À quelques heures de l’arrivée de Léon XIV en France, ce vendredi 25 septembre, la Grande Mosquée de Paris a choisi de marquer publiquement son accueil du souverain pontife. Dans un communiqué daté du 23 septembre et signé par son recteur, Chems-eddine Hafiz, l’institution annonce une initiative particulière : consacrer le prêche de la grande prière du vendredi à la visite du pape et demander à l’ensemble des mosquées et des imams qui lui sont affiliés en France de faire de même.
Cette prise de position intervient dans un contexte sécuritaire particulier. Selon les informations révélées par Europe 1, plusieurs imams et personnalités présentées comme proches de la mouvance islamiste font l’objet de mesures administratives leur interdisant de paraître dans certains secteurs de Paris et de Saint-Denis durant le déplacement pontifical. Ces mesures préventives, visant des personnes déterminées, sont distinctes de l’initiative de la Grande Mosquée de Paris.
Un prêche consacré à l’accueil du pape
Dans son communiqué, Chems-eddine Hafiz souligne que le voyage de Léon XIV, prévu du 25 au 28 septembre à Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz, possède une portée qui dépasse la seule communauté catholique. Dans un contexte international marqué par les conflits et les tensions religieuses, le recteur voit dans cette visite une occasion de promouvoir la rencontre entre les croyants et la recherche de la paix.
L’annonce la plus significative concerne le prêche du vendredi 25 septembre, jour même de l’arrivée du pape. La Grande Mosquée de Paris souhaite que les fidèles musulmans entendent, à cette occasion, un message de respect envers les chrétiens et d’hospitalité à l’égard du chef de l’Église catholique.
Le communiqué précise que cet accueil ne doit pas être considéré comme une simple marque de courtoisie diplomatique. Selon l’institution, le respect de l’hôte, la bonté et la justice envers les personnes d’une autre religion trouvent leurs fondements dans les enseignements mêmes de l’islam. Il s’agit d’une initiative qui dépasse donc le seul cadre parisien, puisque les mosquées affiliées à l’institution sont également invitées à relayer ce message dans leurs prêches.
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Le communiqué évoque également l’accueil réservé, selon la tradition musulmane, par Mahomet à une délégation de chrétiens de Najrân, dans la péninsule Arabique. La Grande Mosquée de Paris présente cet épisode comme un exemple ancien de relations entre musulmans et chrétiens, qu’elle souhaite remettre en valeur à l’occasion de la venue du pape. Cette référence historique est particulièrement intéressante. Elle permet à l’institution musulmane de présenter le dialogue interreligieux non comme une concession à la société contemporaine, mais comme une démarche inscrite dans sa propre tradition.
Pour l’Église catholique, ce dialogue possède également des fondements doctrinaux, notamment dans la déclaration Nostra aetate du concile Vatican II. Celle-ci invite les chrétiens et les musulmans à développer la compréhension mutuelle et à promouvoir ensemble la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. Ce rapprochement ne supprime cependant pas les différences fondamentales entre les deux religions, notamment concernant la personne de Jésus-Christ et la Trinité.
L’initiative intervient également à une date symbolique pour la Grande Mosquée de Paris, qui célèbre en 2026 le centenaire de son inauguration, en 1926. Chems-eddine Hafiz entend inscrire l’accueil de Léon XIV dans une réflexion plus large sur la place de l’islam dans la société française. Le recteur défend une participation des musulmans à une communauté nationale partagée avec les chrétiens, les juifs, les fidèles d’autres religions et les personnes sans religion.
Cette prise de position prend un relief particulier au moment où le déplacement du pape mobilise un dispositif de sécurité exceptionnel. Quinze mille membres des forces de l’ordre doivent être déployés à Paris les 25 et 26 septembre. Les interdictions administratives révélées jeudi concernent notamment l’imam franco-algérien Nourreddine Aoussat, qui conteste la mesure dont il fait l’objet et annonce un recours devant le tribunal administratif. Dans ce contexte, le message de la Grande Mosquée de Paris marque une distinction entre les personnes visées par les mesures de sécurité et les institutions musulmanes qui souhaitent accueillir favorablement le souverain pontife.


