La scène s’est déroulée le 7 septembre au Brésil, lors d’une messe présidée par Monseigneur José Valdeci Santos Mendes, évêque de Brejo et président de la Commission épiscopale pour l’action socio-transformatrice de la Conférence nationale des évêques du Brésil. Une précision : ce n’est pas l’évêque qui a personnellement lu le texte. Mgr Santos Mendes l’a introduit devant l’assemblée, en le présentant comme une expression des jeunes d’Amérique latine, avant que deux jeunes ne le proclament.
Le document porte le titre de « Credo de la jeunesse », mais il ne reprend ni le Symbole des Apôtres, ni celui de Nicée-Constantinople, ni même les grandes affirmations constitutives de la profession de foi chrétienne. Le Père, le Fils, l’Incarnation, la Croix, la Résurrection ou la vie éternelle disparaissent au profit d’un catalogue de revendications sociales, politiques et ecclésiales. « Nous ne croyons pas en une Église statique, patriarcale, cléricale et hiérarchique », proclame notamment le texte. Il lui oppose une « communauté intégratrice, intergénérationnelle » engagée contre « un système capitaliste dominant ».
La distinction est pourtant essentielle. Le cléricalisme, lorsqu’il désigne un abus d’autorité ou une conception mondaine du ministère, peut et doit être dénoncé. Mais l’Église catholique n’est pas hiérarchique par survivance d’un ordre social ancien. Sa constitution apostolique appartient à ce qu’elle croit avoir reçu du Christ : les évêques sont les successeurs des Apôtres et les prêtres leurs coopérateurs dans le ministère. Rejeter indistinctement l’Église « cléricale et hiérarchique » revient donc à toucher à sa constitution sacramentelle.
Plus spectaculaire encore est cette profession : « Nous croyons en un Dieu/Déesse ». Celui-ci est ensuite qualifié de « libérateur et révolutionnaire ».
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La foi chrétienne ne construit pas son propre vocabulaire sur Dieu au gré des idéologies contemporaines. Elle reçoit une Révélation. Et c’est le Christ lui-même qui apprend à ses disciples à dire : « Notre Père ». Le passage consacré à la sexualité est tout aussi explicite. Les auteurs disent croire en une « Grande Patrie » « sans normes pour aimer, incluant toute la diversité sexuelle ». La formule résume à elle seule le glissement opéré : la profession de foi devient manifeste sociétal. L’Église enseigne pourtant simultanément la dignité intangible de toute personne et l’existence d’une vérité objective concernant l’amour humain. La charité chrétienne ne consiste pas à proclamer l’absence de toute norme : elle unit précisément amour, liberté et vérité.
La dimension politique du document est enfin assumée. Il condamne « les sauveurs, les dictateurs et les putschistes » et appelle à la « construction communautaire et collective des luttes ». La messe s’inscrivait dans le cadre du Grito dos Excluídos, mobilisation organisée chaque année autour de la fête de l’indépendance brésilienne et à laquelle participent plusieurs organisations et pastorales catholiques. Surtout, ce « credo » n’est pas né en 2026. Il circulait déjà en 2016 et était attribué aux jeunes des Communautés ecclésiales de base (CEBs) du Brésil, du Paraguay, de Bolivie, d’Argentine, du Mexique et d’Équateur. Le texte publié en septembre 2016
Dès lors, la question demeure : comment un texte récusant explicitement l’Église « hiérarchique », revendiquant une société « sans normes pour aimer » et invoquant un « Dieu/Déesse » a-t-il pu être introduit et proclamé au cours d’une messe catholique présidée par un évêque ?
Car la liturgie n’est pas le lieu où l’Église invente un nouveau credo adapté aux combats politiques ou sociétaux du moment. Elle est précisément le lieu où elle reçoit, célèbre et transmet une foi qui la précède.
Le « Credo de la jeunesse » dans son intégralité
Le texte ci-dessous est la traduction française de la version publiée en septembre 2016 et attribuée aux jeunes des CEBs du Brésil, du Paraguay, de Bolivie, d’Argentine, du Mexique et d’Équateur.
« Nous ne croyons pas que nous devions rester dans l’attente. NOUS CROYONS que nous, les jeunes, sommes des acteurs de transformation de la réalité, luttant pour conquérir des espaces et construire des alternatives.
Nous ne croyons pas aux frontières. NOUS CROYONS que nous sommes filles et fils d’une Grande Patrie sans racisme, sans normes pour aimer, incluant toute la diversité sexuelle, les femmes, les jeunes, les peuples autochtones, les Afro-descendants, les minorités et tous les laissés-pour-compte.
Nous ne croyons pas en une Église statique, patriarcale, cléricale et hiérarchique. NOUS CROYONS en une communauté intégratrice, intergénérationnelle, dotée de sa propre voix. Nous croyons en cette Église en lutte, « liant son sort à celui des pauvres de cette terre », face à un système capitaliste dominant.
Nous ne croyons pas aux individualismes, aux sauveurs, aux dictateurs ni aux putschistes. NOUS CROYONS à la construction communautaire et collective des luttes dans la conjoncture que connaît aujourd’hui notre Amérique.
Nous ne croyons pas en un Dieu qui punit et qui châtie son peuple par la pauvreté. NOUS CROYONS en un Dieu/Déesse présent dans les différentes expériences des communautés : un Dieu proche, un Dieu libérateur et révolutionnaire, un Dieu membre des CEBs, qui travaille et lutte comme Jésus de Nazareth.
Jeunes des CEBs du Brésil, du Paraguay, de Bolivie, d’Argentine, du Mexique et d’Équateur.«


