« Ces quatre jours ont été littéralement riches en bénédictions. Presque des miracles, dirais-je. » C’est avec ces mots que Léon XIV a résumé son voyage en France, évoquant particulièrement Lourdes, où la rencontre avec les malades lui a permis de mesurer combien la grâce de Dieu peut transformer les vies et rendre leur dignité aux personnes les plus vulnérables. Il a également souligné la ferveur des 80 000 jeunes réunis au Stade de France, voyant dans leur quête spirituelle un véritable signe d’espérance.
🔴Décollage de l’avion du pape Léon XIV
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) September 28, 2026
➡️son voyage apostolique en France s’achève après quatre journées historiques
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Interrogé sur les abus sexuels dans l’Église, le pape a précisé préférer ne pas reprendre la qualification générale d’abus systémiques, tout en reconnaissant que certaines organisations ecclésiales avaient pu fonctionner de manière abusive. Il a insisté sur la souffrance des victimes, dont la vie de foi peut être profondément blessée, et sur la responsabilité de l’Église dans leur accompagnement. Concernant la fin de vie et la laïcité, Léon XIV a rappelé que défendre la vie ne relevait pas d’une ingérence politique, mais de la mission évangélique de l’Église. Il a également appelé à rechercher des solutions plus justes face à la crise du logement.
Sur le plan international, il a dénoncé les intérêts économiques qui alimentent les guerres, renouvelé son appel au dialogue entre la Russie et l’Ukraine et plaidé pour que davantage de ressources soient consacrées à la santé et à l’éducation. Interrogé sur l’intelligence artificielle, il a appelé à prendre au sérieux ses risques et à poursuivre le dialogue sur son encadrement.
Enfin, évoquant le déclin du catholicisme en Allemagne, le pape a rappelé l’exemple français : « On a dit la même chose de la France par le passé, et pourtant nous avons vu ce qui s’est passé ces quatre derniers jours. » Une conviction traverse ainsi l’ensemble de ses réponses : malgré les difficultés, le renouveau missionnaire de l’Église demeure possible. Retrouvez ci-dessous l’intégralité des échanges entre Léon XIV et les journalistes lors de cette conférence de presse.
Conférence de presse en vol : le compte rendu des échanges du Pape au retour de France
Au terme de son voyage apostolique en France, le Pape a accordé la traditionnelle conférence de presse aux journalistes à bord de l’avion papal. Retour en détail sur l’ensemble des questions abordées.
Introduction et bilan du voyage
« Ces quatre jours ont été littéralement riches en bénédictions. Presque des miracles, dirais-je, en particulier le temps passé à Lourdes, à marcher et à accompagner tant de personnes malades et souffrantes, et à voir comment la grâce de la présence de Dieu, qui s’est manifestée de tant de façons différentes, touche le cœur des gens, transforme leur vie et redonne leur dignité aux malades, aux personnes âgées et à ceux qui, dans certaines franges de la société, sont marginalisés. »
« Encore une fois, merci à vous pour le travail accompli. Je pense que vous êtes assez fatigués après ces quatre derniers jours. D’une manière ou d’une autre, le programme a été très intense… »
« Personnellement, je me suis senti très béni d’avoir eu le privilège de visiter la France pour encourager surtout les jeunes qui, de toute évidence, sont en quête de quelque chose. Cela était tellement évident au stade [de France], ce soir-là où se sont rassemblés 80 000 jeunes venus de toute la France, avec leur enthousiasme, leur joie et ce sentiment d’espérance qu’ils ont transmis, mais surtout, je crois, qu’ils ont reçu et qu’ils seront capables de partager avec les autres. »
Question d’un journaliste : Saint-Père, lors de votre voyage, vous avez rencontré des victimes d’abus. Certains ont parlé d’un problème systémique au sein de l’Église. Comment avez-vous abordé cela avec eux, et quelle est votre vision de la responsabilité de l’Église face à ces drames ?
Le Pape :
Je dirais, sans vouloir contredire qui que ce soit, car je pense que c’est très important, que je tiens tout d’abord à préciser que, lors de ma rencontre avec ces sept victimes, je leur ai demandé de m’aider également à exprimer aux autres victimes la volonté — la mienne et celle de l’Église — de les écouter et de les accompagner dans leur cheminement vers la guérison, en reconnaissant la souffrance qui a été causée dans leur vie à cause de situations d’abus.
Plusieurs d’entre eux ont évoqué des abus systémiques. Personnellement, je préfère l’exprimer autrement, même si j’ai bien parlé de certaines organisations au sein de l’Église qui se sont parfois, si l’on peut dire, comportées en tant que système de manière abusive. Mais je pense qu’il est important de faire la distinction. Les abus sexuels sont avant tout un problème humain. Lorsqu’ils se produisent au sein de l’Église, ils revêtent en réalité une toute autre dimension, car la vie de foi des personnes est profondément blessée, voire parfois détruite.
L’Église a la responsabilité particulière de les accompagner et de les aider à trouver la guérison. C’est dans ce sens que je leur ai expliqué comment l’Église, d’une certaine manière, a été considérée comme responsable, mais aussi comment, à mon sens, elle joue un rôle essentiel pour les aider à trouver la guérison.
Question d’un journaliste : Pendant votre séjour en France, vous avez abordé des sujets comme la fin de vie. Certains critiques estiment que l’Église s’immisce ainsi dans le débat politique français et contrevient au principe de laïcité. Que répondez-vous à cela ?
Le Pape :
Merci pour votre question. Je dirais que, selon la conception qu’a l’Église de la séparation entre l’Église et la politique, ou entre l’Église et l’État, je n’ai pas franchi cette ligne. Et je vous invite à lire ou à relire Magnifica Humanitas, où j’aborde la doctrine sociale de l’Église dans la première partie, au cours des deux premiers chapitres, et où j’explique que lorsque l’Église parle de défendre la vie, lorsqu’elle aborde des questions de doctrine sociale, nous n’entrons pas dans le domaine politique, nous appliquons l’Évangile à la vie des gens.
Et il peut s’agir de politiciens, de gauche ou de droite, qui affirment que « la religion ne devrait exister que dans la sphère privée ». Que chacun fasse ce qu’il veut dans sa vie privée, mais qu’en tant qu’État, nous restions séparés. Je me suis rendu en France avant tout pour prêcher l’Évangile, pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ lui-même dit lorsqu’il déclare : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », c’est-à-dire pour proclamer la vérité que Jésus nous offre. La défense de la vie est un enseignement auquel, comme vous le savez tous, l’Église adhère profondément. Ainsi, d’une part, sachant évidemment qu’en France une loi a récemment été adoptée, ainsi que dans d’autres pays d’Europe et dans d’autres régions du monde, les questions relatives à la fin de vie font aujourd’hui l’objet de nombreux débats.
Mais se trouver dans un lieu comme Lourdes, où les gens sont en quête de quelque chose de bien plus profond, et comprendre que leur vie, même au milieu de la maladie, du handicap ou de souffrances de toutes sortes, a un sens. L’Église, grâce à Jésus lui-même, souhaite être proche de ces personnes et affirmer les valeurs dont la vie elle-même recèle, je pense, pour chacun d’entre nous. Je dirais donc que, si c’est cela la politique, je l’ai fait, mais ce n’était pas pour m’impliquer dans la politique française. C’était pour enseigner ce que l’Église croit réellement.
Question d’un journaliste : Saint-Père, vous avez évoqué la précarité. En France, la crise du logement touche de plus en plus de personnes, y compris des personnes âgées ou vulnérables parfois expulsées. Quel est le rôle de la communauté chrétienne face à ce défi ?
Le Pape :
Je pense que c’est un bon exemple qui montre que l’Église, en tant que communauté, ou nous, en tant qu’êtres humains, en tant que communauté, même pour les personnes qui n’ont pas la foi, nous devons rechercher des solutions plus justes afin d’éviter que de tels cas ne se produisent. Je n’ai pas connaissance du cas précis auquel vous faites référence, mais il me semble que ce serait un cas où les voisins, la communauté, la paroisse, le diocèse ou l’État devraient se mobiliser pour se demander : comment un tel cas a-t-il pu se produire ? Quel est le problème dans le système qui permet qu’une personne âgée, qui plus est en situation de handicap ou en difficulté, soit pour ainsi dire chassée de chez elle ?
L’Église parle beaucoup de l’exclusion et parle aussi de justice. Elle invite, encourage, cherche, disons, à éveiller en chacun la capacité de réagir avec davantage d’humanité, d’être véritablement sensible à la douleur et à la souffrance d’autrui. Le problème du logement qui existe aujourd’hui dans de nombreux pays est un problème qu’une paroisse seule, un diocèse seul ou l’Église elle-même ne pourront pas résoudre. Mais je pense qu’il s’agit là d’un défi majeur pour lequel nous devons peut-être aussi exiger des dirigeants politiques et des autorités qu’ils cherchent une solution. Car ce phénomène s’amplifie manifestement, et bien souvent, nous ne réagissons qu’au moment de l’urgence, mais nous devons vraiment identifier la cause systémique de ce problème et déterminer comment y remédier.
Question d’un journaliste : Dans un contexte géopolitique très tendu, avec la guerre en Ukraine et l’augmentation constante des budgets militaires mondiaux, quelle est la voix de l’Église face à cette course aux armements ?
Le Pape :
Merci. La première chose serait de souligner les principes de la doctrine sociale de l’Église, selon lesquels nous cherchons à ne pas encourager la violence, la haine, l’armement, ni les dangers qui existent dans le monde d’aujourd’hui, y compris de la part de certains dirigeants de pays qui recommencent à parler d’armes nucléaires, de guerres de plus en plus destructrices, surtout en ce qui concerne la question de la vie humaine. On continue à s’armer, à dépenser dans cette gigantesque industrie militaire qui, depuis plusieurs décennies déjà – depuis l’année dernière, depuis cinq ans –, ne cesse d’encourager les dépenses militaires.
Une poignée de personnes s’enrichissent considérablement grâce à une industrie qui encourage la guerre. Alors qu’avec ces milliards et milliards d’euros ou de dollars, on pourrait résoudre des problèmes tels que la faim dans le monde, la chasse, le chômage, etc. Tout le monde cherche une voix capable de proposer une autre voie, qui ne consiste pas à dépenser davantage en armes, ce qui ne fait qu’attiser toujours plus les tensions pouvant déboucher sur le déclenchement d’une nouvelle guerre, d’un nouveau conflit. Et nous constatons que la violence, que ces puissances qui cherchent toujours à s’imposer par la force plutôt que de dialoguer et de favoriser les négociations face aux divergences qui peuvent naturellement exister, nous rapproche de plus en plus d’une guerre ou de plusieurs guerres, de conflits tels que ceux que nous observons dans le monde d’aujourd’hui.
Je ne sais pas ce qu’en pensent les autres, et ce n’est pas une question d’appartenance politique ou non, mais une voix qui s’efforce de promouvoir les valeurs de la dignité humaine, de l’importance de la vie, de la possibilité de dépenser peut-être davantage pour la santé et l’éducation et moins pour les armes, je crois que l’Église a la responsabilité de promouvoir ces valeurs, en invitant sans cesse les dirigeants, qu’ils viennent de Russie, d’Ukraine ou d’autres pays, à venir, à s’asseoir, à dialoguer, à chercher comment résoudre les problèmes sans poursuivre ces guerres qui n’ont plus de sens. Ainsi, en ce sens, l’Église continue de faire entendre sa voix. Nous ne pouvons contraindre personne, cela peut parfois sembler vain, mais nous continuerons à parler, nous continuerons à inviter, nous continuerons à annoncer l’Évangile.
Question d’un journaliste : Saint-Père, l’intelligence artificielle progresse à pas de géant et suscite de grandes inquiétudes dans le monde. Êtes-vous inquiet, et quel rôle le Vatican entend-il jouer à ce sujet ?
Le Pape :
Merci. Si on me demandait si je panique, je répondrais non. Je dors bien la nuit. Je pense toutefois que les préoccupations soulevées par de nombreux experts, spécialistes de l’IA, doivent être prises au sérieux. Je ne pense pas qu’il s’agisse de « fake news », comme certains l’ont affirmé, visant à générer un profit financier ou tout autre type d’avantage. Il est intéressant de noter que, justement aujourd’hui, j’ai lu que le directeur de NVIDIA affirme avoir trouvé un moyen d’intégrer à l’IA certaines « barrières de sécurité », si l’on peut dire, ou des limites, afin qu’elle ne sorte pas du cadre de ses unités spécifiques et ne cause pas les dégâts dont tout le monde parle.
C’est pourtant ce même homme qui affirme qu’il ne devrait y avoir aucune limite ni aucune réglementation gouvernementale, etc. C’est un problème dont nous devons, selon moi, discuter ensemble. Nous devons continuer à inviter les dirigeants politiques, les responsables du secteur de l’IA, les organisations sociales et les associations à se réunir pour examiner ce qui se passe déjà et ce qui pourrait se produire à l’avenir.
Se contenter de dire « Oh, ça n’arrivera pas » et fermer les yeux sur la question n’est probablement pas, à mon sens, la manière la plus responsable de procéder. Le Vatican a mis en place sa propre commission sur l’intelligence artificielle qui, d’une part, si l’on peut dire, a été créée pour coordonner ce que nous faisons nous-mêmes au sein du Saint-Siège, la manière dont nous utilisons l’IA, ainsi que ses risques et ses avantages.
Mais, depuis la publication de Magnifica Humanitas, nous avons reçu de nombreuses sollicitations de la part de personnes issues de domaines et de secteurs très variés. Nous nous efforçons donc de continuer à promouvoir le dialogue, l’étude et la recherche, afin de trouver les moyens de garantir que l’IA n’atteigne pas un stade où elle pourrait détruire l’humanité ou la mettre hors jeu.
Je suis relativement optimiste quant à la possibilité que cela se produise. Je pense qu’il y a suffisamment de personnes qui s’y intéressent sérieusement et qui sont prêtes à aller au-delà des questions – encore une fois – de pouvoir, de savoir qui sera le premier à y parvenir, de ce qui se passera lorsque l’IA deviendra ce qu’on appelle « General Artificial Intelligence », etc. Mais nous devons continuer à travailler, nous ne pouvons pas rester les bras croisés et faire comme si rien n’allait se passer.
Question d’un journaliste : Saint-Père, après la France, prévoyez-vous de vous rendre en Allemagne, où l’Église traverse une crise profonde de sécularisation, marquée également par la montée de mouvements d’extrême droite qui instrumentalisent parfois les symboles chrétiens ?
Le Pape :
Merci pour cette question. En toute humilité, je dirai que cela ne fait qu’une quinzaine de mois que je suis Pape. Il y a de nombreux endroits que je n’ai pas encore visités. J’ai bien reçu une invitation. J’espère vraiment y retourner; je m’y suis déjà rendu, mais pas en tant que Pape. J’espère donc me rendre en Allemagne, tout comme j’espère visiter de nombreux autres endroits. Mais je n’ai pas encore de calendrier. Je suis encore en train de préparer le programme de l’année prochaine, et le seul voyage définitivement prévu est celui pour les Journées mondiales de la jeunesse en Corée du Sud. Nous y travaillons donc. Mais merci pour votre patience et pour votre question.
Vous avez évoqué le fait que l’Église serait en train de mourir en Allemagne, ou du moins que ses effectifs diminuent. On a dit la même chose de la France par le passé, et pourtant nous avons vu ce qui s’est passé ces quatre derniers jours. Je crois que si nous retrouvons le véritable esprit missionnaire et la bonne manière de nous y prendre, il y a encore beaucoup, beaucoup de personnes en Allemagne qui souhaitent vivre et célébrer leur foi chrétienne et catholique. Je suis donc optimiste à cet égard, même si je reconnais les problèmes, je reconnais les différentes causes qui ont durement frappé l’Église, mais qui ont également frappé de plein fouet – si l’on peut dire – l’Église évangélique ou protestante, et qui ont touché la société de la même manière.
Mais j’espère vraiment aller à leur rencontre. J’espère sincèrement continuer à travailler avec les responsables de l’Église en Allemagne et trouver des moyens d’y répondre. Il serait intéressant d’étudier et d’analyser s’il existe par exemple un lien, et si oui, lequel, entre la montée en puissance de ces groupes d’extrême droite – même si l’extrême droite est en train de se fragmenter, comme on le constate avec un groupe particulier qui devient encore plus extrême par rapport à d’autres groupes « dits » d’extrême droite. Parallèlement, on observe une certaine tendance à associer ces points de vue d’extrême droite à une forme particulière de religion, ce qui, non seulement selon moi mais aussi selon les dirigeants de l’Église catholique et de l’Église protestante en Allemagne – qui se sont exprimés à ce sujet –, ne constitue pas une expression authentique du christianisme.
Et là encore, nous revenons aux valeurs de l’Évangile, qui ne prônent ni la haine ni la division, mais la compréhension, la compassion et l’accompagnement. J’espère sincèrement – et j’espère que l’Église pourra également y contribuer – que nous trouverons les moyens de toucher la majorité des personnes de bonne volonté, qui comprendront à quel point leur engagement, y compris en participant aux processus politiques, leur permettra de faire des choix clairs en faveur du bien commun, et non en faveur d’idées extrémistes qui pourraient causer bien plus de dégâts que nous ne le réalisons actuellement.
Je pense donc que nous serons, en ce sens, tous source d’encouragement. Encore une fois, il nous appartient, en tant qu’Église et au nom de la doctrine sociale de l’Église, de parler, d’enseigner et de prêcher ce que nous considérons comme des valeurs vivifiantes, et non la destruction, la division et la haine.
Et je tiens à profiter de cette occasion pour remercier toutes ces personnes qui œuvrent dans l’ombre, qui ne reçoivent pas les applaudissements que le Pape reçoit lorsqu’il passe, mais qui ont largement contribué à la mise en place de ce voyage: tant au sein du Saint-Siège qu’en France, les évêques français, ainsi que les très nombreux laïcs qui ont travaillé à l’organisation des différentes activités. Je tiens donc à leur adresser, ainsi qu’à vous, un mot de gratitude tout particulier. Merci beaucoup. »


