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Elections au Brésil : Dieu au cœur du duel entre Lula et Flávio Bolsonaro

Le Christ Rédempteur, au sommet du Corcovado, dominant la ville de Rio de Janeiro au Brésil. - Depositphotos
Le Christ Rédempteur, au sommet du Corcovado, dominant la ville de Rio de Janeiro au Brésil. - Depositphotos
" Décréter que le Brésil appartient au Seigneur Jésus-Christ"

Au Brésil, Dieu est omniprésent dans la campagne présidentielle. Prières publiques, rencontres avec des pasteurs, références à la Bible, chants gospel et déclarations de foi : à trois semaines du second tour, Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro cherchent tous deux à convaincre un électorat chrétien dont le poids peut être décisif. Le résultat du premier tour permet de mesurer l’enjeu. Dimanche 4 octobre, Flávio Bolsonaro a obtenu 47,03 % des suffrages valides, contre 45,16 % pour Lula. L’écart est faible à l’échelle d’un pays de plus de 200 millions d’habitants, mais le vote révèle une fracture religieuse particulièrement nette.

Quelques jours avant le scrutin, Datafolha mesurait Lula à 50 % parmi les électeurs catholiques, contre 32 % pour Flávio Bolsonaro. Chez les évangéliques, le rapport s’inversait spectaculairement : Bolsonaro recueillait 52 %, Lula seulement 26 %. Deux électorats chrétiens, deux rapports très différents aux candidats. Cette réalité explique l’intense activité déployée par Flávio Bolsonaro auprès des Églises évangéliques. Le fils de l’ancien président Jair Bolsonaro s’est rapproché de plusieurs des plus puissants réseaux pentecôtistes du pays. Parmi eux figurent l’Assembleia de Deus Vitória em Cristo, liée au pasteur Silas Malafaia, mais aussi les branches de Madureira et de Belém de l’Assemblée de Dieu. Ces réseaux représentent des milliers de communautés locales et disposent d’une capacité de mobilisation considérable.

Flávio Bolsonaro – Wiki

Flávio Bolsonaro ne se contente pas de rencontrer leurs responsables. Il a intégré un vocabulaire explicitement religieux à sa campagne. CNN Brasil a relevé ses références répétées au « propósito », le dessein de Dieu, ainsi que cette affirmation : « Dieu me prépare ». Lorsqu’il envisage son éventuelle accession à la présidence, il emploie encore cette expression : « si Dieu m’honore ».

Une déclaration a particulièrement marqué la campagne. Devant un public évangélique, le candidat a annoncé que l’un de ses premiers gestes à la présidence serait de « décréter que le Brésil appartient au Seigneur Jésus-Christ ».

Devant la polémique provoquée par cette formule dans un État constitutionnellement laïque, son équipe a ensuite précisé qu’il s’agissait d’un engagement symbolique et spirituel, et non d’un véritable décret doté d’effets juridiques.

Mais Lula ne laisse certainement pas le terrain religieux à son adversaire

Le président sortant, dont le Parti des travailleurs a longtemps entretenu des relations difficiles avec une partie du monde évangélique, a lui aussi multiplié les signes adressés aux croyants. Au début de la campagne officielle, CNN Brasil relevait en moyenne trois références à Dieu par discours de Lula. Avant certaines de ses prises de parole était diffusé Tapete Vermelho, un chant gospel devenu l’un des morceaux emblématiques de sa campagne. Le PT a également produit du matériel électoral spécifiquement destiné aux chrétiens évangéliques. Un document intitulé « Por que votamos em Lula? », « Pourquoi votons-nous pour Lula ? », associait des propositions politiques à des références bibliques. Le parti a parallèlement cherché à mettre davantage en avant ses militants et candidats évangéliques afin de réduire l’avantage acquis par la famille Bolsonaro dans ce milieu.

Lula – Wiki

La campagne de Lula a même envisagé l’organisation d’un grand événement consacré aux évangéliques. L’idée a provoqué des discussions dans son propre camp : certains responsables redoutaient précisément qu’une opération trop ostensiblement électorale soit perçue comme artificielle par les croyants qu’elle cherchait à séduire.

Lire l’article : https://tribunechretienne.com/on-ne-prepare-pas-lavenir-de-leglise-en-prenant-conge-de-ses-racines/

Le phénomène prend une importance particulière en raison de la profonde transformation religieuse du Brésil. Selon le recensement de 2022, rendu public par l’Institut brésilien de géographie et de statistique, les catholiques représentent désormais 56,7 % de la population âgée de dix ans et plus. Ils étaient 65,1 % en 2010. Dans le même temps, les évangéliques sont passés de 21,6 % à 26,9 %. Le Brésil demeure ainsi le plus grand pays catholique du monde par le nombre de fidèles, mais son paysage chrétien s’est profondément recomposé. Les urnes permettent désormais d’observer cette recomposition politiquement. Dans les municipalités où la présence évangélique est la plus forte, Flávio Bolsonaro a atteint 52 % des suffrages valides au premier tour.

Lula conserve davantage de force dans les territoires les plus catholiques, mais il y aurait perdu onze points par rapport au scrutin précédent. La religion n’explique évidemment pas seule ces résultats : revenus, géographie, niveau d’éducation et politiques sociales jouent également un rôle. Il existe enfin un paradoxe particulièrement révélateur.

Une enquête ISER/Quaest réalisée avant l’élection indiquait que 83 % des personnes interrogées refusaient que prêtres ou pasteurs leur indiquent pour quel candidat voter. 82 % ne souhaitaient pas que la politique électorale soit discutée pendant les célébrations religieuses et 90 % rejetaient les campagnes électorales à l’intérieur des lieux de culte. Les candidats parlent donc beaucoup de Dieu, mais les croyants brésiliens ne semblent pas pour autant vouloir remettre leur bulletin de vote entre les mains de leurs responsables religieux. C’est toute l’ambiguïté de cette présidentielle : dans une société où la foi demeure extrêmement présente, Lula et Flávio Bolsonaro savent que le vote chrétien sera l’un des grands enjeux du second tour, mais aucun ne peut considérer catholiques ou évangéliques comme un électorat acquis.

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