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[ Euthanasie ] « Les pauvres demanderont à partir » : Monseigneur Étienne Guillet lance un appel solennel aux parlementaires

Basilique de Saint Denis (Depositphotos ) - Monseigneur Étienne Guillet ( Eglise catholique)
Basilique de Saint Denis (Depositphotos ) - Monseigneur Étienne Guillet ( Eglise catholique)
L'évêque de Saint-Denis affirme que les responsables catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans et juifs ont tous exprimé de fortes réserves, voire une opposition nette, au projet de loi

À l’heure où le Parlement s’apprête à se prononcer sur un texte qui bouleverserait profondément le rapport de notre société à la vie et à la mort, certaines prises de parole frappent par leur force morale. Celle de Monseigneur Étienne Guillet appartient incontestablement à cette catégorie. L’évêque de Saint-Denis ne développe pas une argumentation théorique. Il parle du terrain. Depuis dix-huit mois, il parcourt un département marqué par la précarité, la fragilité sociale et la diversité religieuse. Son constat est celui d’un pasteur qui a vu l’engagement quotidien de ceux qui soignent plutôt que de ceux qui abandonnent.

Son hommage aux professionnels est particulièrement saisissant. Il évoque « l’admiration » qu’il éprouve pour les psychiatres qui accompagnent des patients tentés par le suicide, sa « reconnaissance » envers les enseignants et les personnels pénitentiaires qui luttent chaque jour contre le désespoir, ainsi que sa « gratitude immense » envers les équipes de soins palliatifs. Cette succession de témoignages rappelle une vérité essentielle : la réponse à la souffrance n’est pas la mort, mais une présence humaine toujours plus attentive. L’évêque souligne également le travail héroïque des Petites Sœurs des Pauvres, présentes à Saint-Denis depuis cent cinquante ans auprès des plus démunis. Il rappelle qu’elles envisageraient de quitter la France si la loi était adoptée, une perspective qui donne une dimension très concrète aux conséquences de ce projet de loi.

Le cœur de son message réside dans une formule particulièrement forte : « Face à la grande souffrance, les chemins du soin palliatif et de l’accompagnement offrent clairement la réponse la plus humaine, la plus digne. »

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À l’inverse, légaliser le suicide assisté constituerait « une rupture anthropologique sombre et vertigineuse pour toute notre société ». Cette expression rejoint les mises en garde formulées ces derniers jours par plusieurs évêques français qui dénoncent un changement radical de civilisation. Mais c’est sans doute lorsqu’il évoque son diocèse que son texte prend toute sa puissance. « Mon appel vient du département le plus pauvre de France métropolitaine », écrit-il avant d’ajouter cette phrase qui résonne comme un avertissement : « Les pauvres seront les premiers à demander l’euthanasie (…) discrètement, les pauvres demanderont à partir et seront les premiers victimes. » Cette intuition pastorale rappelle que derrière le discours sur la liberté individuelle peut se cacher une pression économique, sociale ou psychologique pesant d’abord sur les plus vulnérables.

Enfin, Monseigneur Guillet insiste sur un fait rarement souligné dans le débat public : dans un département où cohabitent de nombreuses confessions religieuses, il affirme que les responsables catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans et juifs ont tous exprimé de fortes réserves, voire une opposition nette, au projet de loi. Une convergence remarquable qui dépasse les appartenances confessionnelles pour défendre une même conception de la dignité humaine.

À quelques jours d’un vote historique, cette parole venue des périphéries sociales de la France rappelle avec force que la première mission d’une société n’est jamais de proposer la mort, mais de rendre la vie possible jusqu’à son terme.

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