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États-Unis : Face à Donald Trump, les démocrates veulent reconquérir le terrain religieux

James Talarico ( wiki)
James Talarico ( wiki)
À moins d’un mois des élections de mi-mandat du 3 novembre, plusieurs candidats démocrates placent ouvertement leur foi chrétienne au cœur de leur campagne. Une stratégie destinée à reconquérir une partie d’un électorat religieux largement dominé par Donald Trump et les républicains

Aux États-Unis, parler de Dieu en campagne électorale n’a rien de nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est d’entendre une nouvelle génération de candidats démocrates citer la Bible, parler publiquement de leur foi ou monter en chaire pour expliquer comment l’Évangile éclaire leur engagement politique. À quelques semaines des élections de mi-mandat, le phénomène est devenu suffisamment visible pour retenir l’attention de plusieurs grands médias américains. Reuters l’avait identifié dès février. Fin septembre, NPR constatait à son tour que plusieurs démocrates avaient fait du christianisme un élément central de leur campagne. Dimanche 5 octobre, The Week s’intéressait encore à cette « gauche chrétienne » qui cherche à retrouver une place dans le débat politique américain.

James Talarico, figure de proue

Le visage le plus emblématique de cette offensive est sans doute James Talarico. À 37 ans, cet élu démocrate du Texas, ancien professeur et étudiant en théologie presbytérienne, est candidat au Sénat. Dans un État profondément marqué par le protestantisme évangélique, il ne dissimule pas sa foi : il en fait l’un des éléments de son identité politique. Invité à prêcher dans une église baptiste de Houston, il s’est ainsi présenté devant les fidèles comme un « fellow Christian », un « frère chrétien ». Petit-fils d’un pasteur baptiste, il poursuit lui-même une formation théologique.

Sa démarche est également politique. Talarico estime que son camp a trop longtemps « abandonné le langage de la foi au Parti républicain ». Il entend donc contester aux conservateurs le monopole du vocabulaire chrétien, tout en combattant ce qu’il qualifie de « nationalisme chrétien ».

Il n’est plus seul. Dans l’Iowa, Sarah Trone Garriott, pasteure luthérienne, et Lindsay James, ministre presbytérienne, sont candidates démocrates à la Chambre des représentants. Dans le Kansas, le pasteur méthodiste Adam Hamilton brigue un siège au Sénat sous l’étiquette démocrate. En Arkansas, le pasteur Robb Ryerse est également candidat au Congrès.

Cette réappropriation du langage chrétien ne signifie pourtant nullement un rapprochement du Parti démocrate avec les positions morales traditionnellement défendues par les chrétiens conservateurs.

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C’est toute l’ambiguïté du phénomène. Ces candidats invoquent volontiers le Bon Samaritain, l’accueil de l’étranger, la défense des pauvres ou la dignité des plus vulnérables pour justifier leurs positions sur l’immigration, la protection sociale ou l’accès aux soins. Lindsay James reprend ainsi la parabole du Bon Samaritain pour expliquer que l’action politique ne doit pas seulement secourir celui qui est blessé sur la route, mais également s’interroger sur les causes qui l’ont conduit à s’y trouver. Sur l’avortement, la famille ou les questions LGBT, plusieurs restent en revanche très éloignés des positions des évangéliques conservateurs et, sur la défense de la vie, de l’enseignement de l’Église catholique. Certains revendiquent même explicitement la compatibilité entre leur foi chrétienne et leur soutien au droit à l’avortement.

Un électorat religieux largement acquis à Donald Trump

Les chiffres permettent de mesurer le défi. Lors de l’élection présidentielle de 2024, selon l’analyse postélectorale du Pew Research Center, 81 % des évangéliques protestants blancs ont voté pour Donald Trump. Le président américain a également remporté 55 % du vote catholique, contre 43 % pour Kamala Harris. La fracture ne recouvre toutefois pas simplement une opposition entre chrétiens et non-chrétiens. Les Églises afro-américaines constituent depuis longtemps un puissant foyer religieux du vote démocrate. En 2024, les électeurs noirs ont voté à 83 % pour Kamala Harris et les protestants noirs demeurent fortement ancrés dans le camp démocrate. Surtout, la proximité des évangéliques blancs avec Donald Trump demeure considérable. En janvier 2026, 69 % approuvaient encore son action à la Maison-Blanche, contre 52 % des catholiques blancs. Les évangéliques blancs étaient alors le seul grand groupe religieux dans lequel une nette majorité approuvait l’action présidentielle.

C’est précisément ce verrou que les nouveaux candidats chrétiens démocrates espèrent desserrer. Des organisations progressistes les accompagnent désormais pour les aider à parler de leur foi sans abandonner les positions politiques de leur parti.

La bataille des élections de novembre ne se jouera donc pas seulement sur l’économie, l’immigration ou les questions de société. Elle se joue aussi sur un terrain profondément américain : celui de la Bible, de la foi et de la place du christianisme dans la vie publique. Avec une difficulté majeure pour les démocrates : convaincre des électeurs chrétiens qu’ils peuvent parler leur langage sans pour autant avoir changé de doctrine sur les sujets qui les divisent le plus.

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