Près de quatre siècles après sa mort, Marguerite Naseau, humble servante des pauvres et figure des origines des Filles de la Charité, pourrait un jour être élevée à la gloire des autels. Par un édit daté du 1er octobre 2026, Monseigneur Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, a officiellement rendu publique la demande d’ouverture de sa cause de béatification et de canonisation. Cette démarche remet en lumière une femme dont la vie fut entièrement consacrée à Dieu et aux plus démunis, dans le sillage de saint Vincent de Paul.
Née en 1594 à Suresnes, aux portes de Paris, Marguerite Naseau appartient à cette génération de chrétiens qui, au XVIIe siècle, contribuèrent au renouveau spirituel et charitable de la France. Issue d’un milieu modeste, elle manifesta très tôt un profond désir de servir Dieu. Selon les récits transmis par la tradition vincentienne, elle apprit elle-même à lire afin de pouvoir instruire les jeunes filles pauvres. Son engagement auprès des malades et des indigents allait progressivement la conduire à rencontrer l’œuvre de saint Vincent de Paul. Celui-ci avait compris que la charité chrétienne ne pouvait se limiter à une assistance occasionnelle. Elle devait devenir une véritable vocation, enracinée dans l’amour du Christ et exercée avec fidélité auprès des plus abandonnés.
Marguerite Naseau fut l’une des premières à répondre à cet appel, au point d’être traditionnellement considérée comme la première des jeunes femmes qui se consacrèrent au service des pauvres dans le mouvement qui donnera naissance à la Compagnie des Filles de la Charité, fondée par saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac
Sa vocation présente une originalité remarquable pour son époque. Alors que la vie religieuse féminine était largement associée à la clôture monastique, ces femmes choisirent de porter la charité au cœur du monde, dans les maisons des pauvres, auprès des malades et des familles démunies. Leur existence témoignait d’une conviction profondément évangélique : servir les plus petits, c’est servir le Christ lui-même, conformément aux paroles de l’Évangile selon saint Matthieu : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
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Marguerite Naseau mourut en 1633, à seulement 39 ans. Sa mémoire demeura vivante au sein de la famille vincentienne, qui conserva le souvenir d’une femme entièrement donnée au service des autres. Son existence illustre cette sainteté discrète qui ne recherche ni reconnaissance ni prestige, mais trouve son accomplissement dans l’exercice héroïque de la charité.
La procédure engagée aujourd’hui constitue une étape importante vers une éventuelle reconnaissance officielle de cette réputation de sainteté. Dans son édit, Mgr Matthieu Rougé rappelle que la demande a été présentée le 6 février 2023 par le père Joseph Guerra, membre de la Congrégation de la Mission, au nom de celle-ci et de la Compagnie des Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul.
Plusieurs étapes canoniques ont déjà été franchies. Le 16 janvier 2020, l’archevêque de Paris avait transféré la compétence de cette cause au diocèse de Nanterre. Le 24 novembre 2025, la Conférence des évêques de France a rendu un avis favorable. Enfin, le 12 mai 2026, le Dicastère pour les Causes des Saints a accordé son Nihil Obstat, attestant qu’aucun obstacle n’était identifié par le Saint-Siège à la poursuite de la procédure.
Ce feu vert romain ne constitue toutefois ni une reconnaissance des vertus héroïques ni une décision de béatification. Il permet à l’autorité diocésaine de poursuivre les démarches préalables à l’ouverture éventuelle de l’enquête canonique. C’est précisément l’objet de l’édit publié par Monseigneur Rougé. L’évêque invite les fidèles à communiquer tous les renseignements susceptibles d’éclairer la vie, les vertus et la réputation de sainteté de Marguerite Naseau. Les informations défavorables sont également sollicitées, conformément à l’exigence de vérité qui doit présider à toute cause de béatification.
Le document demande notamment la transmission de témoignages, d’archives et de documents historiques, ainsi que d’informations relatives aux grâces particulières éventuellement attribuées à son intercession. Une adresse électronique spécifique a été créée pour recueillir ces éléments.
L’édit doit être affiché pendant deux mois dans les paroisses et communautés religieuses du diocèse de Nanterre et diffusé auprès des diocèses particulièrement liés à l’activité des Filles de la Charité. La décision d’ouvrir formellement l’instruction diocésaine et, le cas échéant, de constituer un tribunal interviendra ultérieurement.
Au-delà de la procédure, cette démarche rappelle la fécondité spirituelle de l’École française de spiritualité et de la tradition vincentienne, dont l’influence sur la vie religieuse et sociale fut considérable. Elle souligne également que la sainteté catholique ne se mesure pas à la notoriété d’une existence, mais à la fidélité avec laquelle une âme répond à l’appel de Dieu. À travers Marguerite Naseau, l’Église pourrait ainsi reconnaître un jour le témoignage d’une femme qui, bien avant les grandes œuvres caritatives contemporaines, avait compris que la charité n’était pas seulement une obligation morale, mais une rencontre avec le Christ présent dans les pauvres.
Texte intégral de l’édit de Monseigneur Matthieu Rougé
Publication du Libellus
MATTHIEU ROUGÉ
« Par la grâce de Dieu et l’autorité du Siège apostolique,
Évêque de Nanterre
À tous les fidèles du diocèse de Nanterre et à tous ceux qui prendront connaissance du présent Édit,
Marguerite Naseau, née à Suresnes en 1594 et décédée en 1633, est traditionnellement considérée comme la première des jeunes femmes qui, à l’appel de saint Vincent de Paul, se consacrèrent au service des pauvres aux commencements de l’œuvre qui donnera naissance à la Compagnie des Filles de la Charité. Sa vie consacrée à Dieu et au service des pauvres, ainsi que la réputation de sainteté attachée à sa mémoire, ont conduit la Congrégation de la Mission et la Compagnie des Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul, constituées conjointement comme Acteur de la Cause, à demander l’ouverture de sa Cause de béatification et de canonisation.
Le Libellus ayant été présenté par le Postulateur, RP Joseph Guerra, CM, en date du 6 février 2023, à la suite du transfert de compétence effectué par l’archevêque de Paris le 16 janvier 2020 (Prot. N. 3516-1/19), le Nihil Obstat du Dicastère pour les Causes des Saints ayant été accordé le 12 mai 2026, sous la référence (Prot. N. 3516-2/25), et l’avis favorable de la Conférence des évêques de France ayant été donné le 24 novembre 2025, j’accepte cette demande et la rends publique, et j’invite tous les fidèles à communiquer toute information, favorable ou défavorable, permettant de mieux connaître la vie, les vertus et la réputation de sainteté de Marguerite Naseau, ainsi que tout élément utile à l’examen de la Cause.
J’invite, par la même occasion, tous ceux et celles qui posséderaient des documents, témoignages ou autres sources historiques se rapportant à la personne, à la vie et au service des pauvres de Marguerite Naseau, ou qui auraient reçu des grâces particulières par son intercession, à les communiquer à l’adresse électronique spécialement créée à cet effet : cause.marguerite.naseau@diocese92.fr
Enfin, je demande que le présent Édit soit affiché pendant deux mois dans les paroisses et communautés religieuses du diocèse de Nanterre, qu’il soit publié dans les moyens de communication du diocèse et de la Compagnie des Filles de la Charité, et qu’il soit communiqué aux diocèses particulièrement liés à l’activité des Filles de la Charité dans lesquels la fama sanctitatis de Marguerite Naseau demeure particulièrement attestée, afin que toute personne susceptible d’apporter un élément utile à l’examen de la Cause puisse en prendre connaissance.
Le présent Édit a pour objet de rendre publique la demande du Postulateur et de recueillir toute information utile, favorable ou défavorable, à l’examen de la Cause. La décision d’entreprendre l’instruction diocésaine de la Cause et, le cas échéant, la constitution du Tribunal diocésain interviendront ultérieurement, au terme de cette phase de publication et de recueil des informations.
Fait à Nanterre, le 1er octobre 2026.
† Matthieu Rougé
Évêque de Nanterre
Sophie Guibout
Chancelière »



