Depuis 2000 ans

Léon XIV : « La véritable justice ne peut jamais être séparée de la vérité et de la miséricorde »

Léon XIV - Depositphotos
Léon XIV - Depositphotos
Alors que Léon XIV ne se rendra pas à Assise le 27 octobre, sur les conseils de ses médecins, le Pape a reçu ce vendredi les participants au 150e anniversaire de la Faculté de droit canonique de l'Université pontificale grégorienne. Il leur a rappelé les liens indissociables entre justice, vérité et miséricorde ( intégralité du texte)

Les médecins ont recommandé à Léon XIV de ne pas effectuer de déplacement en hélicoptère aussi peu de temps après son opération pulmonaire du 13 octobre. Le Saint-Père ne se rendra donc pas à Assise, mardi 27 octobre, pour le 40e anniversaire de la rencontre mondiale de prière pour la paix organisée en 1986 par saint Jean-Paul II. Il adressera néanmoins un message aux participants.

Cette précaution médicale n’empêche pas le Souverain Pontife de poursuivre progressivement ses activités au Vatican. Ce vendredi 23 octobre, dans la salle Clémentine, il a reçu les professeurs, étudiants et responsables de la Faculté de droit canonique de l’Université pontificale grégorienne, réunis à l’occasion du 150e anniversaire de leur institution.

Fondée le 16 août 1876 à la demande du bienheureux Pie IX, cette faculté prolonge une tradition d’enseignement héritée du Collège romain et de la Compagnie de Jésus. Cet anniversaire permet au Pape de rappeler la finalité propre du droit de l’Église. Le passage central de son intervention mérite une attention particulière. Léon XIV exhorte les canonistes à travailler « pour le bien surnaturel des personnes, qui se réalise en recherchant la véritable justice, jamais séparée dans l’Église de la vérité et de la miséricorde ».

Cette affirmation rappelle un principe essentiel de la pensée catholique : la miséricorde ne saurait être opposée à la justice, pas davantage que la justice ne pourrait être exercée au détriment de la vérité.

Le Pape convoque saint Augustin et cette formule : « Ordinata dilectio est iustitia », autrement dit : « La justice est l’amour bien ordonné. » Dans la tradition augustinienne, aimer véritablement suppose de reconnaître l’ordre voulu par Dieu. La justice ecclésiale ne consiste donc pas simplement à rechercher un compromis entre des intérêts contradictoires. Elle doit respecter la vérité de la personne, les droits des fidèles et la finalité surnaturelle de l’Église. Léon XIV s’appuie également sur saint Jean-Paul II et la constitution apostolique Sacrae disciplinae leges, par laquelle fut promulgué le Code de droit canonique de 1983. Il rappelle qu’il est « impossible de traduire parfaitement en langage canonique l’image de l’Église », mais que le droit doit néanmoins la refléter.

Le Pape reprend ainsi une conviction fondamentale de son prédécesseur : le droit canonique est « extrêmement nécessaire à l’Église ». Son rôle consiste à établir un ordre ecclésial dans lequel « l’amour, la grâce et le charisme » conservent leur primauté. La précision est importante. Loin d’opposer l’institution à la vie spirituelle, Léon XIV rappelle que l’une doit protéger l’autre. Sans règles communes, la communion risque de dépendre des seules appréciations individuelles. Mais sans charité ni finalité surnaturelle, le droit pourrait se réduire à une mécanique administrative.

Autre passage significatif : Léon XIV rappelle que la Faculté de droit canonique reconnaît dans ses statuts son « rôle particulier au service de la mission pétrinienne ». Il souligne qu’elle demeure « fidèle au magistère de l’Église » et accorde la priorité au service rendu au Siège apostolique. Cette insistance n’est pas secondaire. Dans une Église universelle confrontée à des réalités pastorales et culturelles très diverses, le droit canonique participe à la préservation de l’unité de la foi et de la discipline ecclésiale. Le Pape rappelle ainsi que l’évêque de Rome constitue le « principe et fondement perpétuel et visible de l’unité », selon les termes de Lumen gentium.

Enfin, reprenant la spiritualité de saint Ignace de Loyola, Léon XIV rappelle qu’il importe moins d’accumuler les connaissances que de pénétrer profondément leur signification : « Ce n’est pas le fait de beaucoup savoir qui rassasie et satisfait l’âme, mais celui de sentir et de goûter intérieurement les choses. » À travers cet enseignement, le Pape dessine une conception exigeante du canoniste : non un simple technicien des normes, mais un serviteur de l’Église, formé à la vérité et conscient de la responsabilité spirituelle de ses décisions.

Le droit de l’Église ne trouve finalement sa pleine légitimité que lorsqu’il demeure ordonné à ce pour quoi l’Église elle-même existe : conduire les hommes vers Dieu.

DISCOURS DU SAINT-PÈRE LÉON XIV AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS INTERNATIONAL À L’OCCASION DU 150e ANNIVERSAIRE DE LA FACULTÉ DE DROIT CANONIQUE DE L’UNIVERSITÉ PONTIFICALE GRÉGORIENNE

Salle Clémentine, vendredi 23 octobre 2026

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

La paix soit avec vous.

Éminences, Excellences, frères et sœurs,

Je suis très heureux de vous adresser mes salutations, Monsieur le Recteur magnifique, Révérend Père Doyen, professeurs et enseignants, étudiants et amis, qui participez au Congrès international organisé à l’occasion du 150e anniversaire de la Faculté de droit canonique de l’Université pontificale grégorienne.

Le 16 août 1876, par la volonté du bienheureux Pie IX, la Congrégation des études décidait la création de votre Faculté. Ce fut l’aboutissement d’une longue tradition d’étude et d’enseignement du droit canonique, qui avait accompagné l’histoire du Collège romain et de la Compagnie de Jésus. La date à laquelle nous célébrons le 150e anniversaire représente, en effet, une étape fondamentale d’une histoire commencée plusieurs siècles auparavant, grâce à laquelle l’enseignement du droit canonique avait déjà développé sa propre tradition scientifique, avec la contribution de nombreux maîtres qui ont fait honneur à la Faculté et ont contribué de manière importante au développement de la science canonique. Ils constituent comme un fil ininterrompu qui unit les générations et qui transmet encore aujourd’hui un précieux héritage scientifique et ecclésial.

Cette Faculté, tout comme l’Université dont elle fait partie, est une œuvre apostolique de la Compagnie de Jésus. Elle participe donc de la spiritualité qui trouve sa source dans les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola et dont l’un des traits caractéristiques est résumé par l’expression : Non multa, sed multum. Ce qui importe, en effet, ce n’est pas de connaître beaucoup de choses, mais de pénétrer profondément la réalité, de la comprendre et de l’intérioriser. Ainsi écrit saint Ignace : « Ce n’est pas le fait de beaucoup savoir qui rassasie et satisfait l’âme, mais celui de sentir et de goûter intérieurement les choses » (cf. Exercices spirituels, annotations, 2, 4).

Il n’est donc pas surprenant que cette orientation spirituelle trouve une correspondance dans la manière dont votre Faculté conçoit l’enseignement du droit de l’Église. L’objectif est en effet, au-delà de la connaissance des normes propres à régir la vie ecclésiale, de former des personnes possédant le sens ecclésial du juste, acquis grâce à l’étude approfondie des sources, de la tradition canonique et des principes théologiques qui éclairent la norme.

Cela est possible lorsque l’étude du droit canonique se fait à la lumière du mystère de l’Église, tel qu’il a été présenté par le concile Vatican II dans la constitution dogmatique Lumen gentium.

S’il est vrai, comme l’écrivait saint Jean-Paul II dans la constitution apostolique Sacrae disciplinae leges (25 janvier 1983), par laquelle il promulguait le Code de droit canonique pour l’Église latine, qu’« il est impossible de traduire parfaitement en langage “canonique” l’image de l’Église », le droit canonique doit néanmoins la refléter.

Il accomplit un service essentiel pour préserver la communion ecclésiale et, par conséquent, il est « extrêmement nécessaire à l’Église » et a pour finalité « de créer dans la société ecclésiale un ordre qui, en donnant la primauté à l’amour, à la grâce et au charisme, rende […] plus facile leur développement organique ».

En effet, le bien de la personne et celui de la communauté ecclésiale ne peuvent exister indépendamment l’un de l’autre.

C’est pourquoi on peut lire dans le programme d’études de votre Faculté : « Le droit de l’Église doit toujours tendre au bien surnaturel de chaque fidèle et à l’édification de la communion ecclésiale. »

Je vous exhorte à œuvrer fidèlement selon cette finalité, c’est-à-dire pour le bien surnaturel des personnes, qui se réalise en recherchant la véritable justice, jamais séparée dans l’Église de la vérité et de la miséricorde.

Saint Augustin l’exprime par une formule chère à la tradition chrétienne : « Ordinata dilectio est iustitia » – « La justice est l’amour bien ordonné. »

Je voudrais ensuite souligner une caractéristique de votre identité, que l’on retrouve également dans vos statuts : la Faculté « reconnaît son rôle particulier au service de la mission pétrinienne. C’est pourquoi, dans son enseignement, elle est fidèle au magistère de l’Église et donne la priorité au service que ses professeurs rendent au Siège apostolique ».

Je vous invite donc à proposer à vos étudiants une expérience vivante de l’Église universelle, qui trouve dans l’évêque de Rome le principe et le fondement perpétuel et visible de l’unité (cf. Lumen gentium, 23).

Les étudiants et étudiantes – clercs, consacrés et laïcs – qui viennent de tant de régions du monde pour poursuivre leurs études à Rome doivent pouvoir faire l’expérience, également à travers la vie universitaire, du fait que l’Église est une communion universelle ; et, une fois retournés dans leurs Églises particulières, ils doivent pouvoir emporter avec eux cette expérience comme une richesse à partager, en la mettant au service de leurs communautés.

Très chers amis, après 150 ans, votre Faculté peut regarder vers l’avenir en mettant sa confiance en Dieu et aussi dans le grand héritage qu’elle a reçu.

Ainsi, dans le sillage de ceux qui vous ont précédés, vous pourrez continuer à porter ces fruits de doctrine, de science et de sainteté de vie que le Seigneur et l’Église attendent de vous.

Que l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Speculum iustitiae – Miroir de justice -, et ma bénédiction apostolique vous accompagnent sur ce chemin. »

Source Vatican – traduit en français par TC

Recevez chaque jour notre newsletter !