Joint par Tribune Chrétienne, l’abbé Laurent, de Saint-Roch, nous confirme par messagerie qu’Arnaud Denis était « baptisé catholique » et que cette célébration répond à « sa volonté et à la demande de sa famille ». Une situation qui pose néanmoins directement la question de l’application du canon 1184 et du risque de scandale public des fidèles, alors que l’Église condamne sans ambiguïté l’euthanasie.
Arnaud Denis est mort à l’âge de 43 ans après avoir eu recours à l’euthanasie en Belgique. Ce jeudi 1er octobre, une cérémonie religieuse est prévue de 10 h 30 à 11 h 30 en l’église Saint-Roch, à Paris, paroisse historiquement liée au monde des artistes. Son baptême catholique et sa volonté de recevoir une cérémonie religieuse sont des éléments importants pour comprendre la demande adressée à Saint-Roch. Ils ne suffisent cependant pas à résoudre la question canonique posée par une euthanasie publiquement assumée. Arnaud Denis avait en effet fait connaître son intention de recourir à l’euthanasie et les circonstances de sa mort ont été largement médiatisées.
Rappelons que le Code de droit canonique ne mentionne pas explicitement l’euthanasie parmi les situations entraînant automatiquement la privation des funérailles ecclésiastiques. Mais le canon 1184 prévoit que doivent être privés de funérailles ecclésiastiques, « à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort », notamment « les autres pécheurs manifestes, auxquels les funérailles ecclésiastiques ne peuvent être accordées sans scandale public des fidèles ». Dès lors, la célébration d’obsèques religieuses quelques jours après une mort volontairement provoquée pose nécessairement la question du signe donné aux fidèles.
Le droit canonique prévoit d’ailleurs que lorsqu’un doute apparaît, « l’Ordinaire du lieu, au jugement duquel il faudra s’en tenir, sera consulté ». Une question demeure donc : cette consultation a-t-elle eu lieu avant que Saint-Roch accepte la demande du défunt et de sa famille ?
Sur le fond doctrinal, aucune ambiguïté n’est possible. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme que « l’euthanasie directe […] est moralement irrecevable ». Provoquer intentionnellement la mort d’une personne afin de mettre fin à ses souffrances ne constitue jamais, pour l’Église, un soin ou l’exercice moralement neutre d’une liberté individuelle.
La lettre Samaritanus bonus de la Congrégation pour la doctrine de la foi rappelle également que l’euthanasie constitue « un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient l’occasion ou les circonstances ». Cette fermeté doctrinale ne signifie ni l’abandon de celui qui souffre ni le refus de toute compassion. L’Église appelle au contraire à accompagner le malade jusqu’à sa mort naturelle, par la présence humaine, les soins palliatifs, la prière et les sacrements lorsque ceux-ci peuvent être reçus. Le droit de l’Église prévoit en principe que les fidèles défunts bénéficient de funérailles ecclésiastiques. Mais ce principe connaît précisément les exceptions prévues par le canon 1184. Le baptême d’Arnaud Denis, sa volonté et celle de sa famille doivent donc être pris en considération, sans pour autant déterminer à eux seuls la discipline liturgique et canonique de l’Église.
Les funérailles catholiques ne sont pas une simple prestation funéraire. Elles constituent un acte public de l’Église, célébré selon sa foi et son droit.
Il ne s’agit pas pour autant de porter un jugement sur le salut d’Arnaud Denis. Dieu seul connaît sa conscience, ses derniers instants et ce qui a pu se passer dans son cœur avant sa mort. Le canon 1184 lui-même réserve explicitement l’hypothèse d’un « signe de pénitence ». Mais cette prudence envers la personne ne saurait conduire à l’ambiguïté sur l’acte.
La question essentielle demeure donc : le canon 1184 a-t-il été examiné ? L’Ordinaire du lieu a-t-il été consulté ? Des circonstances particulières, notamment spirituelles, ont-elles été prises en compte pour autoriser cette cérémonie ?
L’Église doit entourer les familles éprouvées et prier pour les défunts. Mais la miséricorde chrétienne ne peut jamais être séparée de la vérité qu’elle proclame sur la dignité inviolable de la vie humaine. Prier pour Arnaud Denis relève de la charité chrétienne. Maintenir clairement que l’euthanasie demeure incompatible avec l’enseignement de l’Église en relève tout autant.


