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« L’être humain et Dieu sont présentés à tort comme des rivaux »: Léon XIV met en garde contre l’humanisme sans Dieu

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À deux jours de son arrivée en France, Léon XIV a consacré son audience générale à la place du progrès scientifique et technique dans le dessein de Dieu. Une réflexion sur le travail, la liberté et les limites d’un progrès qui oublierait la dignité de l’homme ( Texte intégral)

Poursuivant son commentaire de la constitution pastorale Gaudium et spes du concile Vatican II, le Pape s’est arrêté sur son troisième chapitre, consacré à « l’activité humaine dans l’univers ». Une réflexion qui touche directement aux bouleversements scientifiques et technologiques contemporains, mais dont Léon XIV rappelle d’abord le fondement théologique : l’homme n’est pas un rival de Dieu.

« Dans les humanismes post-chrétiens, l’être humain et Dieu sont présentés à tort comme des rivaux », observe le Saint-Père. Une conception selon laquelle l’homme devrait, pour devenir véritablement libre, « s’émanciper de Dieu ».

Léon XIV renverse cette perspective. La foi chrétienne n’oppose ni l’intelligence à la Révélation, ni la science à la Création, ni l’activité humaine à la souveraineté divine. Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’homme reçoit précisément son intelligence, sa liberté et sa capacité créatrice comme des dons. Le Pape reprend ici l’une des intuitions majeures de Gaudium et spes : l’effort par lequel l’humanité cherche à améliorer ses conditions de vie « correspond au dessein de Dieu ». Les découvertes scientifiques, les progrès de la médecine, de la technique ou de la connaissance ne constituent donc pas en eux-mêmes une menace pour la foi.

Le danger apparaît ailleurs : lorsque le progrès cesse d’être ordonné au bien de la personne humaine et prétend devenir sa propre fin.

Léon XIV convoque alors une grande figure intellectuelle du catholicisme français, le jésuite Henri de Lubac, théologien du Concile et futur cardinal. Il reprend l’expression devenue célèbre de son ouvrage publié en 1944 : le « drame de l’humanisme athée ». Car en prétendant libérer l’homme de Dieu, souligne le Pape, on risque paradoxalement de perdre ce qui fonde la valeur transcendante de l’homme lui-même.

Cette affirmation prend une résonance particulière dans une époque fascinée par sa propre puissance technologique. Une semaine auparavant, Léon XIV mettait déjà en garde contre le risque de confier aux algorithmes des décisions qui appartiennent à la conscience humaine. Il rappelait alors que la personne devait demeurer « le principe, le sujet et la fin » des institutions sociales.

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La catéchèse de ce mercredi approfondit cette ligne : tout progrès n’est pas nécessairement un progrès de l’homme. Pour être authentiquement humain, explique Léon XIV, « le progrès technique et scientifique doit être animé et orienté par la charité ». Il doit demeurer au service de la dignité de l’homme et bénéficier en particulier aux plus défavorisés.Cette vision est profondément catholique parce qu’elle refuse deux tentations symétriques : celle qui regarderait la modernité et les découvertes humaines avec méfiance par principe, et celle qui transformerait le progrès matériel en nouvelle religion.

L’homme peut construire, inventer, chercher, travailler. Mais il ne se sauve pas lui-même.

Le Pape développe également une véritable spiritualité du travail. La rencontre avec Dieu ne suppose pas de fuir les réalités terrestres. « L’être humain ne doit pas abandonner ses occupations terrestres, mais il peut vivre pleinement sa vocation en accomplissant bien son travail quotidien et en le sanctifiant », affirme-t-il.

L’image choisie est celle de l’Eucharistie. Chaque jour, le pain et le vin, fruits de la terre mais aussi du travail des hommes, sont déposés sur l’autel avant de devenir Corps et Sang du Christ. Le travail humain n’est donc pas étranger à l’ordre de la grâce : il peut lui-même être offert et sanctifié. Léon XIV rappelle néanmoins la distinction essentielle formulée par Vatican II : le progrès terrestre ne doit jamais être confondu avec l’avènement du Royaume de Dieu. Aucun système politique, aucune découverte scientifique, aucune révolution technologique ne saurait accomplir par ses seules forces la destinée ultime de l’homme.

Mais les œuvres humaines accomplies selon le dessein de Dieu ne sont pas pour autant insignifiantes. Gaudium et spes enseigne qu’elles seront un jour « purifiées de toute souillure, illuminées, transfigurées ».

Ainsi se dessine une conception chrétienne particulièrement exigeante du progrès : ni peur de la science, ni adoration de la technique. L’homme est appelé à développer les talents que Dieu lui a confiés, tout en se souvenant qu’ils doivent servir la vérité, la charité et la dignité de toute personne.Avant de conclure, Léon XIV a adressé un salut particulier aux pèlerins francophones et notamment aux Français présents place Saint-Pierre. Il leur a confié cette invitation : « partager le pain du savoir et du savoir-faire ».

À quelques heures désormais de son voyage en France, ces paroles prennent une tonalité particulière : le progrès humain ne trouve pas son accomplissement dans l’effacement de Dieu, mais dans une liberté qui reconnaît son origine, sa dignité et sa fin.

LÉON XIV

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 23 septembre 2026

Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes 4. Le sens de l’activité humaine dans l’univers (GS, 33-39)

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

En poursuivant notre parcours à travers la Constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile œcuménique Vatican II, nous arrivons au troisième chapitre de la première partie, qui porte un titre captivant : « L’activité humaine dans l’univers ». La question fondamentale est la suivante : quelle est la valeur de l’activité humaine dans le monde et, par conséquent, du progrès technique, social et scientifique ? Rappelons que, moins de quatre ans après la clôture du Concile, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, l’homme allait poser le pied sur la Lune pour la première fois.

Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’être humain est sujet du progrès. Grâce à sa liberté et à son intelligence, il enrichit ses connaissances, faisant ainsi progresser la société tout entière. Nous le constatons aisément en observant l’amélioration des conditions de vie au fil des générations. En effet, dit le Document, « il en résulte que l’homme se procure désormais par sa propre industrie de nombreux biens qu’il attendait autrefois avant tout de forces supérieures. » (n°33).

C’est pourquoi certains penseurs ont présenté le progrès technico-scientifique comme un facteur qui affaiblit la relation avec Dieu, au point de la faire paraître superflue, voire comme un antagoniste de la foi chrétienne. Et cette interprétation a entraîné un changement de regard sur le monde de la part de l’homme contemporain, par rapport aux époques précédentes. Un tel préjugé s’affirme surtout dans cette partie de la culture occidentale qui a perdu son ancrage dans la Révélation chrétienne. Dans les humanismes post-chrétiens, l’être humain et Dieu sont présentés à tort comme des rivaux : pour affirmer ses connaissances, sa liberté et son progrès, l’homme devrait s’émanciper de Dieu. Mais en fin de compte, en niant la relation avec Dieu, on perd aussi la possibilité d’affirmer la valeur transcendante de la personne humaine. C’est le « drame de l’humanisme athée », bien décrit par un éminent théologien du Concile Vatican II, Henri de Lubac. [1]

Le Concile souhaite apporter une réponse claire : « Pour les croyants – affirme Gaudium et Spes –, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu. » (n°34). Mieux encore, poursuit la Constitution, « loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. » ( ibid.). En substance, Dieu a remis entre les mains de l’homme et de la femme une création encore in statu viae, c’est-à-dire en chemin, en pleine croissance, afin qu’ils la mènent à son accomplissement par leur activité avisée. [2]

On trouve ici une référence importante au mystère de l’Incarnation. L’humanité – et avec elle le travail, le progrès et l’autonomie des réalités créées – n’est ni absorbée ni annulée par la rencontre avec Dieu, mais assumée dans son intégralité, continuant d’être, en Christ, libre et active : en effet, c’est en Lui qu’elle trouve pleine vérité et liberté. De plus, lors de la célébration eucharistique, le fruit du travail humain, représenté par le pain et le vin, est déposé chaque jour sur l’autel, pour être transformé en Corps et en Sang du Christ.

De cette perspective découle une vérité importante : pour rencontrer Dieu, l’être humain ne doit pas abandonner ses occupations terrestres, mais il peut vivre pleinement sa vocation en accomplissant bien son travail quotidien et en le sanctifiant. [3] Les chrétiens sont engagés, comme tout le monde, dans l’édification de la cité des hommes, en visant la fin de toutes choses et la rencontre avec Dieu, et en rappelant cette fin ultime à ceux avec qui ils partagent l’aventure du progrès, de la science et de la vie.

Certes, il faut bien distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ ; toutefois, le Concile affirme que « ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. […] Tous ces fruits de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés » (n° 39).

Enfin, rappelons que pour devenir un véritable progrès humain – c’est-à-dire celui de tout l’homme et de tous les hommes –, le progrès technique et scientifique doit être animé et orienté par la charité. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra toujours être mis au service de la dignité de l’homme et favoriser l’amélioration des conditions de vie de tous, en particulier des plus défavorisés.

Chers frères et sœurs, le Concile Vatican II nous invite à partager le pain du savoir et du savoir-faire, afin que chaque homme et chaque peuple puisse développer son potentiel et qu’ensemble, nous puissions construire, avec l’aide de Dieu, un avenir meilleur.

* * *

Je salue les pèlerins de langue française et plus particulièrement le groupe de pèlerins de France, les sœurs de Saint-Paul de Chartres et le groupe “Réseau du Cœur” d’Haïti.

Le Concile Vatican II nous invite à partager le pain du savoir et du savoir-faire : développez généreusement votre potentiel pour qu’ensemble, nous puissions construire, avec l’aide de Dieu, un avenir meilleur.

Que Dieu vous bénisse !

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Résumé de la catéchèse du Saint-Père : 

Nous arrivons à un chapitre de Gaudium et Spes, qui porte un titre captivant: «L’activité humaine dans l’univers» avec cette question fondamentale: quelle est la valeur de l’activité humaine et du progrès? Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’être humain est un acteur du progrès. Grâce à sa liberté et à son intelligence, il enrichit ses connaissances et fait progresser la société tout entière. Le progrès technico-scientifique n’affaiblit pas la relation avec Dieu, ni ne s’oppose à la foi chrétienne: l’homme n’est pas dans une rivalité avec Dieu où il devrait s’émanciper de Lui. C’est la relation avec Dieu qui permet d’affirmer la valeur transcendante de la personne humaine : en Christ, l’homme trouve sa pleine vérité et sa liberté. «L’activité humaine individuelle et collective… correspond aux intentions de Dieu» … et les victoires de l’humanité sont un signe de la grandeur de Dieu et le fruit de son dessein ineffable» (n° 34). C’est pourquoi, l’être humain est appelé à vivre pleinement sa vocation en sanctifiant son travail quotidien, et «à mieux ordonner la société humaine» en vue du royaume de Dieu» (n° 39).

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[1] Cfr H. de Lubac, Le drame de l’humanisme athée (1944), tr. it. Brescia 2013.

[2] Cfr Catéchisme de l’Eglise Catholique, nn. 302, 306, 307.

[3] Cfr S. Jean-Paul II, Homélie pour la canonisation de Josémaria Escriva de Balaguer (6 octobre 2002). »

Source Vatican

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