Les élections législatives israéliennes du mardi 27 octobre pourraient profondément modifier les équilibres politiques du pays. Alors que ni le bloc du Premier ministre Benjamin Netanyahou ni celui de son principal adversaire, l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, ne semblent en mesure de réunir les 61 sièges nécessaires pour gouverner, les formations arabes réalisent une progression remarquable.
Selon les dernières projections diffusées dans la nuit de mardi à mercredi, la Liste commune obtiendrait entre 11 et 12 députés, tandis que Ra’am, dirigé par Mansour Abbas, en remporterait sept. Les estimations actualisées de plusieurs chaînes israéliennes attribuent 51 sièges à chacun des deux principaux blocs politiques et 18 aux partis arabes. Ces chiffres demeurent provisoires, le dépouillement étant toujours en cours. Cette percée électorale s’explique notamment par une mobilisation exceptionnelle des citoyens arabes d’Israël, qui représentent environ un cinquième de la population. Leur participation aurait atteint près de 80 %, un niveau rarement observé. Mais derrière l’expression générale de « partis arabes » se cachent des sensibilités religieuses et idéologiques très différentes.
La première formation, la Liste commune, rassemble trois mouvements : Hadash, Ta’al et Balad. Hadash, dont le nom signifie Front démocratique pour la paix et l’égalité, possède une tradition communiste et rassemble historiquement des militants arabes et juifs. Ta’al défend principalement les droits civiques et politiques des citoyens arabes, tandis que Balad s’inscrit dans un nationalisme palestinien laïc. Aucun de ces trois partis ne constitue une formation religieuse musulmane.
La situation est différente pour Ra’am, la Liste arabe unie, issue de la branche sud du Mouvement islamique en Israël. Dirigée par Mansour Abbas, cette formation d’inspiration islamiste a adopté une stratégie pragmatique, privilégiant notamment les négociations sur les budgets, les infrastructures et les conditions de vie des citoyens arabes. En 2021, elle avait franchi une étape historique en participant à la coalition gouvernementale de Naftali Bennett et Yaïr Lapid.
Mais une dimension souvent méconnue mérite également l’attention : la présence de chrétiens arabes au sein de ces mouvements politiques.
Israël compte environ 184 000 chrétiens, soit près de 2 % de sa population. Une large majorité d’entre eux sont arabes. Ils appartiennent notamment aux Églises grecque-catholique melkite, grecque-orthodoxe, latine et maronite. Leur présence, ancienne de plusieurs siècles, constitue une composante essentielle du christianisme en Terre sainte.
Plusieurs personnalités chrétiennes ont marqué l’histoire politique des Arabes israéliens. C’est notamment le cas d’Aida Touma-Sliman, députée issue de la communauté arabe chrétienne et figure de Hadash. Avant elle, l’écrivain et parlementaire Émile Habibi, également chrétien, avait illustré l’influence du courant communiste parmi certains intellectuels arabes d’Israël.
Cette participation politique ne signifie nullement que les partis concernés défendent une conception chrétienne de la société. Leur orientation demeure essentiellement laïque, nationaliste ou socialiste. Elle témoigne cependant d’une réalité souvent oubliée : tous les Arabes d’Israël ne sont pas musulmans, et les chrétiens participent eux aussi à la vie politique nationale. Pour les communautés chrétiennes de Terre sainte, les enjeux dépassent les seules négociations gouvernementales. La liberté religieuse, la protection des lieux saints, l’avenir des écoles chrétiennes et l’égalité des droits constituent autant de préoccupations majeures.
La progression des formations arabes pourrait leur donner davantage de poids dans les débats parlementaires, sans garantir pour autant une meilleure représentation des intérêts propres aux Églises.
Car l’autre grande inconnue demeure politique. Plusieurs responsables de l’opposition à Benjamin Netanyahou ont exclu de gouverner avec les partis arabes. Mansour Abbas affirme néanmoins avoir été approché par différents interlocuteurs. Dans un pays où les équilibres religieux et nationaux sont particulièrement sensibles, ces élections rappellent ainsi une réalité fondamentale : la société israélienne ne se résume pas à une opposition entre juifs et musulmans. Les chrétiens arabes, minoritaires mais enracinés dans l’histoire de cette terre, participent eux aussi à son avenir.


