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De Jean-Paul II à Léon XIV : le Meeting de Rimini, quarante-quatre ans d’une foi qui veut encore transformer la société

capture écran meeting de Rimini - Léon XIV ( Depositphotos)
capture écran meeting de Rimini - Léon XIV ( Depositphotos)
Quarante-quatre ans après Jean-Paul II, Léon XIV se rend ce samedi 22 août au Meeting pour l’amitié entre les peuples de Rimini. Derrière ce rendez-vous majeur du catholicisme européen se dessine une même question, de 1982 à 2026 : la foi chrétienne peut-elle encore produire une culture et peser sur les grandes transformations de la société ?

Lorsque Jean-Paul II arrive à Rimini en août 1982, le Meeting pour l’amitié entre les peuples n’a que deux ans. Né dans l’univers de Communion et Libération, le rendez-vous entend alors faire une démonstration ambitieuse : le christianisme ne constitue pas seulement une pratique religieuse ou une morale individuelle. Il possède quelque chose à dire de l’homme, de la société, du travail, de l’économie et de la culture.Quarante-quatre ans plus tard, la venue de Léon XIV donne à cette intuition fondatrice une résonance particulière.

Arrivée de Jean-Paul II au meeting Communion et Libération en 1982
credit @communioneliberazione

Entre les deux pontificats, le monde a changé. L’Église aussi. Mais la question posée à Rimini demeure étonnamment semblable : que devient une foi chrétienne lorsqu’elle renonce à produire une vision du monde ?Jean-Paul II avait répondu avec une formule qui allait profondément marquer Communion et Libération : « Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement accueillie, entièrement pensée, fidèlement vécue. »

Cette phrase permet de comprendre ce que représente réellement le Meeting. Bien davantage qu’un festival catholique, il repose sur la conviction qu’une identité chrétienne solidement assumée ne ferme pas le dialogue avec le monde mais, au contraire, le rend possible.

En 1982, Jean-Paul II inscrit cette ambition dans une Europe encore coupée en deux par le rideau de fer. Le pape polonais connaît personnellement l’affrontement entre christianisme et idéologies. Il vient rappeler aux catholiques qu’ils ne peuvent abandonner la culture aux systèmes politiques ou philosophiques dominants. Son discours s’achève par cet appel : « Construisez sans jamais vous lasser la civilisation de l’amour. »

En 2026, Léon XIV rencontre un autre monde. La fracture n’est plus celle des blocs soviétique et occidental. Elle traverse désormais des sociétés confrontées à l’intelligence artificielle, à la puissance technologique, aux mutations du travail, aux guerres, à l’individualisme et à une interrogation de plus en plus profonde sur ce qui définit l’homme lui-même. Le thème retenu pour cette 47e édition du Meeting, organisée du 21 au 26 août, n’est donc pas anodin : « L’amor che move il sole e l’altre stelle », le dernier vers de la Divine Comédie de Dante. Face à un monde qui mesure toujours davantage sa puissance technique, Rimini choisit de remettre au centre une question beaucoup plus ancienne : qu’est-ce qui fait véritablement vivre l’homme ?

C’est également dans cette perspective que l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV occupe une place importante dans les rencontres de cette édition.

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Le parallèle établi avec Léon XIII est particulièrement éclairant. En 1891, Rerum Novarum affrontait les bouleversements humains et sociaux provoqués par la révolution industrielle. Cent trente-cinq ans plus tard, l’Église se trouve devant une nouvelle révolution, numérique cette fois, dont les conséquences anthropologiques pourraient être plus profondes encore. Le défi n’est donc plus seulement de défendre le travailleur face à la machine, mais de préserver la singularité de l’homme dans un univers où la machine prétend désormais reproduire certaines de ses facultés intellectuelles.

La présence de Léon XIV possède enfin une portée particulière pour Communion et Libération. Le mouvement fondé par don Luigi Giussani a traversé ces dernières années des tensions internes et une période délicate dans ses relations avec le Saint-Siège. Le Meeting lui-même a évolué, multipliant les rencontres et les intervenants au point que certains se sont interrogés sur sa fidélité à son intuition originelle.En choisissant de venir à Rimini, Léon XIV ne règle pas ces débats par un discours. Mais la présence d’un pape constitue nécessairement un signe de confiance et, simultanément, une exigence. Car l’enjeu dépasse largement Communion et Libération.

De Jean-Paul II à Léon XIV, le Meeting de Rimini raconte finalement une interrogation qui traverse tout le catholicisme contemporain : les chrétiens doivent-ils se contenter d’obtenir une place dans une société devenue largement sécularisée, ou ont-ils encore l’ambition de contribuer à en façonner la culture ?

En 1982, Jean-Paul II avait répondu en demandant aux catholiques de construire « la civilisation de l’amour ». Quarante-quatre ans plus tard, dans un monde infiniment plus technologique mais pas nécessairement plus certain de ce qu’est l’homme, Léon XIV revient à Rimini devant, au fond, le même défi : faire en sorte que la foi ne soit pas seulement professée, mais qu’elle redevienne une force capable d’éclairer la culture et la société.

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