Deux ans après avoir contribué à la réélection du président Trump, les électeurs latinos ont largement pris leurs distances avec le Parti républicain. Les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 ont permis aux démocrates de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, avec des victoires jusque dans des États traditionnellement républicains. Mais derrière ce basculement politique se dessine une évolution particulièrement significative : le recul du vote hispanique républicain, au sein d’une population qui constitue désormais l’un des principaux piliers du catholicisme américain.
Selon l’AP Voter Poll, vaste enquête menée auprès d’environ 80 000 électeurs, près de 60 % des Hispaniques ont soutenu les candidats démocrates à la Chambre des représentants, contre environ un tiers pour les républicains. En 2024, Donald Trump avait pourtant recueilli près de 40 % du vote latino, réalisant une progression historique dans un électorat longtemps favorable aux démocrates.
Le président Trump a beau affirmer que son absence des bulletins de vote explique le revers républicain, les résultats révèlent une difficulté plus profonde. « Si j’avais été sur les bulletins de vote, nous aurions gagné », a-t-il déclaré mercredi 4 novembre, lors d’une cérémonie à la Maison-Blanche. « Nous n’avons pas réussi à transmettre cet amour aux candidats », a-t-il ajouté, évoquant l’enthousiasme de ses partisans. Selon Fox News, le président a également reconnu que la guerre contre l’Iran avait probablement pénalisé son parti en provoquant une hausse des prix de l’essence.
Mais le déplacement du vote latino prend une dimension particulière lorsqu’on examine les convictions religieuses de cet électorat. Selon le Pew Research Center, 36 % des catholiques adultes américains sont aujourd’hui d’origine hispanique, contre 29 % en 2007. Les Latinos représentent ainsi une composante majeure et croissante de l’Église catholique aux États-Unis. Or, les premières enquêtes électorales révèlent une fracture particulièrement nette. D’après les sondages de sortie des urnes de NBC News, analysés le 4 novembre par la revue jésuite américaine America, 65 % des catholiques hispaniques ont voté démocrate, tandis que 56 % des catholiques blancs ont choisi les républicains. Chez les catholiques de moins de 29 ans, le vote démocrate atteint également 65 %.
Au niveau national, le vote catholique s’est presque parfaitement partagé : 50 % pour les démocrates et 49 % pour les républicains. Un changement notable par rapport à la présidentielle de 2024, lorsque Donald Trump avait recueilli 55 % des suffrages catholiques.
Comment expliquer cette évolution ? La première réponse est économique. Inflation, prix de l’alimentation, logement et difficultés quotidiennes ont pesé sur les choix électoraux. Selon l’enquête de l’Associated Press, environ sept électeurs hispaniques sur dix estiment que les politiques du président Trump ont détérioré la situation économique du pays. La politique migratoire constitue un autre facteur important. Les opérations d’expulsion et les contrôles renforcés ont suscité des inquiétudes dans certaines communautés hispaniques, où les liens familiaux avec l’Amérique latine demeurent étroits. Cela ne signifie pas que les électeurs latinos rejettent unanimement une politique migratoire restrictive : nombre d’entre eux soutiennent le contrôle des frontières. Mais les méthodes employées et leurs conséquences humaines ont nourri des tensions.
Le Texas illustre particulièrement ce retournement. Dans la vallée du Rio Grande, région fortement hispanique et profondément marquée par le catholicisme, plusieurs comtés remportés par Donald Trump en 2024 ont soutenu le démocrate James Talarico lors de l’élection sénatoriale. Dans le comté de Cameron, où se trouve Brownsville, celui-ci a recueilli environ 68 % des suffrages contre 30 % pour son adversaire républicain. Cette évolution ne signifie pourtant pas que les catholiques américains ont abandonné leurs convictions conservatrices. La défense de la vie, la liberté religieuse, l’autorité parentale et les valeurs familiales demeurent des préoccupations importantes. Mais l’appartenance à l’Église ne détermine pas à elle seule un choix électoral.
Pour les républicains, l’enjeu dépasse donc la seule question hispanique. Il concerne leur capacité à conserver le soutien d’une population appelée à occuper une place toujours plus importante dans le catholicisme américain. Le paradoxe de ces élections est là : tandis que l’avenir démographique de l’Église catholique américaine repose de plus en plus sur les Hispaniques, une majorité de leurs électeurs catholiques a choisi de ne pas soutenir les candidats du président Trump.


