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Église d’Allemagne : comment les évêques veulent modifier le missel pour le rendre plus « inclusif »

cathédrale de Cologne- Depositphotos
cathédrale de Cologne- Depositphotos
Les évêques allemands préparent une révision du missel romain qui pourrait modifier certaines formulations liturgiques. Le projet ravive également un désaccord ancien sur les paroles de la consécration, malgré les recommandations de Benoît XVI

Le missel actuellement utilisé dans les pays germanophones, dont l’édition remonte à 1975, pourrait connaître une importante évolution. Selon un entretien accordé au portail catholique allemand Katholisch.de, le père Marius Linnenborn, directeur de l’Institut liturgique allemand de Trèves et responsable du projet, a présenté les grandes orientations d’une révision dont l’entrée en vigueur est envisagée pour 2033. Officiellement qualifiée de « modérée », cette réforme soulève pourtant des interrogations qui dépassent largement les questions de traduction.

L’une des orientations annoncées concerne l’adoption d’un langage aussi « inclusif » que possible. Les rédacteurs souhaitent notamment remplacer certaines formulations exclusivement masculines par des expressions mentionnant explicitement les femmes. Ainsi, lorsque les textes s’adressent aux « frères », l’ajout des « sœurs » pourrait être privilégié. Les formulations présentant Dieu à travers des images fortement masculines feront également l’objet d’une attention particulière. Cette volonté d’adaptation linguistique pose une question fondamentale : jusqu’où peut-on modifier les mots de la liturgie sans altérer leur portée théologique ? Car le missel n’est pas un simple recueil de textes religieux. Il constitue l’expression normative de la prière de l’Église, dépositaire d’une tradition qui ne saurait être entièrement soumise aux évolutions culturelles contemporaines.

Mais le point le plus sensible concerne les paroles prononcées par le prêtre lors de la consécration du vin. Depuis plusieurs décennies, le missel allemand emploie la formule für alle, « pour tous », pour traduire l’expression latine pro multis. Or, en 2012, Benoît XVI avait expressément demandé aux évêques germanophones de revenir à une traduction plus fidèle au texte latin, für viele, « pour beaucoup ».

Dans une lettre adressée le 14 avril 2012 à Mgr Robert Zollitsch, alors président de la Conférence épiscopale allemande, le pape allemand expliquait que la traduction « pour tous » constituait davantage une interprétation théologique qu’une traduction littérale. Il demandait de conserver la distinction entre le texte transmis par l’Écriture et l’explication doctrinale qui peut en être donnée. Pour Benoît XVI, il ne s’agissait nullement de remettre en cause l’universalité du salut offert par le Christ. L’Église enseigne que Jésus est mort pour tous les hommes. Mais les paroles de l’institution eucharistique, telles que les rapportent saint Matthieu et saint Marc, possèdent une formulation particulière que la liturgie doit respecter.

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Quatorze ans plus tard, cette demande pourrait rester sans traduction concrète dans le futur missel germanophone. Le père Linnenborn estime en effet que les évêques pourraient conserver la formule « pour tous », à l’image du missel italien approuvé sous le pontificat du pape François. Il ne s’agit toutefois, à ce stade, que d’une perspective : aucune décision définitive n’a été arrêtée.

Cette situation révèle une tension persistante entre deux exigences : rendre les textes liturgiques compréhensibles aux fidèles et préserver leur fidélité aux formulations reçues de la tradition. L’enjeu n’est pas seulement linguistique. Il touche à la manière dont l’Église transmet le mystère eucharistique et comprend son propre rapport à l’héritage doctrinal.

Le calendrier prévoit une consultation publique dès novembre 2026, suivie d’une phase d’expérimentation dans certaines paroisses et communautés religieuses, du mercredi des Cendres à la fin juin 2027. Les évêques devront ensuite examiner les textes avant leur transmission au Saint-Siège pour approbation. Le dernier mot reviendra donc à Rome, sous le pontificat de Léon XIV. Et une question demeure : une réforme liturgique peut-elle se limiter à être « modérée » lorsqu’elle touche à la fois au langage de la prière et aux paroles les plus sacrées de la messe ?

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