Ce Lundi 12 octobre, le Vatican a rendu publique une lettre de Léon XIV adressée au cardinal Giovanni Battista Re, datée de la veille, quelques jours après son départ de la charge de doyen du Collège cardinalice. À 92 ans, le prélat italien cède sa place au cardinal philippin Luis Antonio Tagle, 69 ans, proche du pape François et pro-préfet du Dicastère pour l’évangélisation, dont l’élection a été approuvée le 8 octobre par Léon XIV. Premier Asiatique à accéder à cette responsabilité, le cardinal Tagle succède à une figure majeure de la Curie romaine, étroitement associée au pontificat de saint Jean-Paul II.
Dès les premières lignes, Léon XIV exprime sa reconnaissance pour un service qui fut, écrit-il, « un témoignage édifiant d’amour envers l’Église et le Pape ». Le texte pontifical retient surtout l’attention par les qualités que le Saint-Père choisit de souligner : la fidélité aux enseignements de l’Église, la sagesse dans le gouvernement et l’attachement au successeur de Pierre.
Un collaborateur de confiance de saint Jean-Paul II
Né le 30 janvier 1934 à Borno, en Lombardie, Giovanni Battista Re appartient à cette génération de prélats italiens qui ont profondément marqué la Curie romaine. Appelé très jeune au service du Saint-Siège, il a exercé plusieurs des fonctions les plus importantes de l’administration pontificale. Léon XIV rappelle qu’il fut un « collaborateur de confiance des Souverains Pontifes, en particulier de saint Jean-Paul II », qui lui confia successivement les charges d’assesseur de la Secrétairerie d’État, de secrétaire de la Congrégation pour les évêques, puis de substitut pour les affaires générales de la Secrétairerie d’État.
Cette dernière responsabilité, exercée de 1989 à 2000, le plaça au centre du gouvernement quotidien de l’Église, dans une période marquée par la chute du communisme et l’intense activité apostolique du pape polonais. Léon XIV souligne que le cardinal Re coordonna efficacement les services accompagnant le magistère et la mission pastorale de Jean-Paul II, participant également à ses nombreux voyages apostoliques. En 2000, Jean-Paul II le nomma préfet de la Congrégation pour les évêques, avant de le créer cardinal en 2001. Pendant dix ans, Giovanni Battista Re occupa ainsi une position déterminante dans le processus de nomination des évêques de l’Église latine.
« Toujours fidèle aux enseignements de l’Église »
C’est l’un des passages les plus significatifs de cette lettre. Léon XIV décrit le cardinal Re comme un homme au caractère « ouvert, cordial, franc », capable d’affronter les difficultés « avec sagesse et sens du concret », tout en demeurant « toujours fidèle aux enseignements de l’Église et avec un grand amour pour le successeur de Pierre ». Cette appréciation dépasse l’éloge des qualités administratives d’un haut responsable de la Curie. Elle associe explicitement l’exercice du gouvernement ecclésiastique à la fidélité doctrinale, rappelant qu’au service du Saint-Siège, les compétences humaines et institutionnelles ne sauraient être dissociées de l’attachement au magistère. Dans une Église traversée depuis plusieurs années par des débats sur la doctrine, la discipline et l’exercice de l’autorité, le choix de ces termes mérite d’être relevé. Sans constituer une prise de position contre le pontificat précédent, cette insistance souligne une conception exigeante du service ecclésial, fondée sur la continuité et la responsabilité.
Le souverain pontife ajoute : « Je pense ne pas me tromper en disant que vous avez été et êtes l’un des serviteurs du Saint-Siège les plus connus et les plus estimés. »
Élu doyen du Collège cardinalice en janvier 2020, Giovanni Battista Re a occupé une place particulièrement visible dans les dernières années du pontificat de François. Reconduit en janvier 2025, il exerçait une fonction dont le mandat avait été limité à cinq ans, renouvelable une fois, par une réforme de 2019. Le 26 avril 2025, il présida les funérailles du pape François sur la place Saint-Pierre. Quelques jours plus tard, il célébra également la messe pro eligendo Pontifice, avant le conclave qui conduisit à l’élection de Léon XIV. Âgé de plus de 80 ans, il ne pouvait toutefois participer au vote.
Dans sa lettre, Léon XIV rappelle précisément les funérailles de François, saluant le témoignage sacerdotal donné par le cardinal lors des grandes célébrations liturgiques qu’il a présidées. Cette référence rappelle que Giovanni Battista Re, souvent considéré comme un homme de gouvernement, fut également un prêtre associé à plusieurs moments décisifs de l’histoire récente de l’Église.
Léon XIV achève son hommage en évoquant les origines familiales du cardinal, profondément attaché à sa vallée natale de Camonica, ainsi que sa devise épiscopale, Virtus ex alto, « La force vient d’en haut ». Le pape y voit le témoignage d’un homme qui a toujours su puiser sa force dans le Seigneur et dans sa grâce, associant ainsi l’activité du serviteur de l’Église à une vie spirituelle nourrie par la prière. Avec le départ de Giovanni Battista Re, une figure historique de la Curie romaine quitte l’une de ses plus hautes responsabilités. L’hommage de Léon XIV retient avant tout ce qui aura marqué son long ministère : la fidélité aux enseignements de l’Église, la loyauté envers le successeur de Pierre et le sens du service du Saint-Siège.
Lettre du pape Léon XIV au cardinal Giovanni Battista Re, doyen émérite du Collège cardinalice
Traduction française intégrale du texte original italien, publié par le Bureau de presse du Saint-Siège le 12 octobre 2026. ( TC)
« À Son Éminence le cardinal
GIOVANNI BATTISTA RE
Doyen émérite du Collège cardinalice
Vénéré et cher Frère,
Après avoir accepté votre renonciation à la charge de doyen du Collège cardinalice, que vous avez exercée de manière remarquable pendant plus de six années, je désire vous exprimer ma gratitude pour le service rendu par Votre Éminence, qui a été pour moi et pour tous un témoignage édifiant d’amour envers l’Église et le Pape.
Appelé dès votre jeunesse sacerdotale au service du Saint-Siège, vous êtes devenu, à travers les nombreuses et délicates responsabilités exercées au sein de la Curie romaine, un collaborateur de confiance des Souverains Pontifes, en particulier de saint Jean-Paul II, qui vous voulut d’abord assesseur de la Secrétairerie d’État, puis secrétaire de la Congrégation pour les évêques et enfin substitut de la Secrétairerie d’État.
Aux côtés du Pape du Grand Jubilé de l’an 2000, vous avez dirigé et coordonné avec efficacité les nombreux services mis à la disposition de son magistère et de sa mission pastorale, l’accompagnant dans une série mémorable de voyages apostoliques en Italie et dans le monde entier. Au début du nouveau millénaire, le saint Pontife vous plaça à la tête de la Congrégation pour les évêques et vous créa cardinal.
Ce long parcours vous a permis d’acquérir une connaissance extraordinaire de l’Église universelle, enrichie par de très nombreuses relations personnelles. Je pense ne pas me tromper en affirmant que vous avez été et demeurez, Éminence, l’un des serviteurs du Saint-Siège les plus connus et les plus estimés. Votre manière d’être, ouverte, cordiale et franche, ainsi que votre capacité à affronter les situations et les problèmes avec sagesse et sens du concret, y ont largement contribué, toujours fidèle aux enseignements de l’Église et animé d’un grand amour pour le Successeur de Pierre.
Dans votre charge de doyen du Collège cardinalice, votre personne est devenue encore plus visible, et beaucoup, au sein du Peuple de Dieu et au-delà, ont apprécié votre témoignage sacerdotal lors des célébrations eucharistiques que vous avez présidées, tout récemment encore à l’occasion des funérailles du pape François.
Cher et vénéré Frère, nous avons tous toujours admiré en vous la vigueur de la foi et le zèle dans le ministère, si harmonieusement unis aux qualités de travail et de dévouement héritées de vos racines familiales et de votre chère vallée de Camonica. Mais la devise que vous avez choisie lors de votre élévation à l’épiscopat, Virtus ex alto (« La force vient d’en haut »), témoigne de combien vous avez toujours su invoquer et recevoir votre force du Seigneur et de sa Grâce, ce qui accroît encore l’estime et la gratitude de ceux qui vous connaissent.
Avec ces sentiments, je vous assure de mon souvenir dans la prière, que je confie à l’intercession de la Vierge Marie et de saint Jean-Baptiste, et je vous renouvelle de tout cœur ma Bénédiction, que j’étends volontiers à votre famille et aux personnes qui vous sont chères.
Du Vatican, le 11 octobre 2026
LÉON XIV »
Source Vatican


