Depuis 2000 ans

[Vidéo] À quand la messe karaoké ? Quand la liturgie devient un spectacle

capture écran
capture écran
Il ne s’agit ni d’une veillée de louange ni du Frat, mais bien d’une messe. À force de vouloir la rendre attractive, moderne et débordante d’émotion, ne finit-on pas par oublier ce qu’elle est d’abord : le sacrifice du Christ rendu présent sur l’autel ?

Un fidèle sort enthousiaste d’une célébration de l’église Saint Blandine de Lyon : « Une messe incroyable », écrit-il sur Facebook. À voir les images, on comprend l’impression : chanteurs, musiciens, mains levées, rythmes entraînants, le père Xavier Grillon équipé d’un micro fixé à l’oreille… Tout est fait pour que la célébration soit vivante, accessible, chaleureuse.

Mais est-ce vraiment ce que l’on demande d’abord à une messe ? À quand, tant qu’on y est, la messe karaoké ?

La provocation touche à une question sérieuse. À force de vouloir rendre la liturgie attractive, on finit par lui appliquer les recettes du spectacle : occuper l’espace, maintenir le rythme, provoquer l’adhésion, solliciter l’émotion. Des chanteurs en tenue très décontractée prennent place sur l’autel, les écrans géants sont omniprésents et la musique semble devoir accompagner chaque instant.

Même le prêtre porte son micro à l’oreille, à la manière d’un conférencier ou d’un présentateur. Ainsi est-il certain d’être parfaitement entendu. Entendu, certainement. Compris, c’est une autre affaire.

Car la messe n’est pas d’abord l’endroit où l’homme vient écouter un homme parler de Dieu. Elle est l’endroit où le prêtre, in persona Christi, offre le sacrifice eucharistique. Le sanctuaire n’est pas une scène. L’autel n’est pas un podium. Le prêtre n’est pas un « entertainer » catholique. Et les fidèles ne constituent pas un public dont il faudrait constamment retenir l’attention.

Voilà pourtant la tentation : du son, toujours du son. Une parole, un refrain, une guitare, une relance, une émotion. Surtout, ne pas laisser le silence s’installer. Ce silence est pourtant une composante essentielle de la liturgie catholique. Un silence devenu presque insupportable à une société qui vit casque sur les oreilles et téléphone à la main, habituée à être continuellement sollicitée. Alors faut-il reproduire jusque dans nos églises les mécanismes du monde extérieur ?

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/noubliez-pas-les-valeurs-chretiennes-que-vous-recutes-de-vos-ancetres-de-jean-paul-ii-a-leon-xiv-le-basculement-religieux-de-saint-denis/

On retrouve ici certains codes des grands rassemblements évangéliques : musique enveloppante, mains levées, refrains répétitifs, exaltation collective et recherche d’une expérience personnelle intense. Cela peut incontestablement provoquer une émotion religieuse. Mais l’émotion n’est pas Dieu.

On peut pleurer pendant un chant sans s’être converti. On peut lever les bras sans avoir jamais appris à s’agenouiller intérieurement. On peut sortir électrisé d’une célébration et avoir surtout rencontré ses propres sensations. C’est précisément le danger de la messe-spectacle : confondre la sensation de Dieu avec la présence de Dieu. Car Dieu n’a pas besoin de décibels pour se manifester.

La tradition biblique elle-même nous rappelle Élie découvrant que le Seigneur n’est ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans « le murmure d’une brise légère ». Il existe une pédagogie profondément chrétienne du silence : se taire enfin pour laisser Dieu parler. Le silence après la communion. Le recueillement devant le Saint-Sacrement. Une génuflexion. Quelques secondes pendant lesquelles personne ne chante, personne ne parle, personne n’applaudit, personne ne cherche à produire quoi que ce soit. Seulement Dieu et l’homme. Est-ce devenu trop pauvre pour nous ?

Il ne s’agit évidemment pas de suspecter la foi des catholiques qui aiment la louange, ni de considérer qu’une guitare serait par nature incompatible avec la liturgie. Une assemblée joyeuse peut être profondément priante. Des jeunes peuvent découvrir le Christ par ces communautés. Mais l’intention missionnaire ne règle pas la question liturgique. À force de vouloir montrer que le catholicisme peut être jeune, festif, décontracté et émotionnel, on risque de donner l’impression que le mystère eucharistique ne suffirait plus à retenir l’homme contemporain. Comme si deux mille ans de christianisme devaient désormais présenter leurs excuses de ne pas ressembler à un festival.

À chaque messe, pourtant, quelque chose d’infiniment plus vertigineux que toutes nos animations se produit : le Christ se rend réellement présent sous les espèces du pain et du vin. Le sacrifice du Calvaire est sacramentellement rendu présent. Dieu se donne à l’homme. Cela ne suffit-il donc plus ?

Recevez chaque jour notre newsletter !