Quarante ans jour pour jour après la rencontre du 27 octobre 1986, lorsque le Pape Jean-Paul II avait convié à Assise les représentants des grandes religions pour prier pour la paix, Léon XIV s’adresse aux participants de la rencontre internationale « Une paix désarmée et désarmante ». Dans ce message vidéo, le Souverain pontife propose une réflexion sur les fondements spirituels de la paix, les limites de la puissance politique et la responsabilité des religions face à la violence.
🔴LEÓN XIV AUX PARTICIPANTS À LA RENCONTRE INTERNATIONALE « UNE PAIX DÉSARMÉE ET DÉSARMANTE »
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) October 27, 2026
➡️ "Il n’y a pas de guerre sainte : seule la paix est sainte !C’est pourquoi le chemin entamé à Assise dans la recherche commune de la paix est, avant tout, celui de la prière.
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Le constat géopolitique est particulièrement sévère. Reprenant son encyclique Magnifica humanitas, Léon XIV rappelle que « la mondialisation n’a pas généré automatiquement l’unité et la paix, mais a suscité des réactions fondamentalistes, identitaires et nationalistes ». Cette observation marque une critique de l’optimisme qui avait accompagné la fin de la guerre froide. L’interdépendance économique n’a pas suffi à rapprocher les peuples, parce que la prospérité matérielle ne produit pas mécaniquement la fraternité.
La doctrine sociale de l’Église enseigne précisément que la paix ne peut être réduite à un équilibre d’intérêts. Elle suppose un ordre moral fondé sur la vérité, la justice, la liberté et la charité. Sans ces fondements, la mondialisation peut multiplier les échanges tout en aggravant les rivalités.
Le Pape dénonce ainsi « une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale ». Cette formule résonne particulièrement dans un monde marqué par les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et dans plusieurs régions d’Afrique. Elle désigne une dérive fondamentale : lorsque la force militaire devient un moyen ordinaire de régler les différends, la diplomatie cesse d’être une priorité et la vie humaine risque de devenir une variable stratégique.
Léon XIV rappelle également les limites de la dissuasion fondée sur l’accumulation des armements. En citant le Catéchisme de l’Église catholique, il souligne le paradoxe d’une paix que les nations prétendent garantir par leur capacité croissante de destruction. Il ne nie pas pour autant le droit de légitime défense reconnu par la doctrine catholique, mais rappelle implicitement que la sécurité ne saurait reposer exclusivement sur la menace.
Son affirmation la plus catégorique concerne l’instrumentalisation de Dieu : « La guerre ne peut jamais être menée au nom de Dieu ! » Et le Pape ajoute : « Il n’y a pas de guerre sainte : seule la paix est sainte ! »
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Ces paroles établissent une distinction essentielle entre la légitimité morale éventuelle d’une défense armée et la prétention à conférer une sainteté religieuse à la guerre. Aucune ambition territoriale, aucune volonté de domination, aucune entreprise terroriste ne peut se réclamer de Dieu pour justifier le meurtre des innocents. Pour le christianisme, la paix trouve son accomplissement dans le Christ, qui réconcilie l’humanité avec Dieu. Le dialogue entre les religions ne signifie donc pas l’effacement des vérités doctrinales, mais la reconnaissance d’une responsabilité commune devant la dignité de toute vie humaine.
C’est dans cette perspective que prend tout son sens la phrase centrale du message : « La prière peut sembler faible face aux puissances du monde, mais elle est la force humble des croyants. »
Cette affirmation rejoint directement la théologie paulinienne : « Ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co 1, 25). La puissance chrétienne n’est pas celle de la domination, mais celle de la grâce. La Croix, apparente défaite aux yeux du monde, devient le lieu de la victoire du Christ sur le péché et la mort. La prière participe à cette logique surnaturelle : elle ne contraint pas Dieu, mais ouvre l’homme à son action.
La portée de cet appel apparaît plus nettement encore lorsque Léon XIV demande à Dieu de « toucher le cœur de ceux qui veulent la guerre et le terrorisme ». Le Pape ne prie pas seulement pour les victimes, mais aussi pour la conversion de ceux qui sont responsables de la violence. Cette démarche rejoint l’un des enseignements les plus exigeants du christianisme : aimer ses ennemis et prier pour ses persécuteurs (Mt 5, 44). Il ne s’agit nullement d’excuser le mal ou de renoncer à la justice, mais de reconnaître qu’aucun homme ne doit être considéré comme définitivement inaccessible à la grâce. La paix chrétienne ne repose donc pas uniquement sur la cessation des hostilités : elle suppose cette transformation intérieure par laquelle l’ennemi peut cesser de l’être.
Lorsque Léon XIV affirme « on ne prie jamais en vain ! », il ne promet pas la disparition immédiate des conflits. Il rappelle que la prière peut transformer les consciences et préparer des réconciliations que les seuls rapports de force rendent impossibles. Là où la diplomatie négocie des accords et où les États cherchent à garantir leur sécurité, la prière sollicite une conversion que la contrainte ne peut produire.
Enfin, le Pape appelle à faire céder « le langage de l’arrogance » devant celui « de la paix, de la négociation et de la compréhension ». Il ne s’agit pas d’un pacifisme naïf, mais d’une exigence morale : la paix véritable réclame la justice, le courage de la vérité et la reconnaissance de la dignité humaine.
En concluant par la béatitude « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! » (Mt 5, 9), Léon XIV rappelle que la paix n’est pas seulement un objectif diplomatique. Elle est une vocation spirituelle et une responsabilité concrète. Face aux puissances qui prétendent gouverner l’histoire par la force, l’Église continue d’affirmer que la conversion des cœurs demeure une condition irremplaçable de la paix entre les nations.
MESSAGE VIDÉO DU PAPE LEÓN XIV
AUX PARTICIPANTS À LA RENCONTRE INTERNATIONALE
« UNE PAIX DÉSARMÉE ET DÉSARMANTE »
Assise – mardi, 27 octobre 2026
« Chers frères et sœurs !
Vous vous trouvez à Assise quarante ans après la Journée de Prière pour la Paix du 27 octobre 1986. Cet événement fut voulu par saint Jean-Paul II qui souligna à cette occasion le lien intrinsèque qui unit une attitude religieuse authentique à une sensibilité vive pour la paix.
J’adresse mes salutations les plus cordiales aux Patriarches et aux Chefs Religieux, dont beaucoup ont, au fil des ans, participé activement aux différentes journées de prière et de dialogue qui se sont succédé. Je salue avec affection Mgr Felice Accrocca, Pasteur de l’Église d’Assise, les familles franciscaines et tous ceux qui sont réunis. J’aurais souhaité être parmi vous, près de la tombe de saint François, en cette importante date anniversaire, pour voir vos visages et donner ensemble un beau témoignage : vivre en frères et sœurs, c’est déjà possible !
Je remercie le Dicastère pour le Dialogue Interreligieux et la Communauté de Sant’Egidio d’avoir poursuivi avec engagement cette voie tracée par mes Prédécesseurs. Je trouve une consolation dans le long et fidèle chemin parcouru au cours de ces années qui a porté de nombreux fruits. Le Pape François a déclaré à propos de cette journée inoubliable d’octobre 1986 : « Cela ne devait pas et ne pouvait pas rester un événement isolé. Vous avez poursuivi ce chemin et vous en avez intensifié l’élan ». [1]
En effet, saint Jean-Paul II, après cette première rencontre historique, a invité à “continuer à vivre l’esprit d’Assise”. [2] C’était alors l’époque de la “guerre froide”, un contexte très différent de celui d’aujourd’hui. Après 1989, nombreux furent ceux qui affirmèrent que la mondialisation garantirait au monde une paix stable. Malheureusement, comme je l’ai écrit dans Magnifica humanitas, « on a confié presque aveuglément aux marchés la capacité de produire bien-être, démocratie et stabilité, alors qu’en réalité la mondialisation n’a pas généré automatiquement l’unité et la paix, mais a suscité des réactions fondamentalistes, identitaires et nationalistes » (Lett. enc. Magnifica humanitas, n. 201).
Dans ce contexte, « nous assistons à une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale » (ibid., n. 190). Trahissant ainsi la mémoire du XXe siècle et le massacre inutile de millions de vies humaines, une fois encore – comme on peut le lire dans le Catéchisme de l’Église Catholique – « l’accumulation des armes apparaît à beaucoup comme une manière paradoxale de détourner de la guerre des adversaires éventuels. Ils y voient le plus efficace des moyens susceptibles d’assurer la paix entre les nations » (n. 2315). C’est précisément en ces temps de culture de la puissance qu’il est nécessaire de faire grandir l’esprit d’Assise, qui est le refus de la légitimation religieuse de la guerre, un esprit de médiation et de dialogue, une expérience contemplative et une action créative pour un avenir de paix. En effet, la paix doit redevenir l’idéal commun des peuples, l’étoile qui guide chacun de nos choix, le critère qui démasque l’injustice, l’horizon commun de tous les peuples.
Nous devons reconstruire la paix partout, et non préparer d’autres guerres ! La guerre ne peut jamais être menée au nom de Dieu ! Pour nous, croyants, « combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même » (Magnifica humanitas, n. 223).
Il n’y a pas de guerre sainte : seule la paix est sainte !C’est pourquoi le chemin entamé à Assise dans la recherche commune de la paix est, avant tout, celui de la prière. La prière peut sembler faible face aux puissances du monde, mais elle est la force humble des croyants. Nous nous adressons à Dieu qui donne la paix : qu’Il touche le cœur de ceux qui veulent la guerre et le terrorisme. Et n’oublions pas : on ne prie jamais en vain !
La prière est une école de dialogue avec Dieu, avec les personnes et avec toutes les créatures. Pensons à saint François, dont nous avons célébré le huitième centenaire de la mort. Le monde a besoin de dialogue. Le parcours d’Assise engage les responsables religieux à favoriser un climat de dialogue entre les fidèles et au sein de la société, afin que le langage de l’arrogance cède la place à celui de la paix, de la négociation et de la compréhension. Cela permettra « d’éloigner progressivement l’humanité de la spirale de la violence » (ibid., n. 221).
Frères et sœurs, que nos prières obtiennent de Dieu la paix tant désirée pour tous les pays du monde ! Qu’Il fasse de nous des instruments désarmés de sa paix. « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! » (Mt 5, 9).
________________________[1] François, Discours aux participants à la rencontre internationale pour la paix, 30 septembre 2013.
[2] Cf. St Jean-Paul II, Discours à un groupe de représentants des religions non chrétiennes, 29 octobre 1986.3
Source Vatican


