Une épaisse fumée s’est élevée lundi après-midi au-dessus de l’ancienne abbaye Notre-Dame de Bithaine, à Adelans-et-le-Val-de-Bithaine, en Haute-Saône. En quelques heures, un violent incendie a causé des dégâts considérables dans cet ancien établissement cistercien dont les origines remontent au XIIe siècle. L’alerte a été donnée peu avant 16 heures. Des motards de la brigade motorisée de Lure, qui patrouillaient dans le secteur, ont aperçu la fumée et figurent parmi les premiers arrivés sur les lieux. Ils se sont assurés qu’aucune personne ne se trouvait à l’intérieur. Les propriétaires étaient alors absents.
L’importance du sinistre a nécessité un dispositif conséquent de secours. Une quarantaine de sapeurs-pompiers ont été engagés avec de nombreux véhicules, dont des moyens aériens. La gendarmerie, les services d’Enedis et le maire de la commune se sont également rendus sur place.
Selon L’Est Républicain, qui a suivi l’intervention, les flammes ont notamment atteint la partie habitation, l’ancienne écurie et le bâtiment de l’abbatiale concerné par la protection au titre des Monuments historiques. Quelques œuvres ont pu être mises à l’abri. Au lendemain du sinistre, son origine n’était pas encore publiquement établie. Le site accueillait au moment de l’incendie le 30e Salon d’art contemporain de Bithaine, ouvert quelques jours auparavant et qui devait se poursuivre jusqu’au dimanche 27 septembre.
La portée de l’incendie dépasse toutefois largement celle d’un simple fait divers. Notre-Dame de Bithaine constitue l’un des témoins de l’implantation cistercienne en Franche-Comté. Sa fondation est traditionnellement située en 1133 et se rattache à Morimond, l’une des grandes abbayes issues de Cîteaux, à l’origine d’un vaste réseau monastique à travers l’Europe médiévale.
L’histoire de Bithaine est également liée à une tradition mariale. Aymon de Faucogney, seigneur de la région, aurait été fait prisonnier en Terre sainte. Il aurait alors promis à la Vierge de fonder un monastère s’il retrouvait la liberté. Revenu sur ses terres, il fit une donation aux religieux de Morimond afin de permettre l’établissement d’une communauté. Le nom de Bithaine est traditionnellement rapproché de Béthanie, le village de l’Évangile situé près de Jérusalem. L’abbaye traversa ensuite les guerres et les transformations successives de la région. L’ensemble médiéval fut profondément remanié au cours des siècles et une partie importante des bâtiments fut reconstruite au XVIIIe siècle. Une nouvelle église abbatiale fut notamment élevée entre 1769 et 1781.
La Révolution française mit fin à la présence monastique. Le domaine fut vendu comme bien national et connut par la suite plusieurs usages, dont l’installation d’une filature de coton au XIXe siècle. Malgré ces transformations, des éléments importants de l’ancienne abbaye avaient subsisté et plusieurs parties du domaine bénéficiaient depuis 1995 d’une protection au titre des Monuments historiques.
Il faudra désormais attendre les expertises pour connaître précisément l’étendue des pertes et déterminer ce qui pourra être consolidé ou restauré. L’incendie du 21 septembre vient en tout cas de porter un coup particulièrement sévère à l’un des témoins de la présence cistercienne en Haute-Saône.


