?
À Paris, au 9 juin 2026, 132 animateurs périscolaires avaient été suspendus depuis le début de l’année, dont 52 pour des soupçons de violences sexuelles. Plusieurs procédures judiciaires ont été ouvertes. La présomption d’innocence s’impose évidemment pour les personnes mises en cause, mais l’ampleur des signalements a provoqué une mobilisation considérable des familles. C’est notamment dans ce contexte qu’est apparu #MeTooEcole, mouvement de parents et de citoyens réclamant davantage de transparence sur les violences faites aux enfants, dans le public comme dans le privé. Une revendication qui pose précisément la bonne question : si un « MeToo scolaire » doit avoir lieu, pourquoi son projecteur médiatique semble-t-il si systématiquement braqué sur l’enseignement catholique ?
À quand un documentaire construit avec la même puissance narrative, le même registre émotionnel, les mêmes témoignages bouleversants sur les crimes et violences commis dans l’univers scolaire public, le périscolaire municipal ou certaines structures associatives laïques ? À quand la même investigation sur les défaillances de l’administration et de ceux auxquels l’Éducation nationale ou les collectivités confient chaque jour des enfants ?
L’Église, elle, a ouvert ses archives et accepté de se soumettre à un examen d’une ampleur exceptionnelle. En 2021, la CIASE avançait l’estimation de 330 000 victimes depuis 1950, en incluant les violences imputées aux clercs, religieux et laïcs en mission ecclésiale. Son rapport, aussi médiatique que contesté sur ses modes de calcul, a notamment suscité une sévère critique méthodologique de huit membres de l’Académie catholique de France. La CIASE a répondu en défendant la robustesse de ses estimations. La controverse s’est peu à peu effacée. Le chiffre, lui, est resté.
Et autour de ces trois mots, « abus dans l’Église », s’est peu à peu constitué un véritable écosystème, sur fond de traumatismes des victimes, habilement instrumentalisés par certains : associations de victimes, lanceurs d’alerte, experts, avocats, consultants, organismes de formation… Toute une activité professionnelle s’est développée autour de cette question. Certains médias, y compris catholiques, en ont eux aussi fait un axe éditorial presque permanent. Il existe également ces voix venues de l’intérieur de l’Église, y compris des prêtres, qui semblent ne plus savoir parler d’elle autrement qu’à travers ses abus. Toujours les mêmes accusations, les mêmes procès et surtout ces appels à réformer l’Eglise…en fonction de leur idéologie.
Certains sont les véritables fossoyeurs d’une Église qu’ils prétendent pourtant servir, reprenant sans grande distance les grilles de lecture de milieux qui ne cachent guère leur hostilité à l’institution catholique. Dénoncer un crime est un devoir. Faire du crime la définition permanente de l’Église relève d’une tout autre démarche.
Et le calendrier ne peut être totalement ignoré. À dix jours de l’arrivée de Léon XIV en France, on voit déjà combien certains voudraient ramener les débats entourant cette visite historique à cette seule question. Comme si le pape, l’Église et les catholiques français devaient entrer dans ces journées sous le poids d’un procès permanent. Les drames et l’émotion des victimes ne devraient jamais être manipulés pour alimenter un combat contre l’Église. Leur souffrance mérite mieux que d’être enrôlée au service d’une cause idéologique. Puisque la vérité doit être faite, faisons-la partout. À quand une commission indépendante sur les violences sexuelles commises depuis 1950 dans l’Éducation nationale, les établissements publics, les internats, les colonies de vacances, les centres de loisirs et les structures périscolaires ? À quand l’ouverture des archives, l’examen des responsabilités administratives et une estimation nationale du nombre des victimes ?
Ceux qui expliquent depuis des années que le pardon exige vérité, reconnaissance et réparation devraient être les premiers à demander que ces principes soient appliqués partout. L’Église a ouvert ses placards. Que l’État et les collectivités ouvrent désormais les leurs. Car la souffrance d’un enfant n’est pas plus grave lorsqu’elle se produit derrière une croix que lorsqu’elle survient sous la devise de la République.


