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Le cardinal Marx à Rome : Léon XIV est-il prêt à mettre fin aux ambiguïtés allemandes ?

Léon XIV ( Depositphotos) - Cardinal Marx ( Eglise allemande)
Léon XIV ( Depositphotos) - Cardinal Marx ( Eglise allemande)
Au lendemain de la rencontre du 29 juillet entre le pape Léon XIV et les cardinaux Reinhard Marx et Víctor Manuel Fernández, une question demeure : peut-on présenter comme une simple "adaptation pastorale" ce qui constitue, en réalité, une rupture de fond avec la doctrine de l'Église ?

Le calendrier du Vatican réserve parfois des coïncidences qui n’en sont peut-être pas. Cinq jours après la publication de la lettre de vingt-six prêtres de l’archidiocèse de Munich et Freising contestant les nouvelles lignes directrices sur les bénédictions de couples en situation dite « irrégulière », le pape Léon XIV reçoit en audience le cardinal Reinhard Marx.Le Saint-Siège ne dit rien du contenu de ces entretiens. Et il faut s’en tenir là. Mais le contexte, lui, parle.

Aux côtés du cardinal Marx figurait également le cardinal Víctor Manuel Fernández. Proche parmi les proches du pape François, le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi reste l’une des figures les plus contestées de la Curie. Ses positions jugées ambiguës sur plusieurs questions doctrinales, ainsi que la polémique suscitée par un ancien ouvrage à tonalité érotique, conduisent nombre de catholiques à s’interroger sur son maintien à la tête du dicastère chargé de veiller sur la doctrine de l’Église. Pour beaucoup, il incarne un pontificat dont Léon XIV cherche désormais à se démarquer.

De son coté, l’Église d’Allemagne avance sur une ligne de crête. Sous couvert de « pastorale », certaines initiatives repoussent toujours davantage les limites fixées par Rome. Les nouvelles directives allemandes relatives aux bénédictions de couples en sont l’exemple le plus récent. Or, contrairement à ce que certains voudraient laisser croire, ces textes ne font pas l’unanimité. Ce ne sont pas seulement quelques observateurs extérieurs qui s’en inquiètent : ce sont désormais des prêtres du diocèse même du cardinal Marx qui dénoncent une application qu’ils jugent contraire à l’enseignement de l’Église et allant au-delà de Fiducia supplicans.

Le plus révélateur est peut-être ailleurs. En mai dernier, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi rendait publique une lettre adressée dès novembre 2024 aux évêques allemands, formulant plusieurs objections au projet de ces lignes directrices. Autrement dit, Rome avait déjà exprimé ses réserves. Pourtant, l’archidiocèse de Munich a choisi de poursuivre sa route en proposant une période d’expérimentation d’un an.

Cette logique de l’« expérimentation » mérite d’être interrogée. Peut-on « expérimenter » ce qui touche à la doctrine ou à sa mise en œuvre lorsqu’il existe déjà un enseignement universel de l’Église ? Peut-on présenter comme une simple « adaptation pastorale » ce qui est une rupture de fond avec la doctrine ?

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Derrière ces questions se joue bien davantage qu’un débat liturgique : c’est la compréhension même de la communion ecclésiale qui est en cause. Léon XIV, lui, s’est déjà exprimé. Lors de son retour d’Afrique, il a déclaré que le Saint-Siège n’était pas favorable à des « bénédictions formalisées des couples » pas plus qu’au sacerdoce féminin et que toute pratique dépassant le cadre de Fiducia supplicans risquait de provoquer « davantage de désunion que d’unité ».

Ces paroles n’ont rien d’anodin. Elles marquent une volonté de rappeler que la pastorale ne peut s’affranchir de la doctrine.

Plusieurs vaticanistes italiens , parmi lesquels Andrea Gagliarducci, y voient d’ailleurs un changement de méthode. Après des années où les ambiguïtés semblaient parfois « tolérées » par François , Léon XIV paraît vouloir réaffirmer que la communion ecclésiale suppose aussi une cohérence doctrinale. Si cette lecture est juste, le dossier allemand constituera l’un des premiers grands tests de son pontificat. La réception du cardinal Marx ne permet évidemment pas de conclure qu’un rappel à l’ordre a eu lieu. Ce serait aller bien au-delà de ce que les faits autorisent. Mais cette audience intervient à un moment où les interrogations se multiplient, où les tensions deviennent publiques et où les attentes envers le nouveau pontificat sont considérables.

Depuis trop longtemps, une partie de l’Église en Allemagne donne le sentiment d’agir comme si elle disposait d’un statut particulier, capable d’introduire localement des pratiques que le reste de l’Église condamne. Cette impression nourrit les fractures qu’elle prétend combattre. L’unité de l’Église ne peut reposer sur une addition de pratiques nationales contradictoires, improvisées au fil des caprices contemporains. Elle suppose un centre de gravité commun : le dépôt de la foi reçu des Apôtres, gardé par le Magistère et confié au Successeur de Pierre.

Que s’est-il dit entre Léon XIV et le cardinal Marx ? Nul ne le sait. Mais une question demeure désormais posée à l’ensemble de l’Église : le temps des ambiguïtés est-il arrivé à son terme ? Les prochains mois permettront sans doute d’apporter un début de réponse.

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