Faut-il choisir la continuité, ou préférer l’alternance ? À une semaine d’une échéance décisive, nous rappelons les propositions des quatre candidats interrogés par Tribune Chrétienne, afin d’éclairer le discernement de nos lecteurs. Car les églises parisiennes ne sont pas de simples bâtiments anciens. Elles façonnent le paysage urbain, portent une mémoire spirituelle et historique incomparable, elles demeurent pour beaucoup de fidèles des lieux de prière, de silence et de recueillement. Leur état dit quelque chose de la place accordée à l’héritage chrétien de Paris, mais aussi du soin porté au patrimoine commun. C’est pourquoi nous avons choisi de rappeler ici les propositions de Rachida Dati, Pierre-Yves Bournazel, Sarah Knafo et Emmanuel Grégoire, afin de permettre à chacun de mesurer ce qui relève du changement ou de la continuité.
De son coté , Rachida Dati dresse un constat sévère sur l’état du patrimoine religieux parisien. Selon elle, la municipalité sortante a négligé l’entretien des églises et laissé plusieurs édifices se dégrader sans réponse suffisante. Elle cite notamment Sainte-Pierre-du-Gros-Caillou, Sainte-Clotilde et Saint-Germain-l’Auxerrois, qu’elle estime insuffisamment prises en compte dans le Plan Églises de la Ville. La candidate affirme que 75 édifices religieux sont aujourd’hui considérés en danger à Paris et que seuls 28 ont fait l’objet de travaux depuis 2019. Elle critique également le décalage entre les besoins réels et les sommes engagées, estimant que la Ville n’a pas été à la hauteur.
Face à cette situation, Rachida Dati promet un plan d’urgence pour sauver les églises parisiennes, avec un effort particulier sur les façades souvent très dégradées. Elle évoque aussi les incidents survenus récemment contre les églises Saint-Vincent-de-Paul et Saint-Roch, qu’elle considère comme le signe d’une double fragilité, matérielle et symbolique, de ce patrimoine.Sur Notre-Dame de Paris, elle salue la renaissance de la cathédrale après l’incendie de 2019, tout en regrettant que la Ville, selon elle, n’ait pas versé la somme de 50 millions d’euros initialement annoncée.
Pierre-Yves Bournazel met lui aussi l’accent sur la responsabilité particulière de la Ville de Paris à l’égard des églises construites avant 1905. Il rappelle que la capitale compte 96 églises communales et que cet ensemble constitue un patrimoine majeur qu’il convient de préserver avec méthode.Sa proposition centrale est un plan décennal de rénovation des 96 églises communales parisiennes, doté d’environ 200 millions d’euros sur dix ans, avec un financement associant la Ville, l’État, la Région, les associations cultuelles et le mécénat.Pour Pierre-Yves Bournazel, cet effort doit permettre non seulement de préserver le patrimoine mais aussi de garantir la sécurité du public et de favoriser une ouverture plus large de ces édifices à la vie culturelle.Il insiste également sur la nécessité de renforcer la protection des lieux de culte contre les actes de vandalisme et de profanation. Son programme prévoit notamment des boutons d’alerte reliés directement aux commissariats, des caméras de vidéoprotection aux abords des églises et une présence policière renforcée lors des grandes fêtes religieuses.
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Sarah Knafo adopte un ton encore plus offensif sur la question des églises parisiennes. Pour elle, la Ville est dépositaire de quinze siècles d’histoire et les églises de Paris ne sont pas des monuments quelconques. Elle cite Saint-Germain-des-Prés, Saint-Eustache et Saint-Sulpice comme autant d’édifices qui incarnent selon elle l’âme même de la capitale.La candidate dénonce un abandon prolongé du patrimoine religieux et évoque notamment l’effondrement d’une corniche à l’église Saint-Roch comme illustration d’un manque d’entretien devenu préoccupant.Sa proposition est la plus élevée sur le plan budgétaire : 300 millions d’euros sur la durée du mandat pour l’entretien et la restauration des églises parisiennes.Sarah Knafo insiste également sur la nécessité de traiter avec plus de fermeté les attaques contre les lieux de culte. Revenant sur le vol d’une relique à l’église Saint-Vincent-de-Paul, elle parle de profanation et estime qu’un tel acte ne peut être réduit à un simple fait divers. Elle propose donc un renforcement important des patrouilles autour des lieux de culte grâce à une augmentation massive des effectifs de la police municipale, qui passeraient selon elle de 3 000 à 8 000 agents.
Emmanuel Grégoire, pour sa part, rejette l’idée selon laquelle la municipalité aurait abandonné les églises parisiennes et met en avant le Plan Églises engagé depuis plusieurs années.Selon lui, 281 millions d’euros ont été investis depuis 2014, dont près de 200 millions depuis 2020, pour restaurer et entretenir le patrimoine cultuel appartenant à la Ville. Il rappelle que Paris compte 96 édifices religieux municipaux, dont beaucoup sont protégés au titre des monuments historiques.Sa position est donc celle d’une continuité assumée, avec la volonté de poursuivre et d’amplifier le travail déjà engagé.
Concernant les incidents récents, notamment à l’église Saint-Roch, Emmanuel Grégoire appelle à la prudence et souligne que sur des bâtiments anciens certains événements ne peuvent pas toujours être anticipés. Sur Notre-Dame de Paris, il répond aux critiques en expliquant que les 50 millions d’euros annoncés par la Ville n’ont pas disparu mais sont destinés à la requalification des abords de la cathédrale, du parvis, des jardins et de l’accueil des visiteurs.
Au fond, le choix proposé aux électeurs sur ce sujet apparaît assez lisible. Rachida Dati parle d’urgence et de retard accumulé. Pierre-Yves Bournazel défend un plan de rénovation structuré sur dix ans. Sarah Knafo propose un investissement plus élevé et une ligne plus ferme sur la protection des églises. Emmanuel Grégoire, lui, assume la continuité du travail engagé par la municipalité.
Reste désormais une question simple pour les Parisiens : pensez-vous vraiment que l’état des églises parisiennes est aujourd’hui à l’image de ce qu’il devrait être ? Si tel est le cas, alors la continuité peut apparaître cohérente. Mais si, au contraire, vous estimez que trop d’édifices se dégradent et que ce patrimoine mérite un effort plus résolu, alors la question du changement se pose inévitablement. Dans une ville comme Paris, où les églises appartiennent à la fois à l’histoire, à la beauté et à la mémoire chrétienne de la France, ce débat touche à ce que la capitale veut conserver et transmettre dans les années à venir.


