Mercredi 7 octobre, des individus cagoulés s’en prenaient à l’entrée d’un établissement catholique marseillais. Jeudi 8 octobre, plusieurs dizaines d’étudiants bloquaient l’Institut catholique de Paris. À Lyon, Nantes et Bordeaux, des établissements privés ont également dû fermer leurs portes. Pourtant, Le Monde titrait jeudi : « Mobilisation lycéenne : les établissements de l’enseignement privé catholique rejoignent le mouvement ». Une présentation qui mérite d’être confrontée aux faits, tant elle confond l’engagement volontaire de certains élèves avec les fermetures imposées par les circonstances.
🔴Comment l’enseignement catholique se retrouve visé et pris en otage par les blocages du mouvement lycéen
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) October 9, 2026
➡️ Menaces d’incendie contre une école catholique à Marseille, blocage de l’Institut catholique de Paris, fermetures préventives à Lyon et Nantes :
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Mercredi 7 octobre, vers 16 heures, cinq individus cagoulés et vêtus de noir se sont présentés devant l’institution Sévigné, dans le 13e arrondissement de Marseille. Ils auraient répandu un liquide présenté comme inflammable devant le portail, avant de lancer des pétards alors que des élèves se trouvaient encore dans l’établissement. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux était accompagnée d’un message menaçant : « Demain matin c’est le feu, préparez-vous ».
Aucun incendie ne s’est déclaré, mais une enquête a été ouverte. Jeudi 8 octobre, les cours ont été annulés par précaution. Placée sous la tutelle des sœurs salésiennes de Don Bosco, l’institution Sévigné accueille environ 1 630 élèves, de la maternelle à la terminale. Les motivations des auteurs restent inconnues et aucun lien avec les organisateurs du mouvement lycéen n’est établi. Il n’en demeure pas moins qu’une communauté éducative entière a dû interrompre ses activités après des actes d’intimidation particulièrement graves.
Jeudi 8 octobre, dès 7 heures du matin, plusieurs dizaines d’étudiants ont installé barrières et poubelles devant les accès de l’Institut catholique de Paris, rue d’Assas, empêchant l’entrée dans l’établissement. Un blocage inédit pour cette institution fondée en 1875, qui venait d’accueillir le pape Léon XIV quelques jours auparavant.
Après l’harmonie et la communion spirituelle qui avaient accompagné la visite du Saint-Père, le contraste avec ces scènes de désordre est saisissant. Cette volonté affichée de perturber la vie d’une institution catholique ne paraît rien devoir au hasard : le choix du lieu, le moment et les méthodes employées donnent à cette mobilisation une portée qui dépasse la simple contestation étudiante.
Selon un reportage de Holybuzz, deux étudiantes mobilisées ont expliqué avoir rejoint une conversation WhatsApp destinée à organiser l’action. Aucun vote préalable ni assemblée générale n’aurait été organisé dans ce cadre. Des slogans politiques, notamment « ACAB », hostiles à la police, ont également été relevés. ( ACAB est l’acronyme anglais de « All Cops Are Bastards », qui signifie littéralement « Tous les flics sont des salauds)
L’établissement a finalement suspendu ses activités sur place jusqu’au samedi 10 octobre inclus, avec la possibilité de maintenir certains enseignements à distance.
Cette situation pose une question essentielle : quelques dizaines d’étudiants peuvent-ils empêcher le fonctionnement d’une institution entière sans consultation générale connue ? Très peu d’ étudiants de l’ICP partagent les revendications des manifestants. Ceux qui souhaitent poursuivre normalement leurs études disposent eux aussi d’une liberté qui doit être respectée.
Précisons que Les chiffres communiqués par le Secrétariat général de l’enseignement catholique éclairent une réalité bien différente de celle d’un ralliement général à la contestation :
Le 2 octobre, 61 % des lycées catholiques du diocèse de Lyon étaient fermés. À Nantes, les lycées catholiques avaient suspendu leurs activités pendant trois jours. Le Secrétariat général de l’enseignement catholique expliquait à AEF que ces décisions étaient notamment prises en raison d’une forte proximité avec des lycées publics ou des tensions possibles aux alentours. Valérie Ginet, représentante de la Fep-CFDT, confirmait de son côté que « peu de lycées privés se sont engagés dans la mobilisation lycéenne », même si certains élèves ont manifesté leur solidarité avec ceux du public. À Bordeaux, les autorités académiques et diocésaines ont également décidé, en concertation avec les chefs d’établissement, de fermer quinze établissements en Gironde. Les autorités faisaient état de graves incidents dans le département, notamment des jets de projectiles et des feux de poubelles.
À Paris, la direction diocésaine de l’enseignement catholique a diffusé des recommandations aux chefs d’établissement : prévenir la police en cas de tentative de blocage, sécuriser les abords et éviter toute confrontation. Une réunion de coordination était prévue vendredi 9 octobre.
Toutes ces dispositions relèvent de la protection des communautés scolaires, non d’une adhésion institutionnelle au mouvement.
Lundi 5 octobre, Virginie Durin, présidente nationale de l’Apel, et Séverine Bonneville, vice-présidente, rappelaient dans un communiqué : « Écouter n’est pas tout accepter ; condamner la violence n’est pas refuser d’entendre. » Les responsables de l’association soulignaient également qu’aucune revendication ne pouvait justifier les violences, les agressions ou les dégradations. Cette position rejoint un principe fondamental de l’éducation catholique : la liberté implique la responsabilité et le respect de celle d’autrui. Les élèves peuvent légitimement exprimer leurs convictions, mais aucun engagement militant ne devrait être imposé à ceux qui ne le partagent pas. Présenter indistinctement l’enseignement catholique comme ayant « rejoint le mouvement » revient donc à effacer une distinction fondamentale entre manifester librement et subir un blocage.
La liberté de contester ne saurait faire disparaître celle d’étudier. Et l’enseignement catholique doit pouvoir demeurer fidèle à sa mission première, sans être pris pour cible par des bandes de jeunes idéologisés, pour la plupart sans repères, dont la volonté semble moins être de défendre des convictions que de semer le désordre, de casser pour casser, voire, pour certains, de « casser du catho ».


