C’est une page importante de la vie religieuse des Yvelines qui s’apprête à se tourner. Les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre ont annoncé la fermeture progressive de leur prieuré de Béthanie, situé à Blaru, après plus de cinquante années de présence. Cette décision, rendue publique au début du mois de novembre 2026, s’accompagne d’un nouveau projet d’implantation au sanctuaire Notre-Dame de Pontmain, en Mayenne, à l’invitation de Mgr Matthieu Dupont, évêque de Laval.
La décision a été prise lors du chapitre général de la congrégation, réuni à Paris du 1er au 15 octobre 2026. Cette assemblée, chargée de définir les grandes orientations de la vie religieuse, a notamment examiné les difficultés économiques et les évolutions démographiques auxquelles les communautés doivent aujourd’hui faire face. Le prieuré de Béthanie, construit en 1972 puis agrandi au fil des décennies, est devenu un lieu d’accueil spirituel apprécié. Retraites, temps de prière, adoration eucharistique et séjours de ressourcement y ont rythmé la vie de nombreuses personnes venues chercher le silence et le recueillement. Mais l’entretien de cet ensemble immobilier représente désormais une charge financière considérable. Les religieuses expliquent également que son fonctionnement nécessite un recours croissant à des salariés extérieurs, devenu difficilement compatible avec les moyens de la congrégation.
Dans leur communiqué officiel, elles reconnaissent le caractère éprouvant de cette décision : « Cette décision, douloureuse mais nécessaire, a été prise avec gravité. »
Il ne s’agit cependant pas d’une fermeture immédiate. Les Bénédictines ont annoncé qu’elles maintiendraient leur présence à Béthanie pendant au moins une année supplémentaire. Le devenir définitif des bâtiments reste à préciser.
Cette réorganisation intervient dans un contexte plus large de réflexion sur l’avenir de la congrégation. Le chapitre général a notamment abordé la question du vieillissement des communautés et la nécessité d’adapter leur organisation aux forces disponibles. La nouvelle prieure générale, Mère Marie Donatienne, qui succède à Mère Marie Élie, a souligné l’importance de prendre en compte la pyramide des âges dans les décisions à venir. Ces difficultés ne signifient pas pour autant l’abandon de la mission spirituelle des Bénédictines. Au contraire, la congrégation souhaite privilégier des communautés plus petites, capables de maintenir un équilibre entre la prière, la vie fraternelle et l’accueil des fidèles.
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’ouverture annoncée d’une nouvelle communauté à Pontmain.
Ce sanctuaire marial, situé dans le diocèse de Laval, occupe une place particulière dans l’histoire religieuse française. Le 17 janvier 1871, en pleine guerre franco-prussienne, plusieurs enfants affirmèrent y avoir vu la Vierge Marie. L’apparition, reconnue par l’Église, donna naissance à un important lieu de pèlerinage, associé à un message d’espérance et de confiance dans la prière. Dans un communiqué publié le 5 novembre, Mgr Matthieu Dupont s’est réjoui de l’arrivée prochaine des religieuses. Leur présence doit contribuer au développement spirituel du sanctuaire dans le cadre du projet pastoral « Pontmain 2031 ». Les Bénédictines participeront notamment à la prière liturgique, au service de la sacristie, à l’accueil des pèlerins et à différentes activités pastorales. Cette implantation a été préparée par plusieurs séjours de découverte effectués entre 2025 et 2026.
Fondée dans le rayonnement spirituel du Sacré-Cœur de Montmartre, la congrégation demeure attachée à l’adoration eucharistique, à la liturgie et à une vie communautaire inspirée de saint Benoît. Son histoire témoigne d’une vocation particulière : unir la contemplation à l’accueil de ceux qui cherchent un lieu de prière.
La fermeture annoncée de Béthanie et l’ouverture d’une communauté à Pontmain illustrent ainsi les transformations auxquelles la vie consacrée est confrontée en France. Si les contraintes économiques et le vieillissement imposent parfois des décisions difficiles, les religieuses entendent poursuivre leur mission dans un cadre renouvelé. Pour les fidèles attachés au prieuré de Blaru, cette annonce marque la perspective d’une séparation douloureuse. Pour le sanctuaire de Pontmain, elle ouvre une nouvelle étape, avec l’arrivée d’une communauté appelée à contribuer quotidiennement à la prière et à l’accueil des pèlerins.


