Mardi 6 octobre, la Conférence des évêques de France (CEF) et la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ont franchi une nouvelle étape dans une coopération engagée depuis plusieurs années. Les deux institutions ont signé une convention destinée à structurer leur travail commun face aux situations d’emprise et aux dérives susceptibles de se développer notamment dans un environnement religieux. « Avec la signature de cette convention, nous franchissons une étape décisive pour structurer, pérenniser et intensifier notre démarche commune », a déclaré Patricia Mirallès, présidente de la Miviludes, lors de la signature.
La convention repose sur quatre piliers : l’échange d’informations, l’analyse des facteurs de risque, les actions de sensibilisation et le renforcement de la formation.
Le premier point mérite une attention particulière. Il ne s’agit donc pas uniquement d’organiser des sessions de formation ou de publier des documents de prévention : la coopération comprend également une circulation d’informations entre les deux institutions. Les modalités précises et les limites de ces échanges seront importantes, notamment au regard du respect des personnes, de la confidentialité et de la liberté religieuse. La lutte contre les dérives sectaires ne consiste en effet pas à porter une appréciation sur une croyance en tant que telle. Elle vise les mécanismes d’emprise, de manipulation ou d’abus susceptibles de porter atteinte à la liberté des personnes.
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Patricia Mirallès a rappelé l’importance prise par la question religieuse dans l’activité de la Miviludes : entre 2022 et 2024, 35 % des signalements et demandes d’informations traités par la Mission concernaient les cultes et les différentes spiritualités. À titre de comparaison, la santé et le bien-être représentaient 37 % des saisines.
Président de la CEF, le cardinal Jean-Marc Aveline a replacé cette signature dans le travail entrepris par l’Église de France depuis plusieurs années. Il a évoqué la « prévention et [la] lutte contre toutes les situations d’emprise », mais également les agressions « sexuelles », « physiques, spirituelles, psychologiques ».
Le cardinal a également rappelé les mesures adoptées depuis la publication du rapport de la Ciase en 2021, parmi lesquelles la création du Tribunal pénal canonique national et des dispositifs consacrés à la reconnaissance et à la réparation des victimes. Mais l’enjeu, selon lui, dépasse la seule mise en place de nouvelles structures. « Comment va-t-on changer dans la façon même dont nous concevons la vie de l’Église, sa gouvernance, pour que ce genre de choses aient le moins de chances de se reproduire ? », a-t-il interrogé.
La signature du 6 octobre ne marque cependant pas le début des relations entre l’Église de France et la Miviludes. Dans son rapport d’activité 2022-2024, la Mission évoquait déjà un « partenariat privilégié » avec l’Église catholique et constatait que les liens avec le service « Conseil et conciliation / Emprise et dérives sectaires » (CCED) de la CEF s’étaient intensifiés. Cette collaboration comprenait déjà information réciproque, conseil, soutien, prévention et formation. Le CCED constitue précisément le point d’entrée de l’Église pour les personnes souhaitant signaler une situation préoccupante. Entre septembre 2024 et août 2025, le service a reçu 171 situations, dont 107 étaient considérées comme closes au moment de l’établissement de son rapport d’activité.
La CEF n’est enfin pas la première institution chrétienne à formaliser ainsi ses relations avec la Miviludes. La Fédération protestante de France avait signé une convention en novembre 2025. Vendredi 3 juillet 2026, la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) avait à son tour conclu un partenariat avec la Mission.
Pour cette dernière convention, la Miviludes avait expressément précisé que le partenariat devait permettre le partage d’informations concernant des situations susceptibles de révéler des dérives sectaires, l’échange d’analyses et d’expertises, ainsi que des actions de formation et de prévention. La convention signée avec la CEF institutionnalise donc une collaboration déjà ancienne. Elle pose aussi une exigence essentielle : combattre fermement les phénomènes d’emprise et les abus sans confondre dérive sectaire et vie spirituelle authentique. La protection des victimes et celle de la liberté de conscience ne s’opposent pas : elles supposent précisément que les critères employés soient rigoureux et que la liberté religieuse demeure pleinement garantie.


