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[Léon XIV en France] Ces députés qui grincent des dents à l’idée de voir le Pape accueilli par la République

@Eglisecatholqiue- Monsieur  Alexis Corbière ( wikipedia)
@Eglisecatholqiue- Monsieur Alexis Corbière ( wikipedia)
Alexis Corbière invoque la laïcité, alors "Venez et voyez" (Jn 1, 46) Monsieur le député ...

Par Philippe Marie

« Le pape est le bienvenu en France, ce déplacement est un événement majeur. » C’est par ces mots que Monsieur Alexis Corbière ouvre une tribune publiée ce lundi 21 septembre dans Libération. L’accueil paraît chaleureux. Il suffit pourtant de poursuivre la lecture pour que ce « bienvenu » au Saint-Père perde singulièrement de sa chaleur. Le député conteste en effet presque tout ce qui accompagne cette visite : moyens publics mobilisés, présence de parlementaires, dépenses engagées à Metz, messe place de la Concorde et place accordée au catholicisme. À lire la suite, on peine à discerner ce qui, dans cet événement qu’il qualifie lui-même de « majeur », trouve réellement grâce à ses yeux.

Et pour commencer, un chiffre présenté de manière pour le moins incomplète, comme s’il fallait d’emblée minorer la présence catholique en France : 29 %. Le chiffre existe, mais l’enquête Insee-Ined TeO2 dont il provient concerne les 18-59 ans vivant en France métropolitaine en logement ordinaire, interrogés en 2019-2020. Dans cette population précisément délimitée, 29 % se déclaraient catholiques. Ce n’est donc pas le pourcentage de catholiques dans l’ensemble de la population française.

selon l’Observatoire du catholicisme de l’Ifop publié en 2025, 76 % des Français adultes déclaraient avoir été baptisés catholiques, soit, en ordre de grandeur, plus de 40 millions de personnes. Cela ne signifie évidemment pas 40 millions de pratiquants, mais cela interdit de résumer la réalité catholique française au seul chiffre de 29 %.Et il ne s’agit pas seulement d’héritage. En 2026, 13 234 adultes sont appelés au baptême, contre 4 124 en 2016. Plus de 8 100 adolescents sont également concernés. La sécularisation française est une réalité ; le renouveau actuel du catéchuménat en est une autre.

Monsieur Alexis Corbière en vient ensuite à la laïcité. Or la loi du 9 décembre 1905 ne proclame nullement la disparition des religions de l’espace public. Son article premier affirme : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » La laïcité conjugue neutralité de l’État et liberté religieuse. Elle n’est pas une injonction à rendre la religion invisible. C’est particulièrement évident lorsque Monsieur le député s’interroge sur les moyens publics consacrés à la sécurité. Protéger plusieurs centaines de milliers de personnes n’est pas subventionner un culte. Policiers, gendarmes et secours ne sont pas mobilisés pour célébrer la messe mais pour assurer l’ordre public. À suivre ce raisonnement, faudrait-il facturer intégralement leur protection aux organisateurs de manifestations syndicales, politiques ou culturelles ?

Une autre réalité est difficilement évacuable : Léon XIV n’est pas seulement le chef spirituel de l’Église catholique. Le Pape est aussi souverain de l’État de la Cité du Vatican et le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques avec la France. Cette dimension diplomatique appartient pleinement à la visite. Même fragilité concernant les parlementaires. La séparation des Églises et de l’État n’interdit nullement à un député, un sénateur, un maire ou un ministre d’assister à une cérémonie religieuse. La neutralité de l’État ne commande pas aux élus de devenir étrangers à la vie spirituelle de leurs concitoyens.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/document-leon-xiv-en-france-un-missel-tres-marial-une-priere-pour-la-vie-et-un-appel-a-leurope-a-retrouver-ses-racines-spirituelles/

Monsieur Alexis Corbière convoque encore Louis XVI et la place de la Concorde, comme si une messe célébrée à cet endroit menaçait l’héritage républicain. Une célébration de quelques heures ne change évidemment ni le statut de la place ni celui de la République.

À Metz, la contestation des 250 000 euros engagés par la collectivité a été portée devant la justice administrative. Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le 11 septembre le recours qui lui était soumis. On peut continuer à discuter politiquement cette dépense ; sa contrariété avec la laïcité ne peut en revanche être présentée comme une évidence juridique. On peut contrôler chaque euro public, discuter le protocole et contester une décision municipale. Mais la laïcité n’est pas l’art d’accueillir Léon XIV en s’excusant presque que la France compte encore des catholiques.

Alors, à Monsieur le député, on aurait presque envie d’adresser cette invitation toute simple de l’Évangile : « Venez et voyez » (Jn 1, 46).

Venez voir cette foule, sa ferveur, sa joie, ses familles et ses jeunes. Venez voir ces fidèles qui auront parfois parcouru des centaines de kilomètres pour apercevoir le Pape et écouter sa parole. Ils ne se rassemblent ni contre la République ni contre leurs concitoyens. Ils viennent entendre un message vieux de deux mille ans et pourtant toujours neuf : celui de l’Évangile, qui parle de paix, de pardon, d’espérance, de dignité et de fraternité. Peut-être découvrirez-vous alors des catholiques tout simplement heureux de croire, de prier ensemble et d’accueillir le successeur de Pierre. Heureux aussi que leur espérance ne dépende pas des idéologies que les hommes construisent, célèbrent puis abandonnent.

Et rassurez-vous, Monsieur le député : lorsque les cloches auront fini de sonner et que les foules seront rentrées chez elles, la République sera toujours là. Les catholiques aussi. La loi de 1905 a séparé les Églises et l’État. Elle n’a jamais séparé la France de son histoire.

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