Un peu plus d’un mois après son voyage apostolique historique en France, le pape Léon XIV adresse aux évêques français un message dont la portée dépasse largement les travaux habituels d’une assemblée épiscopale. Datée du 1er novembre et rendue publique ce mardi 3 novembre 2026, sa lettre revient sur les fruits spirituels de sa visite, mais insiste surtout sur trois responsabilités essentielles : préserver l’identité de l’enseignement catholique, former les jeunes générations et faire vivre l’héritage des saints de France.
La phrase la plus forte concerne directement l’école catholique : « L’enseignement catholique ne peut renoncer à son projet éducatif centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. »
Cette affirmation intervient dans un contexte particulièrement sensible. Le 31 octobre, la commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté une suppression des crédits du programme consacré à l’enseignement privé sous contrat dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2027. Une décision parlementaire qui ne constitue pas encore une suppression définitive des financements, mais qui a provoqué une vive inquiétude dans l’enseignement catholique. Sans évoquer directement cette controverse budgétaire, le souverain pontife rappelle un principe fondamental : la liberté de conscience ne saurait conduire les établissements catholiques à effacer leur identité confessionnelle.
La distinction est capitale. L’école catholique accueille des élèves de convictions diverses et respecte leur liberté. Mais cette ouverture ne signifie pas qu’elle doive devenir un simple établissement privé dont la référence chrétienne serait progressivement réduite à une tradition historique ou à quelques valeurs humanistes.
Le pape replace au contraire l’éducation dans une perspective anthropologique intégrale. Former un jeune ne consiste pas seulement à lui transmettre des connaissances ou à le préparer à l’emploi. Il s’agit aussi d’éclairer sa conscience, de développer son intelligence morale et de lui permettre de découvrir la dimension spirituelle de son existence. Léon XIV ajoute : « C’est de ces hommes et de ces femmes formés aux valeurs de l’Évangile, et attentifs au respect du bien commun, que la société a besoin pour affronter les crises qui la déchirent. »
Cette parole rejoint la tradition de la doctrine sociale de l’Église. Le bien commun ne se réduit pas à la coexistence des intérêts particuliers. Il suppose une conception de la personne humaine fondée sur sa dignité, sa liberté et sa responsabilité devant Dieu et devant les autres. Le pape invite également les évêques à écouter les jeunes générations, jusque dans leur malaise, et à les encourager à s’engager dans la société, y compris dans la vie politique, grâce à une formation solide. Il ne s’agit donc ni de détourner la jeunesse des réalités du monde ni de confondre évangélisation et militantisme. L’engagement chrétien exige une conscience formée, capable de discernement, plutôt qu’une adhésion irréfléchie aux idéologies du moment.
Autre passage particulièrement significatif : l’appel à redécouvrir les saints de France. « La connaissance des saints d’hier et d’aujourd’hui est une force pour la vie spirituelle », écrit Léon XIV, invitant spécialement les catéchumènes et les nouveaux baptisés à se familiariser avec ces « amis du ciel ».
Cette recommandation possède une véritable profondeur théologique. Les saints ne sont pas seulement les figures illustres d’un patrimoine religieux national. Ils manifestent l’action de la grâce dans l’histoire et rappellent que la vocation de tout baptisé est la sainteté.
Enfin, le pape relie explicitement la sainteté à « la charité dans la vérité » pour exhorter les évêques à poursuivre l’accompagnement des victimes de violences sexuelles et d’emprise. La fidélité à l’Évangile ne peut être dissociée de la justice, de la protection des plus vulnérables et de la guérison des blessures causées au sein même de l’Église. Au terme de cette lettre, Léon XIV confie les évêques à Notre-Dame de Lourdes et exprime son souhait que la sainteté continue de fleurir en France.
Son message dessine une orientation pastorale exigeante : une Église qui ne renonce ni à sa mission éducative, ni à la formation des consciences, ni à l’appel universel à la sainteté. Dans une société traversée par de profondes fractures, le pape rappelle que la contribution propre des catholiques ne consiste pas à diluer leur foi, mais à en témoigner avec intelligence, courage et charité.
intégralité du texte du pape Léon XIV aux évêques de France
« Un peu plus d’un mois après mon voyage apostolique en France, je souhaite vous renouveler l’expression de ma gratitude pour l’organisation remarquable de ma visite. Évêques et fidèles, mais aussi autorités civiles et religieuses comme personnes croyantes ou non, tous ont mis à profit leurs compétences pour faire de ces jours une expérience inoubliable. Je vous invite durant cette Assemblée à réfléchir à la suite à donner aux fruits pastoraux de la visite.
Parmi les thèmes que vous allez aborder, il y a celui de l’enseignement catholique. Le respect de la liberté de conscience de chacun est prometteur d’une grande fécondité pour la société et pour l’Église elle-même. Pour autant, l’enseignement catholique ne peut renoncer à son projet éducatif centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale (cf. Discours aux évêques de France, Lourdes, 27 septembre 2026).
C’est de ces hommes et de ces femmes formés aux valeurs de l’Évangile, et attentifs au respect du bien commun, que la société a besoin pour affronter les crises qui la déchirent. Il est important d’écouter les jeunes générations, dans leur malaise également, et de les encourager à s’engager en vérité, y compris en politique, grâce à une formation solide.
Je vous invite enfin à mettre vos pas dans ceux de ces témoins qui ont émaillé l’histoire de France et à vous laisser imprégner par leurs enseignements. La connaissance des saints d’hier et d’aujourd’hui est une force pour la vie spirituelle. N’hésitez pas à former vos fidèles, et plus particulièrement les catéchumènes et les néophytes, à se familiariser avec ces amis du ciel. Par la diversité de leurs origines comme de leurs témoignages, ils rendent la sainteté accessible à tous. Mais parce que la sainteté implique la charité dans la vérité, je vous encourage, guidés par ces deux vertus, à poursuivre votre travail d’accompagnement des personnes victimes de violences sexuelles et d’emprise. Il est essentiel que la communauté des fidèles soit toujours plus un lieu où les hommes et les femmes, de tous âges, puissent trouver réconfort et guérison (cf. Rencontre avec des victimes d’abus, Lourdes, 27 septembre 2026).
Que Notre Dame de Lourdes veille sur vous durant ces journées de travail et qu’elle accompagne votre mission pastorale auprès de vos communautés diocésaines afin que la sainteté ne cesse de fleurir et de s’épanouir en France. Avec joie, je vous donne la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 1er novembre 2026.
Pape Léon XIV«
Source CEF


