«Remember », « se souvenir » : ce sont les mots qui reviennent ce 7 octobre en Israël. Trois ans après l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023, le pays commémore ses morts à travers plusieurs cérémonies organisées sur les lieux mêmes du massacre et dans les mémoriaux érigés depuis le drame. À Re’im, près du site du festival Nova où des centaines de personnes furent tuées, familles, proches et survivants viennent une nouvelle fois se recueillir. Bougies, photographies et portraits des victimes rappellent les visages derrière le bilan de cette journée. C’est dans ce contexte que le cardinal Pierbattista Pizzaballa pose des mots particulièrement graves sur un événement qui a profondément bouleversé la Terre sainte. Mardi 6 octobre, à la veille de cet anniversaire, le patriarche latin de Jérusalem s’exprimait à Pise, où la Scuola Superiore Sant’Anna lui décernait un doctorat honoris causa en droits humains.
« Le 7 octobre a été, et demeure, un drame extrêmement grave. Ce qui s’est passé dans le sud d’Israël il y a trois ans a certainement marqué un tournant dans la vie d’Israël, mais aussi dans la région et parmi les Palestiniens », a déclaré le cardinal.
Le patriarche ne cherche pas à atténuer la responsabilité du Hamas dans l’horreur de ce qu’il s’est passé. Il rappelle que « ce qu’a fait le Hamas dans le sud d’Israël a été, et demeure, un drame ». Pour lui, le 7 octobre a refermé une période de l’histoire de la Terre sainte pour en ouvrir une autre « de la pire des manières ».Trois années ont passé, mais le cardinal Pizzaballa constate que le traumatisme demeure profondément présent chez les deux peuples.
« Nous ne sommes pas encore sortis de ce jour. Les deux populations, israélienne et palestinienne, sont plongées dans ce traumatisme profond et irrésolu », expliquait-il également à l’approche de l’anniversaire. Et d’ajouter qu’il ne voit pas encore émerger une véritable volonté collective de dire : « Arrêtons-nous. » Le prélat italien décrivait encore la Terre sainte comme enfermée dans un inquiétant entre-deux : « La situation reste difficile. Nous n’en sommes pas encore sortis : nous sommes dans une phase de non-paix et de non-guerre », avec toujours « énormément de violence ». Son regard se porte désormais largement sur l’après. Car si les infrastructures ont été détruites, le cardinal estime que les relations humaines elles-mêmes ont été profondément atteintes. « L’avenir est entièrement à reconstruire en ce moment, non seulement au niveau des infrastructures, mais aussi au niveau des relations, de l’humanité », affirme-t-il.
La reconstruction prend une dimension particulièrement concrète à Gaza mais pour le patriarche latin de Jérusalem, rebâtir des immeubles ne suffira pas : « Gaza a besoin d’être entièrement reconstruite, pas seulement dans ses infrastructures, mais il faut surtout reconstruire le sens de la communauté, de l’appartenance, de la vie, de la vie sociale. Tout est à reconstruire. »
Puis il affirme : « Ce n’est pas un avenir que nous pouvons leur refuser : nous devons le leur garantir et leur promettre de tout faire pour le rendre possible. » Le cardinal appelle ainsi à sortir d’une logique dans laquelle l’autre ne serait plus considéré que comme un ennemi. Lors de sa lectio magistralis à Pise, consacrée à la dignité et aux droits en temps de guerre, il a résumé cette exigence par une formule : les sociétés changent lorsque quelqu’un décide de « voir une personne là où les autres ne voient qu’un ennemi ». Pour le patriarche, parler de paix signifie dès lors rechercher « le bien de tous » et travailler au bien commun, en dépassant « les peurs de l’autre » qui enferment chacun dans son propre camp.
Ce mercredi 7 octobre possède enfin une résonance particulière pour la petite communauté catholique de Gaza. Le troisième anniversaire du massacre coïncide avec la fête de Notre-Dame du Rosaire
Le père Gabriel Romanelli, curé de la paroisse de la Sainte-Famille, a annoncé que les fidèles consacreraient cette journée à la prière du Rosaire. Elle doit s’achever par la messe et une procession symbolique. « Nous espérons que ce terrible souvenir sera au contraire un nouveau départ », explique le prêtre. Les catholiques de Gaza veulent demander « la fin de cette guerre, la justice, la paix entre Palestine et Israël ». Quelques jours auparavant, après un nouveau raid israélien ayant fait plusieurs morts, dont deux femmes de la communauté chrétienne, Léon XIV avait personnellement écrit au père Romanelli. Le Pape avait repris cette interrogation du psalmiste : « Jusqu’à quand, Seigneur ? »
Trois ans après le massacre du 7 octobre, alors que la mémoire des victimes demeure vive en Israël et que Gaza porte les blessures de trois années de guerre, l’Église de Terre sainte refuse ainsi de choisir entre la vérité sur le crime commis et la nécessité de reconstruire la paix. Pour le cardinal Pizzaballa, cette reconstruction ne pourra être seulement matérielle ou politique. Elle devra aussi rendre possible ce qui paraît aujourd’hui le plus difficile : reconnaître de nouveau, dans l’autre, un être humain.


