Pour protéger sa sécurité et celle de sa famille, Tribune Chrétienne a choisi de ne pas révéler son identité. Nous l’appellerons simplement M.Son histoire commence par un choix profondément intime. En 2018, cet Algérien, père de trois enfants, devient chrétien et rejoint le protestantisme. Il appartient aujourd’hui à l’Église protestante d’Algérie. Quatre ans après sa conversion, en 2022, il reçoit le baptême. Un cheminement religieux qui, raconte-t-il aujourd’hui, va progressivement bouleverser la place de toute sa famille au sein de son environnement.
« Je suis devenu chrétien en 2018 et j’ai reçu le baptême en 2022. Depuis le début de mon parcours chrétien, notre situation dans notre entourage familial et social s’est progressivement dégradée », témoigne M.À l’origine, il y a donc un cheminement personnel, celui d’un homme qui choisit la foi chrétienne. Mais, à mesure que cette nouvelle foi devient connue de son entourage, ce choix cesse de ne concerner que lui. Son épouse et ses enfants se retrouvent eux aussi confrontés aux conséquences de sa conversion. Ce qui commence en 2018 comme un cheminement spirituel devient progressivement une fracture familiale et sociale.
Pourtant, M. refuse toute exagération. Il travaille depuis plusieurs années dans une société d’État, dispose d’un emploi stable et reconnaît lui-même qu’il ne rencontre pas de difficulté particulière avec les autorités dans sa vie professionnelle. « Nous ne rencontrons pas de problème particulier avec l’État dans ma vie professionnelle. Je travaille dans une société d’État depuis plusieurs années et j’ai un emploi stable ainsi qu’un salaire régulier. »
La pression qu’il décrit vient de beaucoup plus près. Elle s’exerce dans la famille, le voisinage, les relations ordinaires. Peu à peu, le vide se serait fait autour d’eux :« Progressivement, certaines personnes de notre entourage ont pris leurs distances avec nous. Des membres de notre famille et des voisins ne nous parlent plus comme auparavant, et nous avons connu de nombreuses difficultés dans nos relations avec notre entourage. »
C’est peut-être là que son témoignage est le plus saisissant. La persécution religieuse ne prend pas nécessairement la forme spectaculaire d’une arrestation ou d’une sanction administrative. Elle peut être plus sourde : des proches qui ne parlent plus, des relations qui disparaissent, une famille qui comprend progressivement qu’elle n’est plus regardée comme auparavant depuis la conversion de l’un des siens. Et puis les enfants entrent dans le récit.
« Cette situation est devenue particulièrement douloureuse lorsque nos enfants ont également commencé à rencontrer des problèmes. » M. et son épouse ont trois enfants. Leur fille aînée, née en 2006, est aujourd’hui à l’université et poursuit ses études. Leur deuxième enfant, un garçon né en 2009, est agressé en 2024 dans son environnement scolaire. Pour les parents, l’inquiétude change alors de nature. Il ne s’agit plus seulement de supporter les distances prises par certains membres de la famille ou certains voisins : leurs enfants sont désormais confrontés eux aussi à un environnement devenu préoccupant. Un an plus tard, en 2025, un nouvel événement vient renforcer cette peur. Leur troisième enfant, un garçon né en 2015, est à son tour agressé. M. le décrit comme « un enfant qui réussit très bien à l’école et qui est particulièrement intelligent et sérieux dans ses études ». « Ces événements ont été très difficiles pour notre famille et ont renforcé notre inquiétude concernant la sécurité et l’avenir de nos enfants », confie-t-il.
Il convient d’être précis : les éléments communiqués à Tribune Chrétienne ne permettent pas, à ce stade, d’établir que ces deux agressions auraient été directement motivées par la foi chrétienne de la famille. M. les replace néanmoins dans le contexte plus général de détérioration de leurs relations avec leur environnement depuis sa conversion. Son récit ne repose par ailleurs pas uniquement sur ses déclarations. M. a transmis à la rédaction de Tribune Chrétienne son certificat de baptême ainsi que de nombreux autres documents concernant son parcours et les événements rapportés, notamment des éléments médicaux relatifs à ses enfants. Ces pièces permettent de documenter plusieurs aspects de son histoire, sans pour autant établir indépendamment un lien de causalité entre chacun des événements relatés et sa conversion.
Cette prudence, M. la revendique lui-même. « Je tiens à préciser que nous ne cherchons pas à présenter notre situation de manière exagérée. Nous souhaitons simplement expliquer honnêtement ce que notre famille vit et les difficultés que nous rencontrons dans notre environnement. »
Après plusieurs années de cette situation, le père de famille estime désormais qu’il faut partir. « Aujourd’hui, notre souhait est de trouver une solution légale et concrète permettant à notre famille de quitter cette situation et de construire une vie plus sûre et plus stable. » Il ne cherche d’ailleurs pas seulement à témoigner. Il espère trouver « le contact d’une personne, d’une Église, d’une association ou d’une communauté » susceptible de l’orienter ou de lui apporter une aide concrète.
Sa démarche n’est pas celle d’un homme demandant à contourner les règles d’immigration. M. sait qu’une publication ne lui donnera aucun droit particulier à un visa. Il cherche une porte de sortie légale et une structure susceptible d’examiner la situation de sa famille et de l’accompagner.
Derrière cette demande apparaît finalement toute la violence silencieuse de son récit. M. ne décrit ni prison ni perte d’emploi. Il raconte autre chose : l’isolement qui s’installe après une conversion au christianisme dans un pays comme l’Algérie, les relations familiales qui se distendent, des voisins qui ne parlent plus comme auparavant et, finalement, la peur que les conséquences de son choix religieux pèsent sur l’avenir de ses enfants. Le témoignage de ce rejet progressif est donc aussi un appel. M. cherche aujourd’hui une personne, une Église, une association ou une communauté susceptible d’entendre son histoire, d’examiner sa situation et de l’aider à trouver une solution légale lui permettant de quitter l’Algérie avec son épouse et ses trois enfants.
Un appel pour pouvoir quitter cette situation devenue trop lourde pour sa famille, construire ailleurs une vie plus sûre et, surtout, vivre librement sa foi chrétienne sans craindre que sa conversion ne condamne son épouse et ses enfants à l’isolement, à une angoissante permanente et à une persécution croissante.
Certificat de baptême de M



