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[Témoignage] Comment expliquer le one-man-show du père Cédric Anastase à une messe étudiante ?

père Cédric Anastase  - capture écran
père Cédric Anastase - capture écran
Le jeudi 22 octobre, lors de la messe des étudiants en droit parisiens à l'église Saint-Étienne-du-Mont, l'homélie du père Cédric Anastase a suscité la consternation d'un jeune fidèle. Dans un témoignage adressé à notre rédaction, celui-ci dénonce une prédication mêlant confidences personnelles, familiarités déplacées et vulgarité

Il est des prêtres qui cherchent à rejoindre les jeunes en adoptant leurs codes, leur langage et leurs familiarités. L’intention peut se comprendre. Encore faut-il que cette volonté de proximité ne finisse pas par transformer la prédication en un exercice de communication où la recherche de complicité prend le pas sur la dignité sacerdotale. Le père Cédric Anastase semble affectionner cette manière de communiquer. Ancien aumônier des lycées de la montagne Sainte-Geneviève, désormais aumônier général du collège Stanislas et enseignant à l’École cathédrale, il s’est également fait connaître pour sa passion du Paris Saint-Germain. En mai 2025, le journal L’Équipe lui consacrait un portrait présentant ce prêtre capable de revêtir un maillot du PSG par-dessus sa soutane et d’évoquer le football jusque dans ses homélies.

capture Facebook Journal L’EQUIPE 31 MAI 2025

Pourquoi pas ? Un prêtre peut aimer le football, soutenir une équipe et partager les passions de ses contemporains. Mais être proche des jeunes suppose-t-il nécessairement de parler comme eux, y compris dans ce que leur langage peut avoir de plus grossier ?

Un témoignage direct qui laisse perplexe

C’est le jeudi 22 octobre 2026, en l’église Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, devant des étudiants en droit parisiens, que le père Cédric Anastase aurait prononcé cette homélie pour le moins déroutante. Un étudiant présent dans l’assistance a adressé à la rédaction de Tribune Chrétienne un témoignage franc et direct, exprimant sa consternation devant les propos entendus et son incompréhension quant au sens d’une telle prédication. Selon son récit, le père Anastase aurait longuement évoqué un épisode de sa vie de séminariste : son attirance pour une jeune laïque venue étudier parmi les séminaristes, les sentiments qu’il aurait éprouvés et les conseils reçus d’un ami pour renoncer à cette relation, même amicale.

Un tel témoignage aurait pu nourrir une réflexion sur le discernement vocationnel, les exigences du célibat sacerdotal ou la liberté intérieure. Mais fallait-il donner autant de place à ces confidences personnelles ? Plus surprenant encore, le prêtre aurait rapporté avec insistance ( à trois reprise) debout devant l’autel, les paroles de cet ami lui reprochant son comportement : « Tu fais de la merde ! Tu fais de la merde ! Tu fais de la merde !  » Selon l’étudiant, le père Anastase aurait répété cette expression à trois reprises au cours de son homélie. Une insistance qui interroge. Rapporter une formule grossière pour illustrer un propos est une chose. La répéter trois fois devant des étudiants réunis pour la messe en est une autre.

Une homélie ou un spectacle de stand-up ?

La forme aurait accentué le malaise. Toujours selon ce témoignage, le prédicateur, qui avait le micro à la main, allait et venait devant l’autel, adoptant une gestuelle évoquant davantage celle d’un homme de scène que la retenue attendue dans une célébration liturgique. Une homélie peut être vivante, spontanée, parfois même drôle si la finesse d’esprit est au rendez-vous. Mais elle n’est ni un spectacle de stand-up ni une séance de confidences sentimentales.

Le concile Vatican II rappelle, dans Sacrosanctum Concilium, que l’homélie doit puiser principalement dans l’Écriture sainte et la liturgie pour exposer les mystères de la foi et les règles de la vie chrétienne. L’expérience personnelle du prédicateur peut servir cet enseignement. Elle ne devrait pas en devenir le centre, surtout sur fond de confidences d’adolescents en mal de sensations.

Surtout, pourquoi considérer qu’il faudrait employer des expressions vulgaires pour rejoindre les jeunes ? N’est-ce pas leur faire bien peu confiance que de supposer qu’ils seraient incapables d’entendre une parole exigeante sans qu’on l’accompagne de grossièretés et de banalités digne des reseaux sociaux ?

En effet, la proximité pastorale ne justifie pas tout, et n’est pas saint Augustin qui veut… Mais se comporter, en pleine homélie, comme le « bon pote » qui raconte ses vraies-fausses anecdotes d’amour cachées, c’est quand même limite… Le père Anastase peut être un homme chaleureux, passionné de football et proche des étudiants. Ces qualités ne sont nullement incompatibles avec le sacerdoce. Elles ne dispensent cependant ni de la retenue ni du respect dû à la liturgie.

Cette familiarité n’est d’ailleurs pas nouvelle. En 2018, le père Cédric Anastase publiait aux Éditions de l’Emmanuel un livre intitulé Debout les gars !. Le prêtre aurait lui-même confié avoir initialement souhaité l’intituler « Bougez-vous, bande de glands ! », un titre qui n’aurait finalement pas été retenu. Une certaine conception de la proximité avec les jeunes qui semble donc ne pas dater d’hier.L’étudiant confie également à notre rédaction que l’attitude du père Cédric Anastase lui a rappelé celle du père Matthieu Jasseron, ancien prêtre devenu une véritable coqueluche de certains médias, notamment grâce à ses vidéos sur Instagram, où il avait rassemblé plus d’un million d’abonnés. Une célébrité numérique qui n’aura pas empêché ce dernier de quitter finalement le sacerdoce

Le témoignage reçu par notre rédaction montre au moins une chose : cette familiarité ne produit pas toujours l’effet recherché. Cet étudiant, loin de se sentir édifié, dit être ressorti consterné. À force de vouloir montrer qu’un prêtre est un homme comme les autres, ne risque-t-on pas de faire oublier ce qui fait précisément la singularité de son ministère ? Les jeunes n’ont pas besoin qu’un prêtre imite leurs expressions les plus triviales pour se sentir compris. Ils ont besoin d’une parole qui les éclaire, les élève et les conduise vers le Christ. C’est d’abord cela qu’ils viennent chercher à la messe.

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