Depuis 2000 ans

[ Crise migratoire de Ceuta] Monseigneur Luis Argüello s’indigne d’une certaine hypocrisie : « La biopolitique joue avec la vie… L’invasion de Ceuta est un test. La démographie est une arme » :

Monseigneur Luis Argüello  - Ceuta Depositphotos)
Monseigneur Luis Argüello - Ceuta Depositphotos)
Le président de la Conférence épiscopale espagnole déclare que la crise de Ceuta ne constitue pas seulement une urgence migratoire : elle révèle une nouvelle forme de guerre où les populations deviennent des instruments de pression

Les mots sont rares, surtout dans la bouche du président de la Conférence épiscopale espagnole. Dans un message publié le 2 août sur le réseau social X, Mgr Luis Argüello a livré une analyse sans détour de la crise qui frappe Ceuta depuis l’entrée massive de dizaines de milliers de migrants en provenance du Maroc :

« La biopolitique est essentielle dans le pouvoir mondial actuel. On joue avec la vie et on utilise les personnes – leurs rêves, leur faim, leur sexualité et leurs données – au profit du pouvoir et de l’argent. Les migrations font partie de cette stratégie. L’invasion de Ceuta est un test. La démographie est une arme. » Par cette déclaration, l’archevêque de Valladolid rompt avec le vocabulaire habituellement employé par les responsables ecclésiastiques lorsqu’ils abordent les questions migratoires. Il ne parle ni de « flux » ni simplement de « crise humanitaire », mais d’« invasion » et surtout d’une instrumentalisation délibérée des populations.

Né le 16 mai 1953 à Meneses de Campos (Espagne), Mgr Luis Argüello est prêtre depuis 1986. Ancien recteur du séminaire de Valladolid, il est devenu évêque auxiliaire en 2016 puis archevêque de Valladolid en 2022. Élu président de la Conférence épiscopale espagnole en mars 2024, il s’est imposé comme l’une des principales voix de l’Église catholique en Espagne sur les questions de société et de liberté religieuse.

Selon le prélat espagnol, les migrants ne sont pas les véritables acteurs de cette crise : ils en sont les premières victimes. Ils sont utilisés comme des instruments de pression dans une stratégie de puissance où la démographie devient une arme politique.

Cette lecture rejoint celle de nombreux observateurs qui voient dans les événements de Ceuta une opération de déstabilisation orchestrée par le Maroc afin d’exercer une pression sur l’Espagne et, plus largement, sur l’Union européenne. L’ampleur de la crise est sans précédent.

Selon les chiffres repris par ACI Prensa, près de 60 000 personnes ont franchi illégalement la frontière en quelques jours en contournant à la nage les digues de Tarajal. Au moins 72 migrants auraient perdu la vie durant la traversée, tandis qu’environ 5 000 demeuraient encore dans les rues de Ceuta au moment de la publication de l’article.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/le-cardinal-bustillo-mobilise-les-confreries-corses-un-modele-dont-les-eveques-du-continent-pourraient-sinspirer/

Dans le même temps, le pape Léon XIV a évoqué une « situation alarmante » et appelé à rechercher « des solutions de paix, de stabilité et de justice », sans désigner explicitement les responsables. Un autre évêque espagnol, Monseigneur Xabier Gómez, responsable des migrations au sein de la Conférence épiscopale de Tarragone, a lui aussi reconnu que « nous ne sommes pas face à un drame migratoire ordinaire ». Il a dénoncé ceux qui « utilisent la mobilité humaine comme instrument de pression politique », ceux qui cherchent à créer des « menaces hybrides » ou à transformer « la souffrance d’autrui et la peur en bénéfice électoral ».

Ces prises de parole illustrent un changement de ton significatif dans une partie de l’épiscopat espagnol. Sans renier l’exigence évangélique d’accueillir et d’assister les personnes en détresse, plusieurs évêques rappellent désormais que la charité ne dispense pas d’une analyse lucide des mécanismes géopolitiques qui exploitent la misère humaine à des fins de pouvoir. Pour Mgr Luis Argüello, la crise de Ceuta ne constitue donc pas seulement une urgence migratoire : elle révèle une nouvelle forme de guerre où les populations deviennent des instruments de pression et où, selon sa formule, « la démographie est une arme ».

Recevez chaque jour notre newsletter !