Par Philippe Marie
« Le pape Léon XIV témoigne d’une force, d’une profondeur et d’une douceur qui touchent le cœur de tous. Il y aura un avant et un après », nous a confié un évêque français. Cette phrase résume à elle seule l’écho de la visite du pape. La marée du peuple de Dieu rassemblé à Paris, la jeunesse du Stade de France, la prière à Notre-Dame, puis l’extraordinaire ferveur mariale de Lourdes ont donné à voir une même réalité : la joie d’un peuple catholique réuni autour du successeur de Pierre.
Mais il serait réducteur de ne retenir de ce voyage que l’ampleur des rassemblements. Pendant trois jours, la foi catholique a retrouvé une visibilité publique et un esprit de communion exceptionnel, sans avoir besoin de se présenter comme une simple « manifestation culturelle » ou une célébration patrimoniale. La France catholique n’a pas seulement accueilli le pape. Elle a publiquement exprimé sa foi.

Une France chrétienne que l’on croyait disparue
Depuis des décennies, le catholicisme français est régulièrement présenté à travers le prisme de son déclin et de ses scandales : baisse de la pratique dominicale, diminution des vocations, vieillissement des communautés et rapport de la CIASE . Ces réalités existent, mais elles ne disent pas tout. À Paris, l’immense rassemblement autour de la messe célébrée place de la Concorde a offert l’image saisissante d’une marée du peuple de Dieu, venue prier au cœur de la capitale. Plus de 800 000 fidèles et une mobilisation exceptionnelle dans toute la France qui dépasse largement la seule assistance célébration de Paris.
Au Stade de France, 80 000 jeunes sont venus rencontrer le successeur de Pierre, prier, chanter et affirmer leur appartenance à l’Église. La procession des saints de France, la vénération de la Sainte Tunique et les chants de cette veillée ont révélé une jeunesse désireuse de renouer avec une histoire spirituelle trop souvent présentée comme appartenant au passé. De saint Denis à sainte Thérèse de Lisieux, de saint Martin à Jeanne d’Arc, ces figures ne constituent pas une galerie de personnages historiques destinés à orner les manuels scolaires. Elles témoignent d’une foi qui a façonné notre pays et dont l’Église continue de proposer l’exemple. Une nation qui ne transmet plus ses saints finit par ne plus comprendre ses propres cathédrales. Les jeunes ont exprimé cette soif de découvrir le Christ et l’histoire chrétienne de la France

Les catholiques ont toute leur place dans la cité
À l’Élysée, Léon XIV a prononcé une phrase qui restera dans les mémoires : « Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. » Ces mots touchent à une question essentielle pour le catholicisme français. La laïcité ne saurait exiger des croyants qu’ils abandonnent leurs convictions au seuil de la vie publique et le garde dans l’unique sphere privée. Un catholique doit pouvoir défendre le caractère sacré de la vie contre l’euthanasie ou l’avortement, la famille contre l’idéologie LGBT, la loi naturelle sur les hommes et les femmes contre la théorie du genre, la liberté d’enseignement contre l’idéologie wokiste de l’Éducation nationale, sans être systématiquement soupçonné de vouloir imposer sa foi.
La contribution chrétienne à la société française n’est pas une anomalie qu’il faudrait tolérer avec embarras. Elle appartient à l’histoire de notre pays et peut continuer de servir le bien commun. Et les voix qui confondent volontairement « identité » et « identitaires » (employé comme un gros mot) sont les tristes sires d’une idéologie qui passera, mais le message du Christ, lui, demeure.
Il ne s’agit pas de réclamer des privilèges, mais de refuser que les catholiques soient sommés de taire ce que l’Évangile inspire à leur conscience.
De l’Élysée à l’UNESCO, de Notre-Dame au Stade de France, Léon XIV a montré que la foi catholique ne saurait être réduite à quelques valeurs consensuelles. À l’UNESCO, il a développé une réflexion sur la dignité humaine et les limites d’une civilisation fascinée par la performance technologique. L’Église n’a pas à choisir entre l’intelligence et la dévotion, entre la beauté liturgique et la charité, entre l’adoration eucharistique et l’annonce de l’Évangile. Sa tradition embrasse toutes ces dimensions.
Encore faut-il accepter de la transmettre dans son intégralité. Le christianisme ne se résume pas à une invitation à la fraternité universelle. Il proclame que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour le salut du monde. Il appelle à la conversion, enseigne une vérité sur l’homme et propose un chemin de sainteté. C’est précisément cette fidélité qui permet à l’Église d’apporter au monde autre chose qu’un discours supplémentaire sur la solidarité.
À Lourdes, la réponse d’un peuple qui prie
Après les grandes rencontres parisiennes, Lourdes a offert une autre image de cette France catholique. Quelque 150 000 fidèles et pèlerins se sont rassemblés dimanche pour la messe présidée par Léon XIV. Au milieu des malades, des hospitaliers, des bénévoles et des familles, la foi s’est exprimée dans ce qu’elle possède de plus humble : la prière adressée à la Vierge Marie, la confiance dans le Christ et l’attention portée aux personnes souffrantes.
La procession aux flambeaux restera l’une des images les plus fortes de ce voyage. Cette foule immense avançant dans la nuit, les cierges allumés, les voix unies dans l’Ave Maria, a donné à voir une réalité qu’aucun discours ne saurait entièrement traduire. À Lourdes, les malades occupent une place privilégiée. Dans une société qui mesure si volontiers la valeur d’une existence à l’autonomie, à la productivité et à la performance, leur présence constitue en elle-même un témoignage. La défense de la vie humaine, de sa conception jusqu’à sa fin naturelle, prend tout son sens auprès de ceux qui souffrent et de ceux qui ont besoin d’être accompagnés.
« Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort »
Pape Léon XIV , Lourdes dimanche 27 septembre 2026
Après deux journées à Paris et une troisième à Lourdes, Léon XIV rejoint aujourd’hui Metz pour la dernière étape de son voyage. Dans cette ville marquée par l’histoire et les blessures de l’Europe, son appel à la paix devrait prendre une résonance particulière. L’« appel de Metz », déclaration commune préparée par les représentants des différents cultes et que le pape doit signer, entend rappeler la responsabilité des religions dans la recherche de la paix. Dans la ville de Robert Schuman, artisan de la réconciliation franco-allemande, Léon XIV doit également s’adresser aux dirigeants européens pour évoquer l’avenir d’un continent confronté à la guerre, aux divisions et à la question de ses racines chrétiennes.
Car la question n’est plus seulement de savoir combien de Français sont venus voir le pape. Elle est de savoir combien auront entendu son appel et décideront, à leur tour, de vivre et de transmettre leur foi en Jésus-Christ.


