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GPA : quand quinze responsables politiques retrouvent les arguments de l’Église catholique

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La défense de la dignité humaine peut-elle rassembler au-delà des clivages idéologiques ? En s'opposant publiquement à la GPA, quinze responsables politiques de sensibilités très différentes remettent au centre du débat des questions anthropologiques que l'Église catholique soulève depuis des décennies

La publication, le 28 mai, d’une tribune transpartisane contre la gestation pour autrui dans Ouest-France n’est pas passée inaperçue. Réunis à l’initiative d’Aurore Bergé, quinze responsables politiques de sensibilités très diverses ont tenu à répondre aux déclarations de Gabriel Attal, qui s’est récemment dit favorable à l’ouverture d’un débat sur le sujet dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Parmi les signataires figurent aussi bien Laurence Rossignol que François Baroin, Rachida Dati, David Lisnard ou encore Manuel Valls. Un rassemblement rare dans un paysage politique habituellement marqué par les oppositions partisanes.

Ce qui frappe surtout à la lecture de leur texte, c’est que les arguments avancés rejoignent largement ceux que l’Église catholique défend depuis longtemps, sans que les auteurs ne s’appuient pour autant sur une référence religieuse. Leur démarche se veut avant tout fondée sur la protection de la personne humaine et sur une certaine conception de la société.

Le premier point concerne le refus de la marchandisation du corps humain. Les signataires rappellent que le désir d’enfant, aussi légitime soit-il, ne crée pas un droit à disposer du corps d’une autre femme. Ils dénoncent un marché mondial estimé à près de 15 milliards de dollars en 2023 et promis à une croissance spectaculaire dans les années à venir. Derrière les discours sur une prétendue GPA « éthique », ils voient avant tout un système économique structuré autour d’une logique d’offre et de demande. Cette critique est au cœur de l’enseignement catholique. Depuis des années, le Vatican affirme que le corps humain ne peut jamais devenir l’objet d’une transaction commerciale, même lorsqu’elle est présentée comme librement consentie. La dignité de la personne ne peut être soumise aux mécanismes du marché.

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Les signataires insistent également sur la situation des femmes qui portent ces enfants. S’appuyant notamment sur un rapport des Nations unies publié en 2025, ils rappellent que la GPA expose les femmes à de graves violations de leurs droits et repose sur une « asymétrie profonde ». Selon eux, les femmes concernées sont rarement celles qui détiennent le pouvoir économique ou social. Là encore, le constat rejoint les mises en garde répétées de l’Église, qui voit dans cette pratique une forme d’exploitation des plus vulnérables. Derrière les contrats et les procédures juridiques, la question demeure celle de savoir si la maternité peut être dissociée du lien humain qui unit une mère à l’enfant qu’elle porte. Un autre point de convergence concerne précisément l’enfant. Sans remettre en cause les droits des enfants nés par GPA, les auteurs de la tribune refusent l’idée que la maternité puisse devenir une prestation ou que la naissance d’un enfant puisse être encadrée par un contrat.

Cette question est centrale dans la réflexion catholique. L’enfant n’est pas un bien que l’on obtient ni un projet que l’on commande. Il est une personne, dotée d’une dignité propre, qui ne saurait être réduite à l’objet d’un accord entre adultes. Mais l’aspect le plus remarquable de cette tribune se trouve peut-être dans sa conclusion. Les signataires écrivent qu’« une civilisation ne se définit pas seulement par ce qu’elle a le pouvoir de faire ; elle se définit aussi par ce qu’elle choisit, collectivement, de ne pas faire ». Cette phrase dépasse largement le seul débat sur la GPA. Elle pose la question des limites que toute société doit s’imposer à elle-même. Car le progrès technique ne répond pas à lui seul à la question du bien commun. Le fait qu’une pratique soit possible ne signifie pas nécessairement qu’elle soit juste. C’est précisément sur ce terrain anthropologique que l’Église intervient depuis plusieurs décennies. Sa critique de la GPA ne repose pas uniquement sur une vision religieuse de la famille ou de la procréation. Elle s’appuie aussi sur une réflexion plus large concernant la dignité humaine, la protection des plus faibles et les limites éthiques qu’une civilisation doit préserver.

À l’heure où certains responsables politiques souhaitent rouvrir le débat, cette prise de position collective rappelle qu’au-delà des appartenances partisanes, des hommes et des femmes venus d’horizons très différents peuvent encore se retrouver autour d’une conviction commune : tout ce qui est techniquement réalisable n’est pas nécessairement humainement souhaitable. C’est peut-être là le principal enseignement de cette tribune, qui voit des responsables politiques non catholiques reprendre, au nom de la dignité de la personne, des principes que l’Église n’a jamais cessé de défendre.

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