Le pape Léon XIV a consacré, ce mercredi 4 novembre 2026, son audience générale à la dimension sociale de la foi chrétienne. Poursuivant son enseignement sur les documents du concile Vatican II, il a commenté les chapitres 63 à 76 de la constitution pastorale Gaudium et spes, consacrés à l’économie et à la communauté politique. Une catéchèse dans laquelle le souverain pontife a rappelé que l’Église ne peut demeurer indifférente aux conditions concrètes de l’existence humaine.
« La dimension sociale fait partie intégrante non seulement de la nature humaine, mais aussi de notre foi en Christ Jésus », a-t-il affirmé. Cette conviction trouve son fondement dans le mystère même de l’Incarnation : en assumant la condition humaine, le Christ révèle une dignité qui doit également être respectée dans les relations économiques et politiques. Le Pape a d’abord dénoncé les déséquilibres économiques qui menacent la paix mondiale. Reprenant les avertissements du Concile, il a souligné qu’aucun progrès technique ne saurait suffire à corriger les injustices sans une transformation morale. Gaudium et spes appelle ainsi à « une conversion des mentalités et des attitudes ».
Cette exigence rejoint l’un des principes constants de la doctrine sociale catholique : l’économie doit servir l’homme et non l’inverse. La recherche de la prospérité ne peut justifier l’exploitation des personnes ni l’oubli des plus vulnérables.
« Le cœur de l’économie est le travail », a insisté Léon XIV. Loin de réduire celui-ci à une fonction productive, il en a rappelé la dimension profondément humaine et spirituelle. Par son travail, l’homme subvient aux besoins de sa famille, développe ses capacités et participe à l’œuvre créatrice de Dieu.
Le souverain pontife a ainsi condamné le chômage, l’exploitation et les conditions professionnelles dangereuses. Il a également défendu la participation des travailleurs aux décisions qui concernent leur activité, dans le respect du dialogue et des moyens non violents. Cette conception s’inscrit dans l’héritage de Léon XIII, auteur de Rerum novarum, et de saint Jean-Paul II, qui rappelait dans Laborem exercens la primauté de la personne sur le capital. Le travail possède une dignité qui ne dépend ni du rendement ni de la rentabilité.
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Abordant la répartition des richesses, Léon XIV a réaffirmé le principe de la destination universelle des biens. Sans nier la légitimité de la propriété privée, l’enseignement catholique rappelle que les ressources de la terre doivent contribuer au bien de tous, y compris des générations futures. La réflexion du Pape s’est ensuite portée sur l’exercice du pouvoir politique. Citant le Concile, il a rappelé que toute autorité doit rechercher le bien commun, défini comme « l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement ».
Léon XIV a également réaffirmé l’autonomie respective de l’Église et de l’État, tout en soulignant leur vocation à une « saine coopération ». Cette distinction ne signifie pas que les catholiques doivent renoncer à faire entendre les exigences morales de leur foi dans la vie publique.
Enfin, évoquant les conflits qui ensanglantent le monde, le Pape a repris cette condamnation formulée par François dans Fratelli tutti : « La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal ».
Pour conclure, Léon XIV a encouragé les jeunes à s’engager dans la vie économique et politique et demandé aux communautés chrétiennes de relancer la formation à la doctrine sociale de l’Église. Un appel à redécouvrir un enseignement trop souvent méconnu, qui rappelle que la charité chrétienne ne dispense jamais de la justice et que la responsabilité envers la cité fait partie des devoirs du fidèle.
LÉON XIV
AUDIENCE GÉNÉRALE
Place Saint-Pierre
Mercredi 4 novembre 2026
Catéchèse. Les documents du Concile Vatican II IV. Constitution Gaudium et spes 8. La foi et la vie sociale, politique et économique (GS, 63-76)
« Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
La dimension sociale fait partie intégrante non seulement de la nature humaine, mais aussi de notre foi en Christ Jésus, en tant qu’héritage précieux que nous recevons de l’incarnation du Fils de Dieu. La Constitution Gaudium et spes(GS) le rappelle dans les chapitres III et IV de la seconde partie, consacrés à la vie économique et sociale et à celle de la communauté politique. Dans ces domaines également, la foi chrétienne offre des critères de discernement.
Les Pères conciliaires soulignent avant tout le danger pour la paix mondiale qui découle des déséquilibres liés à un développement économique inéquitable et non respectueux de la création (cf. GS, 63). Une vision clairvoyante, qui a malheureusement trouvé confirmation à la fin du siècle dernier et que nous constatons encore davantage aujourd’hui. Pour redresser le cap – prévient le Document –, le développement technique ne suffit pas : « de nombreuses réformes sont nécessaires dans la vie économico-sociale ; il y faut aussi, de la part de tous, une conversion des mentalités et des attitudes » (ibid.).
C’est pourquoi Gaudium et spes présente en synthèse la vision chrétienne du développement économique, qui doit toujours être au service de l’homme et sous le contrôle de l’homme (cf. GS, 64-65). Le concept de développement intégral apparaît déjà clairement ici, concept que saint Paul VI placera ensuite au centre de son Encyclique Populorum progressio (1967). Les appels à s’engager pour éliminer les discriminations à l’encontre des groupes sociaux les plus vulnérables et des migrants sont plus que jamais d’actualité (cf. GS, 66).
Le cœur de l’économie est le travail. C’est à travers lui que l’homme s’épanouit en tant que personne, subvient aux besoins de sa famille, exprime ses talents, participe à la vie sociale et construit un monde meilleur en collaborant à l’œuvre créatrice de Dieu. Le travail ne peut jamais être détourné au détriment des personnes, du bien commun ou de la création. Le véritable défi consiste à offrir à tous l’opportunité de mettre à profit leurs capacités : le chômage, l’exploitation et les conditions de travail qui mettent en danger la santé et même la vie sont inacceptables (cf. GS, 67). Les travailleurs ont le droit et le devoir de participer aux décisions qui concernent leur activité, y compris au sein d’associations, en réglant les conflits par le dialogue et des actions non violentes (cf. GS, 68).
Dans ce contexte, le Concile rappelle l’un des principes fondamentaux de l’enseignement social, à savoir la destination universelle des biens de la terre (cf. GS, 69), et l’applique au domaine financier, en affirmant que « tous ceux qui décident de ces investissements, comme de l’organisation de la vie économique (individus, groupes, pouvoirs publics) doivent […] d’une part, prendre des dispositions pour faire face aux nécessités d’une vie décente, tant pour les individus que pour la communauté tout entière et, d’autre part, prévoir l’avenir et assurer un juste équilibre entre les besoins de la consommation actuelle, individuelle et collective, et les exigences d’investissement pour la génération suivante » (GS, 70).
Gaudium et spes aborde ensuite la communauté politique, en soulignant plusieurs signes positifs de l’époque contemporaine, notamment le fait que « la conscience de la dignité humaine est devenue plus vive. D’où, en diverses régions du monde, l’effort pour instaurer un ordre politico-juridique dans lequel les droits de la personne au sein de la vie publique soient mieux protégés » (GS, 73).
La communauté politique existe au service du bien commun, qui consiste en « l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement » (GS, 74). Et c’est toujours vers le bien commun que doit tendre l’exercice de l’autorité politique, qui s’organise et agit en fonction des circonstances locales et historiques, mais en ayant toujours à cœur le bien de toute la famille humaine (cf. ibid.).
Gaudium et spes réaffirme que « sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération » (GS, 76).
Très chers amis, s’engager dans l’économie et la politique selon ces critères est une manière de construire la paix. Comme le rappelait le pape François, « la guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal » (Lettre encyclique Fratelli tutti, 261). Au contraire, la politique qui prend soin des blessures des peuples et de ceux qui subissent l’injustice offre des raisons d’espérer pour l’avenir de l’humanité.
C’est pourquoi j’encourage les jeunes à suivre l’exemple de ces hommes et de ces femmes qui, dans ces domaines, ont donné un bon témoignage. Et je renouvelle mon appel aux communautés chrétiennes afin que soit relancée la formation à la doctrine sociale de l’Église.
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Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins venus de la Guinée Conakry, de la Belgique, de la France et du Cameroun.
Frères et sœurs, puissent nos communautés chrétiennes devenir des havres de paix et de justice, afin de soutenir le développement intégral de notre société.
Que Dieu vous bénisse ! »
Source Vatican


