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Accord Vatican-Chine : Human Rights Watch alerte sur une aggravation de la persécution des catholiques

église Saint-Joseph de Wangfujing, à Pékin - Depositphotos
église Saint-Joseph de Wangfujing, à Pékin - Depositphotos
Un rapport accablant met en lumière une intensification du contrôle idéologique et des mesures coercitives contre les fidèles, tandis que l’accord de 2018 est accusé d’avoir fragilisé durablement les communautés clandestines restées fidèles à Rome

L’accord signé en 2018 entre le Saint-Siège et Pékin, destiné à encadrer la nomination des évêques et à apaiser des décennies de tensions, se trouve aujourd’hui au centre de critiques renouvelées. Dans un rapport récent, Human Rights Watch, organisation non gouvernementale basée à New York et reconnue pour ses enquêtes sur les violations des libertés fondamentales à travers le monde, affirme que cet accord a contribué à renforcer la pression exercée sur les catholiques en Chine.

Selon l’organisation, la politique de « sinisation » des religions menée par Xi Jinping depuis 2016 a profondément transformé le paysage religieux. Les lieux de culte doivent désormais refléter l’idéologie du Parti communiste, tandis que la pratique religieuse est soumise à une surveillance constante et à des restrictions croissantes.

Dans ce contexte, les quelque 12 millions de catholiques du pays sont confrontés à un durcissement notable des conditions de vie religieuse. Le contrôle ne se limite plus à l’encadrement administratif : il touche désormais la prédication, la formation du clergé et même la vie quotidienne des fidèles. L’un des points les plus controversés concerne les effets concrets de l’accord de 2018 sur les communautés clandestines. Historiquement fidèles à Rome, ces dernières refusent de rejoindre l’Association patriotique catholique chinoise, organe contrôlé par l’État. Or, selon Human Rights Watch, l’accord a servi de cadre pour accentuer la pression visant à les intégrer de force.

Depuis sa signature, de nombreux cas d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’assignations à résidence ont été documentés. Des évêques et prêtres refusant de se soumettre aux autorités ont été arrêtés ou marginalisés, tandis que d’autres ont été contraints de rejoindre l’Église officielle. Le mécanisme de nomination des évêques reste lui aussi critiqué. Bien que le pape conserve théoriquement un droit de veto, celui-ci n’a jamais été exercé, y compris après des violations de l’accord par les autorités chinoises.

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Le pape Léon XIV, en fonction depuis mai 2025, a validé plusieurs nominations proposées par Pékin, ce qui alimente les interrogations sur la portée réelle de cet équilibre diplomatique.

Sur le terrain, les conséquences sont visibles. Des églises ont été détruites ou transformées, des symboles religieux retirés, et des communautés dispersées. Dans certaines régions, les fidèles doivent contourner la surveillance en organisant des rassemblements discrets, parfois sous couvert d’événements privés. Des témoignages évoquent également un sentiment d’abandon au sein des catholiques clandestins. Habitués à la pression du régime, certains estiment désormais ne plus pouvoir compter pleinement sur le soutien de Rome, une perception qui fragilise davantage ces communautés.

Parallèlement, les autorités ont renforcé leur contrôle sur les églises officielles elles-mêmes. Les prêtres sont soumis à des formations idéologiques régulières, leurs homélies doivent être validées, et toute activité religieuse est strictement encadrée. L’accès des enfants aux églises est souvent limité, et l’enseignement religieux, y compris dans le cadre familial, fait l’objet de restrictions croissantes. De nouvelles réglementations imposent également au clergé de remettre leurs documents de voyage aux autorités, rendant tout déplacement dépendant d’une autorisation préalable. Cette mesure s’inscrit dans une volonté plus large de contrôler les liens avec l’étranger, y compris avec le Saint-Siège.

L’ensemble de ces éléments s’inscrit dans une stratégie globale du pouvoir chinois, qui ne reconnaît que cinq religions autorisées et entend les aligner sur les principes du socialisme et les intérêts du Parti. Face à cette situation, Human Rights Watch appelle le Vatican et les gouvernements à intervenir pour défendre la liberté religieuse en Chine. Le rapport souligne une tension persistante, celle entre le maintien d’un dialogue diplomatique avec Pékin et la nécessité de protéger concrètement les fidèles confrontés à une répression croissante. Le 7 avril 2026, l’organisation a transmis ses conclusions aux autorités chinoises et au Saint-Siège. À ce jour, aucune réponse officielle n’a été apportée.

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