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« Dire , je te pardonne, ce n’est pas rien ici » : le père Pierrick Lemaître témoigne de la présence du Christ en prison

Père Pierrick Lemaitre lors d'une célébration ( image oeuvre des vocations ) - DR
Père Pierrick Lemaitre lors d'une célébration ( image oeuvre des vocations ) - DR
À la prison de la Santé, à Paris, le père Pierrick Lemaître accompagne depuis plusieurs années des hommes souvent oubliés de tous. Son ministère d'aumônier révèle une réalité méconnue de l'Église : annoncer le Christ jusque derrière les barreaux, là où la miséricorde peut encore ouvrir un chemin de conversion et d'espérance

Dans un entretien accordé à L’Œuvre des Vocations, organisme de l’Église catholique chargé de promouvoir les vocations sacerdotales, religieuses et diaconales en Île-de-France, le père Pierrick Lemaître, aumônier de la prison de la Santé à Paris, livre un témoignage profondément évangélique sur sa mission auprès des personnes détenues. Rien ne le destinait pourtant à ce ministère. Après onze années comme curé en Seine-et-Marne, une parole de l’Évangile n’a cessé de résonner en lui : « J’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi » (Mt 25, 36). L’appel d’un prêtre de la Mission de France le conduira finalement à devenir aumônier, d’abord à Fleury-Mérogis entre 2013 et 2019, avant d’être envoyé à la prison de la Santé tout en demeurant curé de la paroisse Notre-Dame-de-l’Espérance à Ivry.

En quelques mots, le prêtre rappelle l’essentiel de la mission de l’Église. L’aumônier ne vient pas juger, pas davantage enquêter sur les faits qui ont conduit un homme en détention. La justice civile accomplit son œuvre ; lui vient rencontrer une personne qui, malgré sa faute, conserve une dignité inaliénable parce qu’elle demeure créée à l’image de Dieu. Cette attention se traduit jusque dans les gestes les plus simples : « Je frappe toujours à la porte comme si je rentrais chez quelqu’un et je les vouvoie toujours. »

Dans un univers où l’intimité est presque inexistante, cette attitude manifeste un profond respect de la personne. Le dialogue peut alors s’ouvrir librement. Le père Pierrick Lemaître explique que c’est toujours le détenu qui conduit la conversation, évoquant sa famille, son histoire ou ses souffrances, tandis que lui écoute avant tout : « Nous sommes d’abord des écoutants. Par notre présence nous témoignons de la proximité du Christ et de l’Église auprès de personnes isolées qui se croient souvent abandonnées par tous. »

L’aumônier ne prétend pas remplacer les psychologues ni les travailleurs sociaux. Sa mission est spirituelle. Elle consiste à rendre présente l’Église là où beaucoup pensent avoir été définitivement rejetés. Cette présence passe avant tout par la Parole de Dieu :

« Je n’ai jamais autant distribué la parole de Dieu qu’en prison. »

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Avec les détenus, le prêtre médite les Évangiles, les psaumes et prie le Notre Père. Il constate que ces textes rejoignent souvent des blessures profondes. « À la base, il y a bien souvent une absence d’amour dans l’enfance, une violence familiale… », observe-t-il. Comprendre ces parcours ne signifie cependant jamais excuser les actes commis. Le sacrement de la réconciliation demande lui aussi une préparation particulière.

« Dire « je te pardonne », ce n’est pas rien ici. »

Avant la confession, les détenus sont invités à méditer un passage de l’Évangile afin de mesurer toute la portée de la miséricorde de Dieu. Le rapport à la faute est souvent complexe, explique le prêtre, car beaucoup ne s’identifient pas spontanément à ce qu’ils ont commis.Malgré les drames humains qu’il côtoie quotidiennement, le père Pierrick Lemaître demeure profondément habité par l’espérance chrétienne : « Certains découvrent le Christ ici. Tout n’est pas sale et moche, il y a du beau dans leur vie ! »

Cette espérance porte déjà des fruits. Il raconte avoir baptisé et confirmé trois détenus. Dans l’univers carcéral, ces conversions deviennent rapidement connues et suscitent une véritable solidarité entre les prisonniers.Conscient de ses limites, l’aumônier rappelle aussi que son rôle n’est pas de sauver les personnes par ses propres forces.« Je ne veux pas savoir ce qui l’a amené ici, je suis là pour rencontrer la personne » : le père Pierrick Lemaître témoigne de la présence du Christ en prison : « Nous sommes dans la gratuité ! »

Avec les autres aumôniers et les auxiliaires bénévoles, il bénéficie régulièrement d’un accompagnement afin de conserver la juste distance nécessaire à ce ministère exigeant. Son témoignage s’achève enfin sur une conviction qui résume toute la mission de l’aumônerie catholique en prison : « Ils sont tombés mais ils peuvent repartir, tout n’est pas foutu ! Un avenir est possible pour eux à la sortie. On est le témoin du travail de l’Esprit Saint, on leur révèle la Source : Il est là ! ».

Dans une société où les personnes détenues sont souvent réduites à leurs fautes, le regard porté par le père Pierrick Lemaître rappelle que la justice n’exclut jamais l’espérance. C’est précisément dans ces lieux de souffrance et d’enfermement que l’Église continue d’annoncer que la miséricorde du Christ peut relever tout homme qui consent à ouvrir son cœur à sa grâce.

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