La dernière étape du voyage apostolique de Léon XIV en France prendra à Metz une dimension singulièrement européenne. Après Paris et Lourdes, le Saint-Père célébrera lundi 28 septembre la messe dans la cathédrale Saint-Étienne. Le choix des textes liturgiques révèle plusieurs fils conducteurs : la paix, la réconciliation entre les peuples, la défense du caractère sacré de toute vie humaine, mais aussi la nécessité pour l’Europe de ne pas perdre la mémoire de l’héritage spirituel qui l’a façonnée.
Le passage le plus significatif apparaît dans la prière universelle. Le missel officiel du voyage prévoit cette troisième intention, entièrement consacrée à l’Europe :
« Afin que l’Europe,
qui a été enrichie par l’annonce chrétienne,
retrouve ses racines spirituelles
et reçoive un nouvel élan de foi
également à l’exemple de ses saints.
Nous prions. »
L’assemblée répondra : « Exaudi nos, Domine. Exaudi nos ! » La version italienne reproduite immédiatement après confirme le sens de cette intention :
« Perché l’Europa, che è stata arricchita dall’annuncio cristiano, ritrovi le sue radici spirituali e riceva un nuovo impulso di fede anche dall’esempio dei suoi santi. » « Afin que l’Europe, qui a été enrichie par l’annonce chrétienne, retrouve ses racines spirituelles et reçoive un nouvel élan de foi, également à l’exemple de ses saints. »
Le texte ne reprend donc pas littéralement l’expression « racines chrétiennes de l’Europe ». Mais l’enchaînement est explicite : l’Europe a été « enrichie par l’annonce chrétienne » et elle est appelée à « retrouver ses racines spirituelles ». La référence aux saints européens achève de donner à cette prière une profondeur historique autant que spirituelle. Une autre intention mérite une attention particulière :
« Afin que le Pape Léon,
qui se fait messager de la paix,
soit un témoin authentique de l’Évangile
et un promoteur du caractère sacré
et de la dignité de toute vie humaine. »
Prononcés en France, quelques semaines après la promulgation de la loi relative au droit à l’aide à mourir, ces mots prennent nécessairement une résonance particulière. Le texte a été définitivement adopté par l’Assemblée nationale le 15 juillet 2026, avant la décision du Conseil constitutionnel du 14 août et sa promulgation le 18 août. La loi est entrée en vigueur le 20 août.
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Le missel ne mentionne pas cette législation mais le rapprochement est difficile à ignorer. Au moment où le droit français vient d’introduire l’euthanasie dans le Code de la santé publique, la liturgie célébrée par le Pape demande qu’il soit le promoteur du « caractère sacré » et de « la dignité de toute vie humaine ». Dans la doctrine catholique, ces deux expressions ne sont pas accessoires. Elles renvoient à l’affirmation de la dignité intrinsèque de toute personne, indépendamment de son âge, de sa maladie, de son handicap ou de sa dépendance. Dans le contexte français actuel, cette intention ne pourra donc manquer d’être entendue à la lumière du débat sur la fin de vie. Sans nommer la loi, le missel fait entendre une conception chrétienne de l’homme fondée sur le caractère sacré de son existence.
La prière universelle poursuit cette construction. Après l’intention pour l’Europe vient celle consacrée aux responsables des nations, appelés à être « les constructeurs d’un véritable esprit de fraternité et de justice » et « les promoteurs de la réconciliation ».
L’ensemble prend une résonance particulière à Metz, ville profondément marquée par l’histoire européenne, les affrontements franco-allemands et la réconciliation entre les peuples. La célébration elle-même est traversée par le thème de la paix. Dans la préface, le Christ est présenté comme celui qui s’est anéanti « pour donner au monde la paix par le sang de sa croix ». Après la communion, il sera encore demandé aux fidèles de faire « fructifier entre tous la paix qu’il a lui-même laissée ». À Metz, la dernière étape du voyage français de Léon XIV réunira ainsi plusieurs questions essentielles : la paix entre les peuples, la dignité et le caractère sacré de toute vie humaine, et les racines spirituelles de l’Europe. Un triptyque particulièrement significatif au moment où le continent s’interroge à la fois sur son avenir, son identité et les fondements anthropologiques de ses sociétés.


