Samedi 7 novembre 2026, dans l’immense stade Centenario de Montevideo, le pape Léon XIV a adressé à la jeunesse uruguayenne un message d’une rare clarté sur le mariage, la famille et la vocation chrétienne. Au cours d’une veillée de prière rassemblant, selon les autorités locales citées par le Saint-Siège, plus de 70 000 personnes dans le stade et 30 000 autres aux alentours, le Souverain Pontife a exhorté les jeunes à ne pas céder à la peur de l’engagement et à redécouvrir la grandeur d’une vie donnée.
« Osez vous-mêmes franchir le pas en vous mariant et en fondant une famille. N’ayez pas peur du “pour toujours” ! »
Cette exhortation résonne particulièrement dans les sociétés occidentales, où le mariage est souvent différé, où la natalité recule et où l’engagement définitif apparaît parfois comme une limitation de la liberté individuelle. Léon XIV prend précisément le contre-pied de cette conception. Pour le Pape, le mariage ne constitue pas une entrave à l’épanouissement personnel, mais une vocation à l’amour fidèle, capable de traverser le temps et les épreuves.
Il poursuit par un appel tout aussi explicite aux époux : « Couples mariés, ouvrez votre foyer à la vie, même lorsque le monde vous dit qu’un enfant est un fardeau. »
Ces paroles s’inscrivent dans la continuité de l’enseignement de l’Église sur l’ouverture à la vie, indissociable de la vocation matrimoniale. Dans la tradition catholique, l’enfant n’est ni un obstacle à la réussite personnelle ni un simple projet soumis aux calculs matériels. Il est une personne à accueillir, un don qui engage la responsabilité et l’amour de ses parents.
Mais le message du Saint-Père dépasse la seule question familiale. Son intervention s’inscrit dans une réflexion plus profonde sur la progression de la sécularisation et de l’indifférence religieuse. Le Pape constate que, dans de nombreuses sociétés, la foi ne se transmet plus avec la même évidence qu’autrefois. Les catholiques doivent désormais apprendre à vivre et à témoigner dans des environnements où ils deviennent minoritaires. Pour illustrer cette situation, Léon XIV choisit l’image de Bethléem. Petite cité sans puissance apparente, elle fut pourtant choisie par Dieu pour accueillir la naissance du Sauveur. La faiblesse numérique ou sociale des croyants ne signifie donc nullement l’insignifiance de leur mission. Le Pape avertit également que vouloir organiser l’existence humaine sans Dieu comporte un danger spirituel et anthropologique majeur : celui de perdre progressivement le sens de la dignité et de la vocation de l’homme. Face à cette tentation, il invite les fidèles à remettre le Christ au centre de leur existence par la prière, la messe, la confession et la méditation de l’Évangile.
L’appel au mariage prend alors toute sa profondeur. Il ne s’agit pas simplement d’encourager la constitution de familles, mais de rappeler que la fidélité, le don de soi et l’accueil de la vie sont des formes concrètes du témoignage chrétien. Dans le même mouvement, Léon XIV encourage ceux qui discernent un appel au sacerdoce ou à la vie consacrée à ne pas étouffer leur vocation par crainte de renoncer à d’autres possibilités. La liberté chrétienne ne consiste pas à conserver indéfiniment toutes les options ouvertes, mais à répondre pleinement à l’appel reçu.
Enfin, le Souverain Pontife exhorte les jeunes à refuser une existence spirituellement médiocre. Il les invite à rechercher la sainteté, à pratiquer le pardon et à servir les autres, même lorsque ces choix exigent des sacrifices. Son message est celui d’une espérance exigeante : le bonheur véritable ne se construit pas dans la peur de se donner, mais dans la fidélité à un amour qui engage toute une vie.À Montevideo, Léon XIV a ainsi rappelé à une génération souvent confrontée à l’incertitude que le mariage, la famille et la transmission de la vie demeurent des chemins privilégiés de sainteté et d’espérance.
Texte intégral du discours du pape Léon XIV en français
VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV EN URUGUAY, EN ARGENTINE ET AU PÉROU (6-17 NOVEMBRE 2026)
VEILLÉE DE PRIÈRE
DISCOURS DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
Stade Centenario, Montevideo
Samedi 7 novembre 2026
« Chers frères et sœurs, cher Uruguay, bonsoir !
Je rends grâce à Dieu pour l’occasion qu’il me donne de me retrouver ici avec vous. Je remercie également le cardinal Sturla, archevêque de Montevideo, pour les paroles de bienvenue qu’il m’a adressées, ainsi que Federica, Giovanni et la famille Gutiérrez Hernández pour la sincérité avec laquelle ils ont partagé leurs témoignages.
Je sais que, derrière ce que l’on peut voir au cours d’une brève visite, il y a des années entières de fidélité. Je pense aux familles qui ont transmis la foi, aux prêtres et aux personnes consacrées qui ont donné leur vie, aux laïcs, dont beaucoup sont jeunes, qui soutiennent leurs communautés, ainsi qu’à toutes les personnes qui se mettent au service des autres par amour de Dieu.
Merci d’avoir rendu Jésus-Christ présent dans tant de vies. Il nous a choisis pour que nous allions et que nous portions du fruit (cf. Jn 15, 16), et peut-être une grande partie de ce fruit demeure-t-elle là où nous-mêmes ne parvenons même pas à le voir. L’Église vous en est profondément reconnaissante.
Être avec vous ce soir me permet de partager une réflexion sur une réalité que connaissent aujourd’hui de nombreuses communautés chrétiennes : la progression de la sécularisation et d’une indifférence religieuse de plus en plus répandue.
Dans de nombreux endroits, la foi a cessé de se transmettre avec le naturel qui caractérisait les générations précédentes, et le nombre de ceux qui traversent une grande partie de leur existence sans relation habituelle avec l’Église ni avec la pratique religieuse ne cesse d’augmenter.
Les croyants qui cheminent en Uruguay ont dû apprendre à vivre et à annoncer leur foi dans ce contexte, comme nous avons pu l’entendre ce soir. C’est pourquoi leur expérience peut aider des frères et sœurs d’autres régions du monde qui commencent à découvrir, de différentes manières, ce que signifie être une minorité.
Mais, même dans ces circonstances, certains persévèrent : des parents qui prient avec leurs enfants, des enseignants qui s’efforcent de vivre et de témoigner de leur foi, des jeunes qui ont découvert le Christ et désirent le suivre même lorsqu’ils se sentent seuls, des communautés qui continuent de se réunir et des prêtres qui parcourent de grandes distances pour apporter les sacrements aux fidèles.
En pensant à tout cela, une petite ville biblique me revenait sans cesse à l’esprit : Bethléem.
Le prophète Michée l’avait appelée « petite parmi les clans de Juda » (5, 2) ; saint Matthieu, en revanche, dira : « Tu n’es certes pas la moindre » (2, 6).
Bethléem demeurait petite. Rien n’avait changé dans sa taille ni dans son importance politique. Peut-être Bethléem peut-elle nous enseigner quelque chose sur cette réalité : lorsque nous sommes peu nombreux, lorsque nos forces diminuent ou lorsque nous constatons que notre présence sociale n’est plus la même, nous risquons de commencer à juger notre situation selon des critères trop humains.
L’Évangile nous invite à regarder autrement. Dieu a choisi Bethléem, et ce choix suffit pour que nous ne confondions pas petitesse et insignifiance.
Il suffit de penser à l’Eucharistie : le Seigneur de l’univers présent sous les humbles apparences du pain et du vin !
Cette même logique divine se manifeste déjà dans sa naissance. Saint Luc nous raconte que, lorsque vint le moment de l’accouchement, « il n’y avait pas de place pour eux » (2, 7).
Tout était occupé. Peut-être pouvons-nous voir dans cette phrase une image de l’indifférence actuelle. La vie se remplit d’occupations, d’affections, de projets et de distractions, jusqu’à ce que l’absence de Dieu cesse d’être ressentie comme une absence.
On peut en arriver à vivre sans Le chercher et, plus encore, sans se rendre compte à quel point nous avons besoin de Lui.
Et pourtant, le Christ vient, mais la maison est pleine. Il n’y a pas de place à l’intérieur et Il finit par être couché dans une mangeoire. Peu après, Hérode cherchera à Le faire mourir, incapable de supporter une royauté qu’il ne contrôle pas.
Il y a quelque chose de Bethléem qui continue de se répéter : Dieu peut être considéré comme inutile et la foi reléguée à la sphère privée, comme si elle n’avait rien à apporter à la vie commune.
Lorsque l’on prétend construire un monde sans Dieu, on risque de ne plus laisser de place à l’homme non plus.
Mais rien de tout cela ne change la réalité : cet Enfant est Dieu et Il vient nous sauver. Et dans ce « nous », nous sommes tous inclus, car l’indifférence peut aussi s’introduire peu à peu dans la vie de ceux qui croient.
Bethléem nous pose une question très simple : y a-t-il une place pour Lui ?
Une place dans notre temps, dans notre manière de penser, dans nos foyers ; une place pour L’écouter, pour recevoir son pardon, pour nous laisser corriger par sa Parole.
Nous devons garder le Christ au centre de notre vie par la prière, la messe, la confession et la lecture méditée de l’Évangile.
Nous devons tous redevenir, encore et encore, des disciples. Si nous voulons que d’autres rencontrent le Christ, nous devons connaître personnellement le chemin qui conduit à Bethléem.
À Bethléem vinrent également des mages qui avaient aperçu une étoile au loin. Ils n’étaient pas des spécialistes des Écritures, ils ne savaient pas où leur voyage les conduirait et ils ne pouvaient même pas expliquer ce qu’ils cherchaient.
Mais cette lumière avait éveillé en eux une inquiétude qui les avait mis en route.
Chers amis, avec humilité et simplicité, vous pouvez refléter la lumière du Christ dans votre vie.
Il y a peut-être des personnes qui n’ouvriront jamais une Bible de leur propre initiative, qui n’ont pas mis les pieds dans une église depuis des années ou qui ne savent même pas dire si elles croient en Dieu.
Mais en vous voyant, le désir et la recherche de Dieu peuvent s’éveiller en elles. Elles peuvent découvrir qu’il vaut la peine d’engager toute sa vie.
Chers jeunes amis, osez vous-mêmes franchir le pas en vous mariant et en fondant une famille. N’ayez pas peur du « pour toujours » !
Vous qui êtes mariés, ouvrez votre foyer à la vie, même lorsque le monde vous dit qu’un enfant est un fardeau.
Si l’un d’entre vous sent que le Christ l’appelle à tout quitter pour Le suivre dans le sacerdoce ou dans la vie consacrée, qu’il n’ignore pas cette voix par peur de perdre d’autres possibilités.
Lorsque le fait d’être juste et honnête aura un prix, payez-le.
Lorsque pardonner semblera être une défaite, pardonnez.
Lorsque tout le monde vous dira de penser d’abord à vous-mêmes, n’ayez pas peur de vous faire les derniers. Soyez capables de donner votre temps, votre argent, votre confort et vos projets pour servir les autres.
Que celui qui vous regarde puisse se demander : « Pourquoi vit-il ainsi ? D’où lui vient cette liberté ? Pourquoi s’aiment-ils autant ? »
L’étoile qu’avaient vue les mages n’était pas le but. Sa mission était de conduire à Bethléem, là où se trouve le Christ.
Si notre vie suscite une question, elle aura porté du fruit lorsque cette question aura conduit quelqu’un jusqu’à Jésus.
Pour éclairer beaucoup, il n’est pas nécessaire d’être nombreux, mais de refléter la lumière du Seigneur.
Saint Luc nous conduit maintenant vers une autre scène : des bergers qui passent la nuit à veiller sur leurs troupeaux.
Ils n’ont pas suivi l’étoile, ils n’ont entrepris aucun voyage et ne semblent rien chercher. Ils sont simplement au milieu de leur vie, accomplissant ce qu’ils font chaque nuit.
Et c’est précisément là que Dieu vient à leur rencontre :
« Ne craignez pas, car je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2, 10).
C’est de cette annonce que s’inspire la devise de ma visite parmi vous : « Je vous annonce une grande joie ! »
Ces paroles devraient toujours occuper une place centrale dans la vie de l’Église.
Les bonnes nouvelles ont besoin de témoins. Et nous en avons reçu une qui mérite d’être proclamée au monde entier : Jésus-Christ ! Le Fils de Dieu s’est fait homme ! Dieu est avec nous !
Grâce à Lui, nous savons que le péché peut être pardonné.
Nous pouvons accompagner celui qui est en train de mourir et lui dire que sa vie ne s’achèvera pas dans le néant.
Nous pouvons apporter du pain et du vin à l’autel et recevoir son Corps et son Sang.
Nous pouvons dire à celui qui est tombé : « Relève-toi, tu peux encore recommencer. »
Regardez ce qui nous a été confié !
Jésus-Christ est notre espérance !
La société peut trouver dans d’autres institutions beaucoup de choses très précieuses, mais aucune ne peut remplacer l’annonce que l’amour de Dieu est plus fort que la mort, la haine, la violence, la guerre et le péché.
Voilà la joie que nous portons, voilà la joie que le Pape vient vous rappeler.
Remarquons que l’ange ajoute que cette joie est destinée à « tout le peuple ».
Il ne dit pas : « à ceux qui l’attendaient », ni « à ceux qui seront parfaits ».
Certaines personnes, comme les mages, sont déjà en recherche et nous devons les accompagner sur leur chemin.
D’autres, en revanche, comme les bergers de Bethléem, ne cherchent rien. C’est à elles que cette joie doit aller à la rencontre, au milieu de leur nuit.
Après avoir entendu l’annonce, les bergers se dirent : « Allons jusqu’à Bethléem » (Lc 2, 15).
Ils y trouvèrent Marie, Joseph et l’Enfant.
L’évangéliste ajoute qu’ils retournèrent à leurs champs « glorifiant et louant Dieu » (Lc 2, 20).
Ils retournèrent au même travail, sur les mêmes chemins, probablement avec les mêmes problèmes.
Mais eux n’étaient plus les mêmes. Ils avaient rencontré le Christ.
Chers amis, que cette rencontre soit pour vous comme Bethléem, afin que vous retourniez à votre vie d’une manière nouvelle !
Que le Christ entre véritablement dans ce que vous faites, dans ce que vous aimez, dans ce que vous choisissez, jusque dans ce que personne ne voit.
Soyez saints !
Ne vous contentez pas d’une vie simplement correcte ni d’une foi d’habitude qui se satisfait du strict nécessaire.
Ne donnez pas à Dieu seulement une partie de vous-mêmes : donnez-vous entièrement !
Être saint signifie être un homme ou une femme débordant de l’abondance de la vie dans le Christ, libre et authentique, une personne dont la vie donne envie de dire un oui sans réserve à l’amour, à la vérité et au bonheur.
N’ayez pas peur d’aspirer à cela.
Le Christ ne nous a pas appelés à la médiocrité. Il nous a appelés à une vie nouvelle et pleine, comme la sienne.
Chers frères et sœurs, cher Uruguay, que l’on voie que nous sommes allés à Bethléem !
Que l’on voie que le Christ est vivant et que Le rencontrer change tout.
Ce même Jésus qui est né à Bethléem, qui est mort et ressuscité, vit pour toujours et demeure avec nous.
Le Christ nous attend, réellement présent dans l’Eucharistie.
Comme il est beau que Bethléem signifie précisément « maison du pain » !
C’est là qu’est né Celui qui allait se donner à nous comme Pain de Vie.
Et aujourd’hui, nous pouvons continuer à Le rencontrer, si proche et si humble, dans chaque tabernacle.
Cherchez-Le là, dans l’adoration eucharistique.
Parlez-Lui comme à un ami et laissez-vous regarder par Lui.
Plaçons également notre vie sous le regard de Notre-Dame des Trente-Trois.
Qu’Elle, Étoile du matin qui nous conduit vers son Fils, nous apprenne à Le reconnaître et à Le suivre.
Demandons au Seigneur la grâce de répondre toujours, comme Elle, à son appel :
« Me voici, Seigneur, voici ton serviteur, ta servante, qu’il soit fait en moi selon ta volonté ! »
Merci beaucoup. »
Source Vatican


