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La Tradition Catholique reniée par ceux qui veulent la réinventer …

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Photo by Artur Dziuła

Devons-nous nous attendre à d’autres changements doctrinaux motivés par l’évolution de la conscience sociale. En effet, beaucoup craignent que même la doctrine sur l’homosexualité contenue dans le Catéchisme puisse être remplacée par une autre plus actuelle.

L’exhortation apostolique Amoris laetitia a changé de nombreux aspects doctrinaux : le sens de l’adultère, la notion du péché, l’existence pour la théologie morale d’actions toujours injustes, le rôle de la conscience, les conditions pour accéder aux sacrements, et bien d’autres encore.

Même la déclaration Fiducia supplicans a contredit plusieurs principes hérités de la tradition, tels que le sens de la bénédiction ou le jugement à porter sur une cohabitation de couple homosexuel. De nombreuses personnes soutiennent que l’enseignement sur la contraception exposé dans Humanae vitae doit être révisé et, plus généralement, le pontificat actuel de François est interprété comme le point de vue à partir duquel évaluer la tradition plutôt que l’inverse.

En bref, aujourd’hui dans l’Église, il y a deux visions de ce que représente la “tradition”.

La première que nous pouvons appeler traditionnelle. Elle soutient que le dépôt des vérités révélées a déjà été définitivement transmis par l’Écriture et la tradition apostolique, comme deux sources de révélation. Rien ne peut être ajouté.

Ce que le magistère enseigne en outre n’est pas nouveau, mais une explicitation de ce que l’Église a toujours cru. Pensons par exemple à l’Immaculée Conception ou à l’Assomption de Marie au Ciel en corps et en âme.

L’autre vision soutient que la tradition n’est pas terminée avec la mort du dernier apôtre, mais qu’elle continue car elle est fondée sur l’interprétation des événements salvifiques et de l’Écriture, une interprétation qui se poursuit dans le temps sinon les événements de Jésus-Christ ne seraient plus significatifs pour les hommes de notre époque. Pour cette deuxième vision, l’Église interprète toujours, l’Église apostolique a interprété et l’Église de François interprète. La tradition serait la sédimentation jamais terminée des interprétations et le dogme serait essentiellement historique.

Ce conflit des visions de la tradition s’est défini à la suite de la naissance de l’herméneutique moderne, contenue surtout dans le livre Vérité et méthode du philosophe Hans-Georg Gadamer, élève de Martin Heidegger.

Sa philosophie a tellement pénétré dans la théologie catholique qu’elle l’a changée structurellement, de sorte qu’aujourd’hui on la trouve partout. Gadamer a fourni le cadre philosophique pour la deuxième version de la tradition vue ci-dessus.

Selon lui, un texte, n’importe quel texte, est quelque chose d’autonome par rapport à son auteur, ou à ses auteurs. Cela vaut aussi pour les Évangiles.On ne parle donc plus de Révélation mais d’interprétation…

Un texte, une fois publié, a une vie autonome, une vie qui est enrichie par l’histoire de ses effets. Après sa publication, en effet, le texte est interprété puis réinterprété et réinterprété encore, et ces interprétations successives (l’histoire des effets en l’occurrence) trouvent en lui de nouveaux contenus que les auteurs eux-mêmes n’avaient pas l’intention d’y mettre. L’interprète réécrit le texte et les interprétations successives l’enrichissent.

Comment se fait l’interprétation d’un texte ? L’interprétation part toujours de pré-compréhensions et de préjugés dus au contexte personnel, social et culturel dans lequel il est inséré et dont il ne peut pas se passer. Cela jette à chaque fois une nouvelle lumière sur le texte, permettant d’en saisir des aspects originaux et constituerait la tradition.

Aujourd’hui, nous pouvons dire comprendre mieux les Dialogues de Platon que Platon lui-même. Nous pouvons dire, toujours dans la perspective de Gadamer, connaître les Évangiles mieux que les Apôtres. C’est pourquoi on peut dire que la révélation a continué et continue.

Il en découle que ce ne seront plus les enseignements du passé qui serviront de guide et de critère de jugement pour les enseignements d’aujourd’hui. Ce ne sera plus Rerum novarum qui “jugera” Fratelli tutti mais l’inverse, et si François dit quelque chose de nouveau, de différent voire même de contraire par rapport à saint Jean-Paul II, tant pis pour ce dernier, car par la suite l’histoire des effets a progressé et, avec elle, l’enrichissement du sens du dépôt.

L’herméneutique de Gadamer est devenue une autorité “dogmatique” aujourd’hui dans le domaine théologique catholique. Il faudra cependant décider de la remettre en question, sans craindre d’être considéré comme démodé…

avec Nbussola

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