C’est un événement historique pour le christianisme en Afghanistan. Samedi 24 octobre, à 16 heures, dans une église pentecôtiste de Kerava, en Finlande, des chrétiens afghans et des représentants d’organisations missionnaires ont assisté, entre applaudissements, chants et prières, au lancement de Mozhda TV (« Mozhda » (مژده) signifie « Bonne Nouvelle » en dari ) . Pour la première fois, une chaîne de télévision chrétienne conçue et dirigée par des Afghans s’adresse directement à leur peuple, dans ses propres langues. Une initiative particulièrement audacieuse dans un pays où toute conversion de l’islam au christianisme expose les fidèles à de graves persécutions.
Quelques minutes après le début des émissions, le pasteur Masoud Ghorbani, directeur de la nouvelle chaîne, a prononcé une déclaration qui résume l’ambition spirituelle du projet : « Jésus-Christ est le bon berger de l’Afghanistan. »
S’appuyant sur l’Évangile selon saint Marc (6, 34), où Jésus est saisi de compassion devant une foule semblable à des brebis sans berger, il a évoqué les souffrances du peuple afghan : familles séparées, femmes opprimées, jeunes privés de perspectives et parents désespérés devant l’avenir de leurs enfants. Pour lui, l’annonce de l’Évangile constitue une réponse spirituelle à cette détresse.
Une télévision que les talibans ne peuvent pas facilement faire taire. Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont imposé une « certaine interprétation » de la loi islamique. Les activités missionnaires chrétiennes sont interdites, les convertis vivent dans la clandestinité et les autorités exercent un contrôle étroit sur l’information. Les restrictions et interruptions d’Internet compliquent encore davantage l’accès aux contenus religieux indépendants. C’est précisément pour contourner ces obstacles que les fondateurs de Mozhda TV ont privilégié la diffusion satellitaire.
« Les talibans contrôlent le pays, mais ils ne peuvent pas contrôler les satellites », a expliqué Masoud Ghorbani à l’organisation missionnaire finlandaise Sansa. Selon lui, les antennes paraboliques, largement répandues dans les foyers afghans, constituent un moyen de toucher directement la population.
La chaîne diffuse désormais vingt-quatre heures sur vingt-quatre en dari et en pachto, les deux langues officielles du pays. D’autres programmes sont envisagés en hazaragi, en ouzbek, en turkmène et en baloutche. Son nom, Mozhda, signifie « bonne nouvelle », une référence explicite à l’Évangile. Une attention particulière est également accordée aux femmes afghanes, largement exclues de l’enseignement secondaire et universitaire. Des émissions éducatives et sanitaires doivent leur permettre de poursuivre certains apprentissages depuis leur domicile. L’initiative revêt aussi une importance particulière pour les chrétiens qui vivent encore secrètement dans le pays. Mikael Tunér, producteur de la chaîne et ancien collaborateur de SAT-7 PARS, estime que plusieurs milliers de chrétiens demeurent en Afghanistan. Leur nombre exact reste cependant impossible à établir de manière indépendante, tant la clandestinité est nécessaire à leur sécurité.
Contrairement aux programmes chrétiens en persan déjà accessibles dans la région, Mozhda TV entend donner directement la parole à des chrétiens afghans. Son équipe comprend notamment Helene Gaheez, qui prépare des émissions destinées aux femmes parlant pachto, et Miragha Sediqi, ancien responsable de l’association des chrétiens afghans de Finlande.
Derrière ce lancement se trouve une histoire de quarante années de prière et d’engagement missionnaire. Harun Ibrahim, fondateur d’Al Hayat Ministries, a rappelé qu’en 1986, lors d’un rassemblement chrétien en Finlande, des jeunes avaient prié pour l’Afghanistan. Quatre décennies plus tard, plusieurs organisations chrétiennes de différentes confessions ont uni leurs moyens pour donner naissance à cette télévision, enregistrée en Finlande. L’initiative n’est donc pas spécifiquement catholique, mais relève d’une coopération missionnaire interconfessionnelle. Au moment de l’inauguration, Masoud Ghorbani a enfin formulé un souhait inattendu : que les talibans eux-mêmes puissent entendre le message chrétien.
« Nous ne savons pas qui regarde notre programme pour la première fois en ce moment, peut-être même les talibans. Nous devons prier pour eux. »
Dans un Afghanistan où les églises ne peuvent pas exercer publiquement leur mission, l’Évangile dispose désormais d’une nouvelle voie de diffusion. Reste à savoir combien d’Afghans pourront effectivement recevoir ces émissions et les regarder sans danger.


